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Chanceux comme un quêteux

Clutch… étrange cousin au nom bien de chez-nous! (Entrevue)

Yanick Klimbo Tremblay
7 septembre 2009

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Clutch n’est rien de moins qu’un groupe CULTE. Avec ses débuts plutôt fortement métallisés, le groupe a pris une toute autre direction, et ce depuis leur troisième album Elephant Riders, vers un son qui combine le blues, le rock et le métal. Sur la route indéfiniment, Clutch donne toujours des concerts imprévisibles, tant par le setlist que par les nombreuses improvisations. De véritables virtuoses comptent parmi les rangs de ce groupe. Vous savez, le genre de musiciens qui jouent en regardant son instrument goulument, le tout porté par le très volubile et explosif chanteur Neil Fallon. Le groupe a lancé en 2009 un album qui détonne avec Strange Cousins from the West. Clutch s’en vient en ville, justement pour vous faire entendre les nombreuses pièces de leur imposant catalogue. Entrevue avec Jean-Paul Gaster, batteur du groupe.

Premièrement, j’aimerais te parler de ton prénom, Jean-Paul, c’est très français. Est-ce que tes parents sont Français ou peut-être même, Québécois ?

Non, ma mère est de l’Uruguay, en Amérique du Sud. Elle a une certaine affinité pour les noms français. Mon frère se nomme Jean-Pierre et mes sœurs se prénomment Juliette et Justine. Elle aime les noms français. 

Maintenant, vous avez votre propre maison de disques et c’est la deuxième production de Clutch que vous sortez sur Weathermaker Music, votre compagnie. Il y a eu le DVD et maintenant, c’est votre nouvel album Strange Cousins from the West. Dans un sens, vous devenez vos propres patrons. Est-ce plus difficile que vous ne le croyez, de jongler avec toutes les facettes de l’industrie ?

Non, pas du tout. Nous faisons ça depuis longtemps avec certains disques que nous avons sortis et qui n’étaient disponibles que par notre page Internet, comme Jam Room. À l’époque, ce disque n’était disponible que par notre propre étiquette, River Road Records. Par la suite, il y a eu une entente de distribution, c’est pour ça que le disque était disponible en magasins. Dans le temps, ce n’était que nous qui répondions aux requêtes sur le net, allions au bureau de poste pour envoyer les disques par la poste mais maintenant, nous avons quelques employés. C’est plus facile que je ne le croyais. C’est un sentiment tellement apaisant de savoir que tu as le contrôle total sur tes créations. Et le tout part de l’écriture des chansons, à l’enregistrement jusqu’à la mise en marché de l’album.  

Pourquoi avoir laissé de côté le nom de River Road Records, qui était l’ancien nom de votre propre compagnie de disques, pour Weathermaker Music?

C’est pour vraiment démontrer que l’on recommençait du début. Tout est neuf dans un sens. Maintenant, ce n’est plus seulement une petite distribution maison, nous avons des ententes avec de gros distributeurs qui s’assurent que l’album se retrouve aux bons endroits. Notre entente avec DRT était morte, le temps était venu de tourner la page.

Qu’est-il arrivé à votre ancienne étiquette de disques, DRT? Gwar enregistraient avec eux, aussi. Ils sont retournés avec Metal Blade.

La compagnie s’est écroulée ! Ils ne payaient pas leurs groupes. Ils se sont mis à signer de nombreuses formations mais le tout a déraillé, ils ont perdu le contrôle. Je ne peux pas dire qu’ils faisaient un travail fantastique, ils faisaient de nombreuses erreurs. L’industrie musicale a énormément changé depuis les cinq dernières années, c’est difficile pour certaines compagnies plus petites de pouvoir rester sur le marché. Et c’est ce qu’il y a de fantastique avec notre compagnie Weathermaker Music, nous ne lançons que les produits de Clutch ou en relation avec Clutch, comme Bakerton Group. Nous n’avons pas une grosse équipe à payer, le contrôle est plus facile ainsi. Nous sommes autosuffisants, dans un sens.

Tout le design de la pochette de Strange Cousins from the West est vraiment fantastique et, en même temps, écologique. Il n’y a aucun plastique ; sauf pour le disque lui-même. Qui a eu l’idée de faire la pin du CD en liège, comme pour une bouteille de vin en fin de compte ?

C’est une bonne analogie ! L’idée vient de Nick Lakiotes, qui est notre directeur artistique. C’est un gars de Brooklyn, il a de bonnes idées et d’excellents concepts. Il a travaillé en conjoncture avec Neil, tout au long du processus. Ce sont les deux cerveaux derrière cette pochette. Avec chaque album, on prend de plus en plus d’expansion artistiquement car on tente de nouvelles choses. On voulait se dépasser avec ce disque. Quand on le regarde, on voit que c’est unique. Le tout se déplie, il y a une carte et un livret qui se déplie en plusieurs parties. On aime bien offrir quelque chose d’intéressant au niveau visuel avec quoi tu peux t’occuper pendant l’écoute, un peu comme les vinyles dans le temps.    

Dans le disque, on retrouve une image représentant une vieille carte, est-ce quelque chose que vous avez trouvé dans un vieux livre? Ca représente quoi, en fin de compte ?

C’est Nick, c’est son concept et ce depuis le début. Certains éléments de la carte sont en relation avec les chansons. Pour les autres éléments, je ne sais pas car c’est vraiment son truc ! Il s’investit au maximum et nous arrive avec des concepts très intéressants. 

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Votre claviériste/organiste Mick Shauer n’est pas listé comme musicien sur l’album et il n’était pas de la dernière tournée européenne. Vous avez utilisé les services de Per du groupe Opeth en guise de remplacement. Qu’arrive-t-il avec le job de claviériste, le poste est toujours ouvert ?

Oui, c’est toujours ouvert ! Nous cherchons quelqu’un. Nous n’avons trouvé personne qui, justement, pourrait bien se fondre au groupe. De plus, l’approche envers les pièces du nouvel album a changé. Nous avons écrit le tout comme dans le bon vieux temps, c’est-à-dire en tant que groupe rock qui comprend guitare, basse, batterie et voix. Nous aimons pousser nos limites et ne pas rester dans les mêmes ornières indéfiniment. Même si cette sonorité me manque, il est temps de penser à ce qui s’en vient et nous sommes très fiers de l’album, tel qu’il est. Dans le futur, probablement que le clavier, l’orgue et l’harmonica reviendront mais pour l’instant, c’est plus simple en tant que quatuor.   

Tu joues sur le dernier disque de Wino. De plus, vous avez Wino sur cette tournée qui ouvre pour vous, est-ce que l’on doit conclure que tu vas jouer avec les deux groupes ?

En plein ça ! C’est vraiment plaisant de jouer avec Wino.

Tu dois être en forme pour faire deux concerts le même soir, surtout quand on sait que Clutch joue longtemps. As-tu une discipline de fer, question de te garder en forme lorsque tu es sur la route ?

J’essaie de me tenir en forme le plus possible, c’est certain. Jouer de la batterie est mon travail et je dois le faire de manière plus intense maintenant. J’ai un petit pêché mignon par contre, j’aime beaucoup la bière. Justement, j’ai une question pour toi !

Ah oui, quoi ?

Connais-tu la brasserie Unibroue ?

Oui.

Elle existe toujours ?

Oui, même si elle a été vendue à Sleeman qui appartient aux Japonais de chez Sapporo, leurs bières sont toujours brassées au Québec par contre.

J’adore leurs bières.

Tu devrais essayer l’Éphémère au cassis ! Délicieuse !

C’est ce que je veux faire dès qu’on arrive à Montréal !

(… la discussion sur la bière a continué un peu, Jean-Paul Gaster voulait avoir d’autres noms de bières intéressantes, brassées chez nous. Je lui ai conseillé la Boréale Blanche….)

Donc, tu vas jouer avec Wino et Clutch !

Oui, l’important est de garder le focus. Ce sera de longues soirées, je dois vraiment être au top de mon jeu ! Et c’est ce qui arrive lorsque tu joues avec des gens aussi passionnés. Je suis en confiance et je suis très fier de jouer avec Wino, c’est un bon ami et l’un des meilleurs guitaristes que je connais. C’est inspirant.

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Est-ce que tu te sens à l’aise de parler des paroles ?

Je n’écris pas les paroles mais je vais tenter de répondre du mieux que je peux.

Comme toujours, les paroles de Neil sont très axées sur la mythologie et les icones populaires de l’Amérique. En écoutant l’album, il y a un titre qui m’a accroché, c’est The Amazing Kreskin. En faisant des recherches, j’ai découvert que c’était un mentaliste très populaire dans les années 70. En faisant la lecture des paroles, je ne comprends pas la relation avec le gars. Donc, les paroles ne sont pas à son sujet?

Exactement. C’était un titre provisoire. On donne bien souvent des titres provisoires aux chansons question de ne pas avoir que des chansons numérotées. Tu sais du genre : « Ok les gars, aujourd’hui, tentons d’enregistrer la numéro 8 ! » Nous donnons des noms et pour celle-ci, le nom est resté. On donne des noms pour que les chansons puissent avoir une identité, une personnalité dès le moment même de sa création dans notre studio de pratique. J’ai un petit studio chez moi, justement. On jamme, on a un concept musical et on l’enregistre. Comme je te disais, on donne des noms aux pièces. Pour ce qui est du sens des paroles, c’est Neil. C’est donc des choses très imagées ! 

Il est évident qu’Abraham Lincoln parle…

D’Abraham Lincoln, définitivement !

Je me demandais aussi si la chanson Minotaur parlait vraiment de la créature mythique à tête de taureau ?

J’en ai aucune idée et pour être franc, j’essaie encore de comprendre de qui ou quoi elle peut parler ! Si tu finis par le découvrir, dis-le-moi !

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Clutch est un groupe du Maryland et ici au Québec, nous ne connaissons pas vraiment cet état américain. Les seules connaissances acquises sont celles en relation avec la série The Wire, qui se déroule à Baltimore, au Maryland. C’est une ville qui regorge de trafiquants de drogue, le taux de crime est très élevé et la pauvreté aussi. À ton avis, est-ce que cette série représente bien la réalité de cette ville ?

Il faut comprendre que c’est une série télé et qu’il faut garder le tout excitant pour les téléspectateurs. Un truc est intéressant par contre, de nombreuses scènes ont été tournées tout près de l’endroit où nous avons enregistré Strange Cousins From the West. Baltimore a de nombreux quartiers très différents, toutes sortes de personnes y vivent et il y a de bons restaurants. C’est une ville typique américaine avec ses affinités et ses défauts. 

 The Wire, série télé très intense!

J’ai lu dans le livre Precious Metal, publié par le magazine Decibel, l’entrevue avec Monster Magnet. Le but de ce livre est de parler des albums de certains groupes qui sont intronisés dans leur Panthéon du métal, et Dopes to Infinity est listé. Jon Kleiman, le batteur de Monster Magnet raconte un truc à votre sujet, lorsque vous étiez en tournée avec eux.

Ah oui, c’est cool !

Voici ce qu’il raconte : « À l’époque de leur premier album, Clutch était un groupe très métal. Je crois qu’ils ont fumé du pot pour la première fois avec nous lors de cette tournée. Par la suite, leur album suivant était beaucoup plus psychédélique. » Que penses-tu de ce commentaire ?

Ahahahhahaa ! Ce n’était pas vraiment comme ça, mais nous étions vraiment de gros amateurs de Monster Magnet dans le temps. La transition entre le premier album et le second, l’éponyme, est surtout dû au fait que nous avons fait de nombreuse tournées et pris de l’expérience. Pas seulement avec Monster Magnet mais avec d’autres groupes très différents comme Sepultura et Prong, en plus de nos propres tournées en tant que tête d’affiche. Nous étions assez jeunes dans ce temps et le fait d’avoir fait de nombreux concerts, nous en sommes venus à vraiment comprendre nos instruments et à devenir plus performants sur eux ! C’est ce qui explique la transition entre Transnational Speedway et Clutch, nous étions de meilleurs musiciens et nous voulions expérimenter beaucoup plus avec notre musique. Mais la tournée avec Monster Magnet était une des meilleures tournées auquel nous avons participé.  

Earache Records est la première compagnie qui a lancé un Ep de Clutch, êtes-vous toujours en relation avec elle ?

Non. Ils ont lancé le Ep Passive Restraints, mis quelques pièces sur des compilations et ils nous doivent encore de l’argent, c’est pour ça que les ponts sont coupés !

Passive Restraints, sorti chez Earache 

Il y a une dizaine d’années, ils ont sorti le mini-album Impetus, c’était sans votre consentement ?

Effectivement et c’est leur façon de travailler, généralement. C’est typique chez Earache de faire les choses ainsi.

Impetus, sorti un peu en pirate...

Préparez-vous encore vos setlists juste avant d’entrer en scène ?

Oui, on change tous les soirs. Quand on commence une tournée, c’est Dan qui fait le setlist. Le soir suivant, c’est à mon tour. Neil est en troisième et on termine avec Tim. Ensuite, on recommence ! C’est différent à chaque soir. Ainsi, nous avons un plus vaste répertoire et ça garde le tout très frais. Ce n’est pas quelque chose que tous les groupes peuvent se permettre. Nous roulons, en gros, avec 70 chansons lorsque nous sommes sur la route.

Si je vais vous voir quatre soirs de file…

Tu auras quatre concerts différents. C’est plus excitant et de cette façon, nous faisons un meilleur travail. Je trouve que ca doit être abrutissant de jouer la même chose à chaque soir. Si d’autres groupes aiment ça, tant mieux mais ce n’est pas le cas pour nous.

Avez-vous une liste noire, des pièces que vous ne voulez plus jamais faire en concert ? 

Binge and Purge. Hahahahaha ! Je l’aime bien mais je crois savoir pourquoi on ne la fait plus… C’est une chanson plutôt émotionnelle. En plus, elle pourrait allumer les esprits des gens un peu plus jeune dans la salle… Elle est longue et pas très palpitante à jouer.

Jean-Paul, merci !

J’ai hâte d’être à Montréal et pas seulement pour vos bières !

En concert le 13 septembre au Studio juste Pour Rire de Montréal  

4 commentaires
  • Kristof G.
    7 septembre 2009

    Je serais partant moi aussi pour quelques bières avec toi et Jean-Paul! :)

  • Yannick Langlois
    8 septembre 2009

    très bonne entrevue

Désolé, les commentaires sont fermés pour le moment.

Chanceux comme un quêteux

Yanick Klimbo Tremblay

Suintage métallique et autres bidules!

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