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Chanceux comme un quêteux

Semen Datura: Plus original qu’une choucroute, danke schön! (Entrevue)

Yanick Klimbo Tremblay
11 février 2010

Il peut paraitre très difficile de parler d’originalité musicale quand on nomme un style aussi particulier que le black métal. Certains artistes se complaisent dans une niche déjà bien établie tandis que d’autres vont toujours tenter de pousser le bouchon en tentant d’expérimenter avec de nouveaux éléments. Semen Datura est un de ceux qui essaient des choses au risque de se péter la gueule et, le pire aux yeux d’un groupe, se mettre des fans à dos. Toujours présent sur la scène depuis de nombreuses années mais par le fait même encore présent dans une ombre excessivement ténébreuse, Semen Datura a présenté, en 2009, ce que je considère comme étant l’album black métal de l’année ! Ce groupe pige à de nombreux endroits, il tente et le tout fonctionne car il demeure que la ligne directrice est belle et bien présente, en plus d’être respectée. Découverte faramineuse l’année dernière, j’estime déjà attendre avec impatience leur prochain disque ! Entrevue avec Conrath, tête dirigeante du groupe depuis le début.

Le nom de votre groupe est très particulier, rien de très typique dans le genre métallique, surtout dans le black métal! C’est un amalgame entre une plante et la semence de l’homme, est-ce ça ? Pouvez-vous nous parler du nom ?

Ce n’est pas en relation avec la semence de l’homme. C’est plutôt la semence d’une plante, le datura. C’est dans la même lignée que d’autres noms de plantes comme Semen Abutili ou Semen Papaveris. Si tu as deux mots, un de plante et le mot semence, pour moi, c’est logique car tu fais le lien avec la semence que tu mets dans la terre. Le datura est une solanacée et étymologiquement, le mot semence veut dire « origine » donc, le nom de notre groupe est une métaphore pour « l’origine de la nuit » ou « l’origine des plantes qui vivent la nuit ».

Je n’ai découvert votre groupe que très récemment, pouvez-vous nous indiquer d’où vous venez ? Je sais que vous êtes actifs depuis 1997 et qu’à vos débuts, la sonorité du groupe était plus primitive, axée envers un black métal très cru et malsain.

Nous sommes originaires de la partie est de l’Allemagne. La ville la plus connue dans notre coin est Dresde. Le black métal a toujours été à la source de notre musique, de notre art. Nous avons débuté en lançant notre première cassette ‘MXVII’ en 1997 et nous avons continué avec la formation originale jusqu’au premier album, This Love is Dead. A mon humble avis, notre nouveau disque est tout aussi orienté vers le black métal très cru et malsain. Je veux dire, écoutez les riffs sur des chansons comme Psychokrieg et Mental Outlaw ! Ce sont les riffs les plus sombres que je n’ai jamais composés ! Notre album est ma définition personnelle de ce qu’est le black métal anno 2009. Je crois qu’il est insensé de faire la même chose à plusieurs reprises. Le mouvement black métallique des années 90 était motivé par l’innovation et le fait de repousser les frontières. De nombreuses créativités, du talent… et un potentiel criminel aussi ! C’était une révolution, une force expressive et de l’art. Beaucoup plus qu’un divertissement ou une tendance. Par la suite, de nombreux groupes ont décidé de tourner le tout en une véritable mascarade, mais nous devons ignorer ça car tout ceci n’a rien à voir avec le vrai black métal. Le black métal est une musique qui possède une forme artistique très forte. Et j’espère bien que notre nouveau disque a une orientation pure envers l’art du black métal.  

Pour en revenir à vos débuts, croyez-vous que votre son a évolué et que les gens ne devraient pas écouter vos premiers enregistrements comme Black Wings?

Je crois que les gens devraient écouter notre nouveau disque Einsamkeit en premier lieu, car il représente nos capacités au maximum de nos compétences. Je peux totalement m’identifier avec ce disque. Pour moi, cet enregistrement est comme le fait de me regarder dans le miroir. Et je m’y vois ! Parfois, j’écoute nos vieux enregistrements et je dois avouer que je les aime aussi ! Je suis plus ou moins fier de tout ce que l’on a fait. Ils sont tous très honnêtes et très underground pour la plupart. Ils ont tous un style différent, un style unique créé par des gars qui n’ont jamais rien copié musicalement ou qui ont suivi une certaine tendance musicale du moment.  

 Black Wings, un des premiers albums du groupe...

Einsamkeit est très varié musicalement, nous pouvons ressentir les influences de la vieille école du thrash, du vieux black métal et du métal tout simplement! Je me demandais, étant donné que le groupe existe depuis si longtemps, quelles sont vos influences majeures ?

Au tout début, nous étions très influencés par la seconde vague de black métal européenne avec des groupes géniaux comme Emperor, Dissection, Enslaved, Ulver et d’autres. Par la suite, il y a eu d’autres artistes plus expérimentaux comme Ved Buens Ende, les groupes allemands comme Lunar Aurora ou Nagelfar. Depuis quelques années, j’écoute surtout des groupes comme Woven Hand, Godspeed You Black Emperor, HRSTA et MONO. Tous ces groupes sont différents mais ils possèdent une atmosphère similaire qui me rejoint énormément. Mais je dirais qu’aujourd’hui, ma source principale d’inspiration vient du moment où je joue de la guitare… de moi-même !  L’âme merveilleuse d’un instrument de musique a la possibilité de libérer un sentiment de création qui ne sera pas influencé par le monde externe. De plus, je m’inspire beaucoup de voyages, de photographies et de dessins.  

Parlant d’images et de photos, celle sur la pochette et celles à l’intérieur du livret ne figurent pas dans le domaine typique de l’image dites métal. C’est beaucoup plus artistique et léché. J’avais l’impression de regarder des photos d’un photographe qui aurait pu avoir travaillé avec Sonic Youth ou Joy Division. Est-ce une manière de vous distancer de l’image stéréotypée du black métal ?

Ce sont des images que j’aime, personnellement. J’ai visité une exposition à Budapest l’été passé, une exposition de l’artiste Anton Corbijn qui a travaillé à de nombreuses reprises avec Joy Division et Depeche Mode. C’est très impressionnant de voir les œuvres originales. Je suis aussi très inspiré par le côté artistique de tout ce qui est des sorties d’albums en format vinyle ou les images fortement impressionnantes des groupes comme Godspeed You Black Emperor et Set Fire to Flames. Le gars qui s’est occupé des photos pour notre album est très talentueux et je le connais bien. Quelques photos proviennent de périples sur la mer Baltique et en Russie. Il nous a remis quatre éditions de ses idées et nous avons choisi celles qui correspondaient le plus avec l’album. Je crois que l’atmosphère dégagée par ses photos représente le thème majeur de l’album. L’écriture dans le livret est de moi, c’est fait à la main. C’est pour souligner le côté privé de l’œuvre complète. Si vous commandez le disque par notre site internet, on personnalise le disque avec des dédicaces en passant.   

 La toute dernière parution du groupe...

Encore dans le domaine de votre livret, il y a un essai écrit intitulé Retropsection. Ce texte explique clairement le fond de votre pensée envers le black métal contemporain, en 2009-2010. Certains seront d’accord avec ce texte, d’autres crieront que vous n’êtes que des jaloux du succès de certains groupes black métal. Que pouvez-vous répondre à vos détracteurs ?

Quand tu critiques un genre ou un style musical, il faut t’attendre à ce que certains te traitent de jaloux, c’est normal. Ce n’est pas un critère pour nous. Après plus de 12 ans dans la scène métal, nous avons cru bon de faire une rétrospective. Par le fait même ; de nombreuses choses manquent de balance dans la vie. Les Européens sont-ils jaloux s’ils disent qu’il ne faut pas déménager toutes nos manufactures en Asie parce que c’est moins cher à produire là-bas?  Suis-je jaloux si je dis que je déteste tous les grands magasins à grande surface car ils détruisent les plus petits commerces ? Je ne crois pas. À mon avis, la critique, la révolution et le développement proviennent majoritairement du milieu underground.  Et d’un autre côté, la jalousie est une émotion humaine très normale. Montrez-moi une personne qui n’a jamais vécu la jalousie !

Le titre de votre album, Einsamkeit, veut dire « isolation ». Les images visuelles autant que musicales nous aident à comprendre ce sentiment de solitude et d’isolation aisément. Sur la dernière page, on peut voir un revolver, un fusil. C’est un dessin très enfantin, très minimaliste. Est-ce que le message que vous voulez passer, à la toute fin est que le seul moyen de se sortir de l’isolation, est en utilisant un fusil ?  

Je ne veux pas montrer aux gens LA façon. Je veux tout simplement transférer mes sentiments en musique, en paroles et en images. C’est certain que la solution du fusil est une échappatoire ! Mais une autre possibilité serait aussi de changer des choses dans ta vie ! De laisser certains types de personnes très néfastes, sortir de ta vie. Je crois que l’isolation d’une société est un phénomène de l’ère moderne, cette gigantesque machine impersonnelle. Il est beaucoup mieux, pour tout être humain, d’avoir ne serait-ce, que deux vrais et véritables amis plutôt que d’avoir 2000 amis sur MySpace ! En général, je crois que de nombreuses personnes s’isolent surtout à cause de leur personnalité, je suis de ceux-là… Je n’aime pas vraiment faire la fête et les gens étranges qui peuvent m’entourer. Je ne sais pas pourquoi ! C’est peut-être parce que j’ai peur d’être démasquer, peur de perdre mon masque ! Mais avec une certaine médication bien dosé, il est possible de franchir nos limites personnelles qui nous empêchent d’avancer, il est possible de vaincre cette isolation.

 

Vos paroles sont en Anglais et en Allemand. Est-ce que c’était quelque chose de clair dès le début d’utiliser les deux langues plutôt qu’une seule ? 

La seule pièce en anglais sur l’album est Mental Outlaw. Toutes les autres pièces sont en Allemand. J’ai toujours pensé qu’il était important d’utiliser ma propre langue parce qu’elle ne met pas de mur entre mes pensées et mes mots. Pour les paroles, il est important d’utiliser les bonnes intonations. C’est même difficile en Allemand parfois !

Des chances d’avoir Semen Datura sur une scène ou bien vous êtes un groupe studio, uniquement ?

Nous ne sommes pas uniquement un groupe studio. Nous avons toujours eu des problèmes au niveau du personnel musical. C’est impossible de trouver des musiciens compétents dans notre ville. Les musiciens métalleux se trouvent de nouveaux groupes à chaque mois et lâchent deux semaines plus tard ! De temps à autres, je demande aux gars d’autres groupes du coin s’ils connaissent des gens qui seraient intéressés de jouer avec Semen Datura. Mais je ne reçois jamais de réponse! C’est toujours comme ça ! Si tu n’as pas de concert de prévus, personne ne veut jouer avec toi et si tu n’as pas de musiciens dans ton groupe, tu ne peux pas faire de concerts ! Mais maintenant, j’ai des musiciens de sessions pour pouvoir jouer lorsqu’on doit le faire. Mais vous au Canada, vous devez acheter de nombreuses copies de nos albums pour que l’on puisse s’acheter des billets d’avion pour aller jouer chez vous à Montréal, hahahahaha ! Ca serait vraiment cool d’aller chez vous, nous n’avons que de bons mots au sujet de la scène métallique du Québec !  

Aie, c’est tout! Merci de ton temps!

Merci à toi, tes questions étaient très intéressantes. Mes meilleurs souhaits !

www.myspace.com/semendatura

Vous pouvez entendre, ici, la pièce Unter bleigrauen Wolkenlasten!

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Yanick Klimbo Tremblay

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