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Chanceux comme un quêteux

(Entrevue) Minsk… pas la ville, le groupe!

Yanick Klimbo Tremblay
31 mai 2009

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robrush1Photo: Rob Rush

Minsk, pas la ville de Biélorussie mais bien le groupe, nous offre un out nouvel album qui ne lésine pas sur l’émotion. Intense musicalement, With Echoes in the Movement of Stone offre à ses auditeurs une véritable ballade en terrains sombres mais combien suprasensibles ! Supérieur à leur dernière offrande, ce disque est un véritable tour de force musical. Comme je disais lors de ma critique de l’album, est-ce que Minsk pourra enfin se dissocier de l’étiquette Neur-Isis qui leur colle à la peau ? Les chances sont fortes ! Entrevue avec Timothy Mead et Sanford Parker.

Timothy, avec ce nouveau disque, With Echoes in the Movement of Stone, on peut sentir que vous y allez encore plus profondément au niveau des sons et des émotions engendrées par la musique. Est-ce que vous devez vous mettre dans un certain état d’esprit très particulier pour créer une musique aussi intense ?

Oui, je crois. Nous nous sentions tous un peu vidé lorsque nous avons terminé l’album, dans le sens que nous pouvions enfin fermer la porte d’un certain chapitre de notre vie ou plutôt, d’une certaine fragilité des émotions. Nous étions confinés dans cet endroit depuis très longtemps et ça nous a affecté grandement. Nous avons essayé d’y aller encore plus profondément, cette fois-ci, avec disque et j’en suis très fier. Je crois qu’il y a encore plus de « nous » sur cet album que jamais ! Ce disque était un challenge et il nous a laissé de nombreuses cicatrices. Vers la fin, nous étions tous très heureux de la tournure que prenait l’album mais je crois que la portion création a pris énormément de ce que tu décrivais comme un certain état d’esprit. En gros, c’était autant douloureux que palpitant !

Une question pour toi Sanford, est-ce difficile de produire ton propre groupe ? Par cette question je veux dire que, lorsque tu produis l’album d’un autre groupe, tu as une oreille externe car tu n’es pas membre du groupe mais lorsque tu fais un album de Minsk, tu es quelqu’un de l’interne, une partie intégrante du groupe !

Ca peut être très taxant, effectivement ! Ce sont de longues heures et le processus nous draine énormément, mentalement parlant, en tant que réalisateur quand on fait le travail pour notre propre groupe plutôt que pour les autres groupes. Nous écrivons aussi beaucoup en studio, nous apportons constamment de nouvelles idées. Nous nous laissons toujours de la place sur les chansons au cas où une idée géniale pourrait surgir en studio. Nous laissons de l’espace pour l’écriture et l’expérimentation. Mais c’est à mon avantage car je n’ai pas grand-chose à voir avec l’écriture des pièces à la base, c’est plutôt le travail des autres ! Ils me font parvenir les idées de base en démo et je donne mon avis et ils retravaillent le tout ! Dès que les chansons sont prêtes à 80% je dirais, c’est à ce moment que nous entrons en studio et c’est à ce moment que ma place devient un peu plus claire car c’est ici que je dois donner mon opinion, mes idées et mes suggestions. De cette perspective, je peux dire que de travailler de cette manière ressemble beaucoup à ce que je fais lorsque je produis pour d’autres groupes.

Vous êtes reconnus comme étant un groupe qui joue dans les plates bandes de l’émotivité et de la spiritualité. Je regardais certains titres de vos nouvelles pièces et il y en a de très intéressantes au niveau des titres comme Almitra’s Premonition (La Prémonition d’Almitra) C’était une prophétesse je crois ? Timothy, peux-tu me parler de cette chanson ?

Cette chanson est l’une des plus texturée du disque. C’est une chanson qui prend de l’ampleur et qui va dans de nombreuses directions. Les paroles parlent de peur et d’hésitation. Oui, Almitra était une prophétesse et la chanson a un ton qui nous indique que quelque chose s’en vient, que la peur du futur nous guette et que l’anxiété face à cette peur, nous ronge. Pour moi, cette chanson parle de belles possibilités qui peuvent survenir sans cette hésitation et cette crainte de défaitiste. Comme tout devin, Almitra peut être vue comme un personnage réconfortant avec ses prémonitions, qui sont, pour cette chanson, autant sombres que remplies d’espoir.  

Est-ce qu’il y a une relation entre le titre de cette chanson et la pochette du disque où l’on peut voir une femme, lapidée je crois ?

Nous sommes vraiment heureux de la pochette, tout a bien sorti. Tout comme « The Ritual Fires of Abandonment » notre album précédent, c’était une collaboration entre Tony et Orion Landau, qui est un artiste et designer fantastique. La pochette représente bien le contenu de l’album : tourbillonnant, effrité et fracturé ! Nous parlons énormément des problèmes reliés à l’autodestruction et les combats internes de nos personnalités.   

 withechoesrgb1Pochette très réussie, effectivement!

Un autre titre marquant est Pisgah, est-ce en références avec la montagne dans la Bible ?

Non, c’est plutôt le Parc National de la Forêt de Pisgah en Caroline du Nord. Nous avons fait un concert avec nos bons amis de US Christmas et nous sommes restés dans leur espace de pratique qui se situe dans la petite ville de Marion. Nous avons enregistré quelques trucs sur le terrain comme des percussions avec de vieux trucs en métal comme des bidons d’huile. La plupart des trucs enregistrés lors de cette séance ont été utilisés pour la chanson qui est devenu Pisgah. Nous avons aussi eu la chance de faire de la randonnée avec Nate de US Christmas dans le Parc National de la Forêt de Pisgah, c’est à ce moment que nous nous sommes rendus compte que ce nom donnerait un bon titre à cette chanson. 

Sanford, étant donné que tu produis beaucoup d’autres artistes, est-ce difficile de préparer des tournées pour Minsk ou même de prévoir les pratiques ?

Pas vraiment, nous ne faisons pas de tournée comme des malades ! Nous n’avons rien d’un groupe comme Mastodon pour ce qui est des horaires de tournées interminables. Nous devons prévoir vraiment à l’avance. Si je sais que nous allons faire une tournée pendant l’été, je vais m’arranger en fonction. Nous n’avons manqué que quelques opportunités de bonnes tournées mais rien de très majeur.

robrush2Photo: Rob Rush 

Et toi, Timothy, crois-tu que cette fois-ci, vous aurez l’opportunité de faire une tournée plus complète et d’avoir une chance de venir jouer au Canada ?

J’espère. Nous avons eu vraiment du plaisir le peu de fois où nous avons pu jouer au Canada. Comme tu dois le savoir, il est excessivement difficile pour des groupes américains de faire des tournées chez vous. Évidement, il y a les longues distances à couvrir en camionnette et aussi le fait que votre gouvernement ne semble pas très enclin à nous vouloir sur votre territoire ! Il semblerait que vos gouvernements croient que nous débarquons chez vous pour faire de nombreux dollars en vendant des milliers de disques. Ils croient que nous sommes payés généreusement et prenons votre bon argent pour rapatrier le tout aux Etats-Unis ! S’ils savaient que nous ne faisons que le strict minimum, juste assez pour payer l’essence et quelques grignotines. Nous devons quémander pour pouvoir dormir sur un bon plancher à la fin de la soirée ! Depuis quelques temps, il est encore plus difficile de passer vos douanes, même si nous avons réglé tous les petits détails au niveau de la logistique. Il n’y a rien de plus humiliant que d’être sur une ligne jaune avec nos mains là où l’on peut bien les voir… surtout quand tu sais que tu n’as rien à te reprocher ! Les chiens te reniflent, les policiers te posent des questions… tout ça pour te faire dire de faire demi-tour ! 

Vous n’avez jamais joué à Montréal?

Non, malheureusement. J’ai bien aimé les quelques places canadiennes que nous avons visitées et d’après ce que j’ai entendu dire, il semblerait que Montréal est une place où nous devrions absolument jouer. J’espère cette année.

Et toi Sanford, avec tout ça, as-tu toujours le temps pour tous tes projets en parallèles comme Buried at Sea ? L’album Ghost a pris un bon quatre ans avant de sortir.

J’ai décidé que cette année, j’allais prendre plus de temps pour mes projets personnels. À date, le tout va très bien. J’ai un groupe avec mon bon ami Bruce Lamont, il chante et joue du saxophone dans Yakuza. Le nom du projet est Circle of Animals, c’est industriel un peu comme de l’ancien Ministry, Killing Joke ou dans le genre Swans. Nous avons environ cinq chansons. Je me suis acoquiné aussi avec mon partenaire de studio Jeremy Lemos, Steve Shelley de Sonic Youth et Chris Connelly de Ministry/Revolting Cocks. Ensemble, nous avons fait une séance d’enregistrement en février, le tout a duré 4 jours et nous avons un bon deux heures de musique en canne. Le tout a bien fonctionné, c’est dans les teintes de Throbbing Gristle et PIL, un peu de Talking Heads mixé avec Velvet Underground. Je suis très emballé par ce projet. Oui, Ghost a été un peu long a sortir. Jason et Brian ont déménagé sur la Côte Ouest et Bill a eu un enfant! 

www.myspace.com/minsk

À venir la semaine prochaine… des critiques de disques nouveau genre, une entrevue format double avec Cephalic Carnage et Cattle Decapitation en prévision du Blackened Fest avec Mayhem, le lundi 15 juin aux Foufs! Est-ce que Marduk sera en sol montréalais???? Hum… le tout reste à voir!!!

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Yanick Klimbo Tremblay

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