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Chanceux comme un quêteux

Vive les pages centrales !

Yanick Klimbo Tremblay
9 août 2007

En avez-vous déjà fait des jobs de marde ? Soit pour payer vos études, pour faire plaisir à un membre de votre famille ou tout simplement pour vivre ?

J’en ai fait une tonne ! Laver de la vaisselle, pelouse etc.…

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Mais au Saguenay, quand tu réussi à avoir un travail légèrement décent pendant l’été et que par la grâce de Dieu ou Rael, tu réussi à le garder par la suite, c’est un véritable miracle qui remet en cause toute tes croyances religieuses !

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Raelien.. si t’aimes partager tes fluides corporels, lâche-toi lousse!

C’est vrai ! Tu te rends compte que tu travailles régulièrement pendant que tu es aux études, pendant ce temps, tu as sept de tes oncles de Chicoutimi qui ne travaillent même pas, accumulant timbres de chômage ou BS !

Dans les années 90, du travail au Saguenay, c’était rare pour la population en général donc imaginez pour les étudiants !

Si tu ne travaillais pas à l’Alcan, pour la ville, l’État, la province ou chez Abitibi-Price, t’étais chanceux de te trouver une job de vendeur de souliers chez Yellow à Place du Royaume.

Moi, j’ai passé le journal Quotidien dès l’âge de 12 ou 13 ans. C’était très payant car j’habitais dans la Coopérative Habitat 2000, connue sous le nom des Blocs Salut.

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Il ressemble à ça Le Crotidien…

Pour ceux qui se demandent encore quel était le rapport de ce quolibet des plus farfelus donné à une série d’appartements, la raison est la suivante : La coopérative se nommait « Salut Saguenay » de là, le fantastique surnom. Magique ?!

Oui, c’était payant car les blocs étaient construits sur le long et comptaient quatre unités de logements et sur chaque unité j’avais au moins deux clients. En tout, environ 120 clients et une bonne paie pour un morveux de 12 ans ! Le tout variait entre 50 et 110$ par semaine.

Quand tu as cet âge là, que tu es torché et nourri par tes parents, c’est très lucratif ! Ne vous demandez pas pourquoi j’avais la plus grosse collection de cassettes, de vinyles et de CDs de ma polyvalente.

Le journal le Quotidien, c’est vraiment une petite feuille de chou. En page couverture, tu te ramassais avec la dépêche suivante :

« Un nouvel arrêt Stop au coin de la rue Bégin exaspère le citoyen Gilles Tremblay»

Mais les gens aiment lire le journal le matin ou sur le bol donc, j’avais de nombreux abonnés qui à chaque semaine me disaient que c’était probablement la dernière semaine qu’ils allaient prendre le journal parce qu’il n’y avait rien de bon dans le journal et que pour les nouvelles, ils entendent l’essentiel lors du programme de Louis Champagne ; le « pendant » saguenéen de Jeff Fillion ou André Arthur.

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Louis Champagne, animateur vedette au Saguenay.

Mais ils gardaient toujours leur abonnement. Les habitudes, il est difficile de les flusher ! Moi, je continuais de faire une belle paie pour un jeune adolescent.

Mais dès que tu as l’âge vénérable de 15 ans, t’en veux plus de bidou mon pitou. La Maison de la Presse (pas l’endroit pour acheter des magazines !) offrait aux camelots de travailler au niveau de la production ce qui veut dire, mettre les circulaires dans les journaux. Un travail de nuit. Au début, tes parents sont assez hésitants mais les emplois payants sont rares, ils acceptent ; sentant la pension qu’ils pourront récolter à un moment donné !

Il y avait plusieurs quarts de travail, c’était un emploi d’environ vingt heures par semaine et payant, je vous l’avais-tu dit ? Nous devions faire le journal Le Quotidien le lundi et mercredi, le Progrès-Dimanche le samedi et les Promo-Sacs le dimanche en plus d’autres contrats une fois de temps en temps.

Le Progrès-Dimanche est un journal qui existe toujours au Saguenay. C’est vraiment un journal totalement inutile qui est bien souvent acheté par les gens pour pouvoir starter leur feu ou comme papier pour envelopper lors d’un déménagement. Il est truffé de publicités de vendeurs de chars et de maisons.

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Les articles dans le Progrès-Dimanche, ça fesse!

Mais le plus drôle est son cahier, encarté à l’intérieur, intitulé « Les Gens » J’en ai vu des dépêches assez loufoques, comme :

« Gratien Gagnon en est à sa 2000e construction en bâtonnets de café »

« Madame Ginette Gravel a rencontré la Poune en 1952 »

« Gino Thibodeau : passionné de la motoneige depuis qu’il a 3 ans »

J’ai travaillé à cet endroit pendant 9 ans ! De 15 ans à 24 ans, tout au long de mes études…
malgré un patron qui me détestait religieusement.

Cet emploi m’a permis de rencontrer de bons chummys, de rire en masse et d’inventer de nouvelles expressions que j’utilise encore…

L’expérience a été extrêmement intéressante en 1994. J’explique :

Cet été là, il y a eu un scandale chez Molson. Des bouteilles qui n’ont pas été bien rincées se sont retrouvées sur le marché incommodant certains consommateurs. Aucun mort, que de la bonne peur qui peut faire mal, très mal à une compagnie comme Molson qui ne vivait pas vraiment de compétition en ces temps-là, seule brasserie rivale étant Labatt… imaginez aujourd’hui avez tout ce qui est microbrasserie en expansion, ce serait la fin des Serges !

En passant : Avez-vous remarquez que Molson a perdu le contrat de la Ronde ? C’est la Tremblay qui est la bière officielle de la Ronde maintenant. Ne lâche pas mon Serge… tu iras faire un tour au Chalet Bleu !

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Bière et manège: mélange parfait pour vomir!

Donc, ce scandale a ébranlé l’empire de la bière de mononcle mais la table de concertation Molsonnienne a eu une idée géniale pour se faire pardonner de ce geste hors de contrôle, selon le syndicat…

Ils ont décidé de faire imprimer, en page centrale de tous les grands quotidiens du Québec, une bouteille de bière faites de pointillées. Le client n’a qu’à la découper, ramener la bouteille de papier chez le dépanneur et recevoir une bouteille de produit Molson tout à fait gratuitement. Certaines restrictions s’appliquent…

Les restrictions étaient les suivantes : Le client doit payer la consigne de 10 cennes. Aucune limite de coupons… vous avez bien lu, aucune limite de coupons.

J’ai 19 ans, très crinqué et amateur, pas connaisseur, de bières. Je travaille ce soir là, le fameux soir où l’on imprime les Bouteilles Pointillées. Les premières copies du journal sortent et ce ne sont que des copies dites de « test » pour ajuster les couleurs de la page couverture. Les journaux tombent sur le convoyeur en paquet de 25 copies et les pressiers les prennent pour les mettre dans la scrap.

Tout ce qui est noir et blanc est visible et surtout, lisible. On remarque la campagne de publicité qui est au centre. Tout le monde flippe, ben tout le monde, ceux qui aiment la bière… les autres préfèrent parler d’un nouveau venu dans la chanson, Jordy qui a trois ans et petit…

Tout au long du quart de travail, le plan mijote dans notre tête. Nous sommes quatre par table, j’ai Big Vez en face de moi, amateur farouche de boissons alcoolisées peut importe la marque et la teneur en alcool. Il pense la même affaire que moi.

« Moi, je pars avec au moins quelques journaux » dit-il.

« Crisse, quelques ! Voyons ! Vez, on va en prendre dans la pile de scrap ! On les voit correctement les bouteilles ! » dis-je, plus intelligent que la moyenne.

Notre quart de travail commençait toujours à 1 heure du matin et se terminait aux alentours de 4 heures du matin. A la maison vers 4h30. Une petite sieste d’une durée de deux heures et debout, c’est le Cegep.

Tout au long de ce quart de travail, on ne parlait que de la bière, ben au moins pendant une heure de temps pour ensuite bifurquer sur la musique. Tout le monde avait le même plan de piger dans la pile de scrap mais qui allait vraiment le faire ? Qui ? En paroles, tout le monde embarque mais lors de l’action, il y en a qui se dégonfle.

On termine vers 4h15 du matin. Nous sommes visiblement heureux. Les derniers paquets se font attacher, nous ramassons nos tables et chevalets. Habituellement, on se grouille pour aller puncher et se laver les mains, question de gagner quelques minutes de sommeil additionnelles mais ce matin-là, nous étions huit à s’en câlisser royalement !

Nous prenions notre temps au lavoir à mains. Le contremaître était dans son bureau, vérifiant que tout était parfait au niveau de la distribution des journaux et des livreurs. C’était le temps parfait pour notre vilain larcin !

En passant devant la pile de scrap, moi et Big Vez prenons chacun trois piles de journaux. Grand total de 75 journaux, ce qui veut dire 75 bières. Nous devons payer un grand total de 7,50$ en consigne, c’est de la petite bière ! Jeu de mots excessivement poche ici en passant !

On met tous les journaux dans le coffre de la voiture de mon père, une rutilante Sunbird 1991 ! On s’arrête plus loin sur le boulevard Université pour vérifier si tout est dans l’ordre, si la bouteille est bien imprimée.

Effectivement, tout est là ! Nos 75 bouteilles de papier qui deviendront des bouteilles remplies de précieux houblon !

On trippe, on s’imagine déjà sur la brosse à se péter les bretelles devant nos chums avec notre bière gratuite !

Mais ce n’était pas suffisant pour Vez.

« Aie, arrête aux dépanneurs qu’on croisera en chemin. Checke ben ! » dit-il sourire en coin.

En chemin, il y avait trois dépanneurs. Vez sortait de la voiture pour aller chercher les paquets de journaux qui trainaient devant les commerces, encore fermés.

En tout, 125 bouteilles chacun. Total de la facture ; 12,50$ pour 125 bières.

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L’étiquette dans le temps!

J’ai changé tous mes petits coupons au dépanneur trois jours plus tard, question de ne pas me faire trop remarquer. Le commis, inquiet, me demande :

« Coudonc mon champion, t’as pris ça où c’té coupons là ? Tu vas faire baisser mon inventaire, héhé ! »

J’avais déjà préparé ma réponse :

« Ah, mon frère travaille au centre de tri à l’usine de recyclage, on a pris tout ça là ! » dis-je.

« Moi, en autant que tu me paies les consignes ! » lance le commis.

Je suis parti de là avec mes 5 caisses de 24 et cinq p’tites bières dans un sac de papier brun.

J’ai tout mis dans le Sunbird du paternel, installé les caisses dans ma chambre et le soir, invité quelques copains dans ma chambre en écoutant Tales from the Thousand Lakes d’Amorphis et Fourth Dimension d’Hypocrisy et évidement, quelques succès d’ABBA!

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Saviez-vous que la pochette de ce disque est l’oeuvre d’un Québécois? SV Bell!

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Lorsque j’écoute du ABBA, je me sens tellement viril!

Vez en avait autant que moi.

Heureux et chanceux comme des quêteux…ou des Serges ?

Des jobs de marde ? Il faut en faire pour apprécier la carrière que l’on a aujourd’hui.

Ce qui joue en masse :

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Volbeat « Rock the Rebel / Metal the Devil »

Ce groupe offre un métal sauce punkette. Ce qui fait le charme de tout ça, c’est le chanteur avec sa voix à la Keith Caputo de Life of Agony mélangée avec James Hetfield de Metallica. Je vous avise, c’est hyper accrocheur comme musique !

http://www.myspace.com/volbeat

Série télé très intéressante:

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Je ne suis pas un gros mangeur de télé mais la série Weeds est vraiment dans mon genre. C’est drôle et sans prétention. Les personnages sont attachants, surtout l’oncle Andy et le personnage de Doug Wilson, joué par l’ex Saturday Night Live, Kevin Nealon sont tout simplement hilarants.

L’histoire est simple, une veuve habituée à un train de vie assez huppé de sa banlieue américaine décide de vendre de la marijuana pour arrondir les fins de mois. Elle possède une maison et élèves ses deux adolescents en plus d’avoir son beau-frère dans les pattes.

C’est léger mais pas imbécile…

Truc imbécile par contre :

L’émission VoxPop à Musique Moins… euh… Plus, animé par une boucle de ceinture en forme de crâne. Mais qui a eu cette idée géniale, ce concept transcendant qui, une fois de plus, révolutionne l’univers télévisuel !!!

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J’ai bien aimé l’intervention d’une jeune fille d’environ 13 ans, hier, qui reprochait à l’animateur ceinturé d’acier qu’il abusait un peu trop de « Si j’aurais ! »

Il faut se souvenir que les SI n’aiment pas les RAIS… même mes élèves de 5e année le savent !

3 commentaires
  • Kristof G.
    10 août 2007

    Tes histoires me scient la raie. Chapeau à votre plan machiavélique d’apprentis-alcooliques! De plus, je m’étais toujours demandé comment avait débuté ta gargantuesque discographie; maintenant, je comprends…

  • bergZ
    10 août 2007

    Oui, moi aussi j’suis bien heureux d’enfin pouvoir lever le voile sur la source de ta célèbre collection de cds. Elle faisait moultes envieux.
    P.S.
    Une poche de camelot remplie de Progrès-Dimanche, c’est pratique quand un dobberman fou te fonce dessus à 7hres du matin. ;)

  • Nanc
    20 août 2007

    Tu mépateras toujours le Bim. Moi ma mère disait que les Si mangent les RAIS.

Désolé, les commentaires sont fermés pour le moment.

Chanceux comme un quêteux

Yanick Klimbo Tremblay

Suintage métallique et autres bidules!

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