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Chanceux comme un quêteux

Goatwhore… sculpture optique! (entrevue avec Ben Falgoust)

Yanick Klimbo Tremblay
16 juillet 2009

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Ben Falgoust est une véritable bête de scène. Que ce soit avec Soilent Green ou avec Goatwhore, ce type vous en met plein la vue par sa stature et son entrain en plus d’avoir une des voix les plus précises dans l’univers métallique. Excessivement volubile, j’ai eu le plaisir de m’entretenir une bonne trentaine de minutes avec Ben, un après-midi de juin, au téléphone entre deux coups de marteau car j’étais en train de construire mon patio ! Voici donc un compte-rendu très complet avec cet érudit, un véritable lexique métallisé qui en a long à raconter ! Entrevue avec Ben Falgoust, voix pour Goatwhore.

Je voulais te parler du titre avant tout, Carving the Eyes of God,  je trouve que ça sonne poétique mais brutal en même temps, qui a trouvé ce titre ?

C’est moi. À l’origine ce n’était que le titre d’une chanson mais les autres ont tous cliqué sur ce titre et d’un commun accord, le tout est devenu le nom de l’album. J’avoue que c’est un titre assez évocateur (Découper les yeux de Dieu) et impitoyable. C’était un titre que tout le monde a aimé. Tu sais, des fois, les autres membres du groupe peuvent ne pas apprécier mes titres de chansons mais je suis assez ouvert d’esprit et je peux leur dire : « Ok les gars, je vais retourner faire mon devoir et changer le tout ! »

  

On dirait que tu aimes bien donner de très longs noms à tes chansons, comme par exemple To Mourn and Forever Wander through Forgotten Doorways. C’est un peu le même cas avec ton autre groupe, Soilent Green, surtout sur le dernier album ?

J’ai un problème avec les mots ! Je ne travaille pas de manière conventionnelle, je ne fais pas de couplet-refrain-couplet… Je déteste me répéter ! De plus, j’adore raconter des choses mais de manière très complexe. Je n’aime pas réutiliser les mêmes mots quand je peux en trouver d’autres qui veulent dire la même chose, ce que l’on appelle des synonymes ! Je ne veux pas dire que je suis la personne la plus intelligente du monde, je ne me vois pas non plus comme un enseignant mais je peux dire que j’aime bien faire certaines recherches, me documenter et faire de nombreuses références quand vient le temps d’écrire mes paroles. Les mots ont une certaine richesse, ils sont comme des instruments de peinture qui permettent de créer des tableaux visuels pour que les autres puissent voir toutes ces images folles ! Mais la beauté de la chose, c’est que chaque personne peut faire sa propre vision, sa propre interprétation sur ce que je raconte dans mes textes. On développe son propre sens, une vision différente. Tout dépend de ce qu’on a compris dans les paroles.

J’ai essayé de faire de courts titres et j’en fais encore, comme Apocalyptic Havoc, c’est court mais ce titre a tout un impact !

Vous avez travaillé avec Erik Rutan sur ce disque, comme vous avez fait pour le dernier Soilent Green, justement et le dernier Goatwhore aussi.

Tu sais, nous sommes bons amis. Son studio est fantastique et très confortable. Erik est un gars généreux qui aime avoir du bon temps mais il sait qu’il faut mettre tout ça de côté à certains moments car il veut toujours produire des albums qui seront sans failles. Il nous connait bien et nous le connaissons bien donc quand vient le temps de se confronter, au niveau de certaines idées, le fait que nous nous connaissons bien rend la tâche beaucoup plus facile. Tu sais, avec d’autres producteurs que tu ne connais pas vraiment, lorsque vient le temps d’avoir certaines discussions, tu peux te faire avoir justement, étant donné que tu ne connais pas la personne, tu peux être intimidé parce que ce gars peut avoir une réputation de bien connaître son affaire. Mais avec Erik, c’est plus smooth. On discute, sans chicane. Tu sais, un album, c’est comme un enfant, il est tout neuf et tu en es fier. Tu arrives au studio avec tes chansons préparées et tu as un gars qui te dit que telle chose ne va pas vraiment bien, tel bout est trop long et que telle autre chose manque de puissance. C’est comme si quelqu’un d’autre critiquait ton propre enfant ! Le travail en studio, c’est très demandant. C’est excessivement stressant. Moi, en tant que chanteur, je suis seul dans mon cabinet à gueuler toute la journée. Tu as un réalisateur qui est à la console, qui te dit de recommencer telle partie ou telle autre, ca devient excessivement éreintant. Mais Erik s’arrange bien pour transformer cette expérience douloureuse en quelque chose de plus agréable.

Ben Falgoust

Il y a une chanson qui a capté mon attention plus particulièrement, c’est The All-Destroying. Elle parle de quoi ?

C’est une chanson qui parle de… Les paroles m’ont été influencées après avoir fait quelques lectures très intéressantes. C’est au sujet des structures religieuses. Depuis de nombreuses années, et ce même depuis très longtemps dans les anciennes civilisations, certaines religions nous enseignent qu’il faut parfois tout détruire pour recommencer au tout début. Une expérience qui te rend plus pur, disons. Question d’atteindre un monde meilleur. Cette chose divine qui fait que l’on doit repartir du début si l’on veut enfin recevoir le divin en nous. Le fait de détruire certaines choses qui nous bloquent, de tout reconstruire pour ainsi vaincre cette chose malsaine ou de se faire démolir encore plus. Tout ca remonte à longtemps. Ça se retrouve dans de nombreuses religions comme le grand déluge de la Bible, par exemple. Moi, j’essais d’apposer le tout aux situations modernes qui surviennent de nos jours, avec l’effondrement économique aux Etats-Unis, on doit repartir du début. Les grandes structures s’écroulent, des géants que l’on croyait intouchables… Il y a aussi le fait de détruire une chose que tu as construite pour recommencer du début, que ce soit en art, avec la chanson ou en peinture, c’est un sentiment qui vient tout naturellement. Bien souvent, certaines personnes ont besoin de ce concept où il faut détruire pour mieux reconstruire, pour qu’ils puissent voir qu’il y a d’autres manières, parfois meilleures, de faire les choses correctement.

Je ne suis pas quelqu’un de très politique mais je crois qu’il faut comparer l’Amérique à une civilisation comme Rome, la grandiose. La race humaine se répète, de générations en générations, et elle fait les mêmes erreurs. L’Amérique est la nouvelle Rome et risque de s’effondrer. C’est un cycle. La race humaine devrait arrêter, prendre le temps de voir quelles étaient les erreurs du passé et ainsi, tenter de ne pas les répéter.

Ce disque parle énormément de la religion catholique, le christianisme. Toutes les doctrines enseignées par cette religion ne sont que des ramassis destinés à faire peur aux pleutres qui ont besoin d’une béquille pour avancer. La peur, surtout la peur de mourir sans qu’il n’y ait de paradis, fait faire de nombreuses choses et l’ignorance est son alliée. Que des brebis, ce ne sont que des brebis qui suivent aveuglement les religions de types organisés. Le Christianisme a décimé de nombreuses peuplades et encore aujourd’hui, malheureusement.

Sur cette pièce et aussi Reckoning of the Soul Made Godless, on peut facilement sentir l’impact de Celtic Frost sur ton groupe, la tonalité des guitares, le rythme. Je sais que vous avez fait une tournée avec eux il y a quelques années, c’était comment de partir sur la route avec un groupe que vous respectez vraiment. Intimidés ?

Ce sont des Dieux pour nous. Tu sais, quand tu as des idoles, bien souvent tu te dis que tu ne voudrais pas les rencontrer, jamais. Tu ne veux pas être déçu de l’image que tu as d’eux. Quoi de plus déplaisant de rencontrer ton idole de jeunesse pour t’apercevoir que c’est un crétin ou un idiot. Donc, pour cette tournée avec Celtic Frost, nous savions qu’à  un moment donné, nous allions devoir leur parler, c’est évident mais on avait peur dans un sens que l’image cool que nous cultivions pendant des années sur ce groupe, soit ternie. Mais en fin de compte, il y a eu rencontre et le groupe…Wow, les membres de Celtic Frost, des gars tellement terre-à-terre, disponibles et sociables. Tout au long de la tournée, c’était un pur plaisir de les côtoyer, les anecdotes qu’ils racontaient. Ce sont des gars très reconnaissants, ils prenaient le temps, et ce à tous les soirs, de rencontrer les fans, de signer des autographes, de prendre des photos. Ca pouvait prendre deux heures mais toujours souriants et très humbles. Inspirant pour nous. Et c’était le cas de manière individuelle autant qu’en tant que groupe.  


Peux-tu nous parler de votre expérience au Ozzfest de l’an passé?

On ne savait pas à quoi s’attendre, sérieusement. Deuxième groupe de la journée, il devait être 11h00 du matin. On croyait qu’il n’y aurait pas un chat mais non, à notre grande surprise, c’était assez plein !

Les musiciens de la Nouvelle-Orléans semblent très occupés, un peu comme les Scandinaves, car vous avez de nombreux groupes et autres projets. Est-ce parce que vous êtes tous très talentueux ou bien, c’est en relation avec le fait que la Nouvelle-Orléans a un climat tellement chaud que vous préférez rester dans vos locaux de pratique avec l’air climatisé dans le piton ?

La Nouvelle-Orléans est effectivement, très chaude, aussi chaude que l’Enfer. Nous n’avons pas de climatiseur… Il fait chaud dans nos locaux, c’est insupportable ! Notre scène est très petite comparativement à la croyance populaire. Nous ne sommes pas nombreux, en tant que bons musiciens et c’est pour ça que nous devons emprunter des membres à gauche et à droite. La scène métal, chez nous, est tellement changeante. Des fois, nous pouvons jouer pour 400 personnes et un mois plus tard, paf ! Plus que 60 personnes au concert ! Et ce à la même place ! Mais quand on y repense, tous les groupes de notre coin, Crowbar, Acid Bath, Soilent Green, Down, Eyehategod et Goatwhore, nous avons tous une sonorité très différente même si nous avons des membres en commun ! Et c’est la beauté de la chose !

Vois-tu Goatwhore comme étant un véritable groupe maintenant et non seulement un projet en parallèle ?

Définitivement ! Goatwhore est un groupe viable qui enregistre et fait de la tournée. On met beaucoup de sérieux dans le groupe. J’ai déjà hâte de repartir en tournée. La route me manque. À chaque fois que je reviens d’une tournée, après deux trois jours à la maison, j’ai de sérieux maux de dos. Le confort du siège de la camionnette me manque, mon lit est trop droit et stable! Je crois que ma colonne vertébrale est trop adaptée aux rondeurs des ressorts du siège de la camionnette !

www.myspace.com/goatwhore 

En concert le 26 juillet aux Foufounes Électriques de Montréal avec Abigail Williams, Abysmal Dawn, Daath et Success Will Write Apocalypse Across the Sky

 L’album « Carving the Eyes of God » est en magasins !

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Un commentaire
  • Mike Savard
    16 juillet 2009

    Belle job! (l’entrevue j’parle, j’ai pas vu ton patio)

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Chanceux comme un quêteux

Yanick Klimbo Tremblay

Suintage métallique et autres bidules!

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