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Chanceux comme un quêteux

Sonata Arctica: Entrevue avec Tony Kakko (version longue et complète)

Yanick Klimbo Tremblay
23 mars 2010

Dans un domaine aussi productif que le power métal, de nombreuses formations vont et viennent. C’est un genre qui laisse passer de nombreux groupes et certains ne voient le jour que pour s’éteindre quelques mois ensuite, le marché étant ouvert, béant même mais très élitiste. Comme dit le bon vieux proverbe rwandais : « Les moins bons partent et les meilleurs restent ! » Donc, si l’on se fie à cet adage et à l’année de formation de Sonata Arctica, nous pouvons conclure que le groupe propose une musique intéressante car avec 6 albums et près de 15 ans de carrière, les preuves sont faites ! J’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec le leader de la formation, Tony Kakko lors de mon congé de relâche. Un appel de sa demeure vers la mienne ; un vendredi après-midi pour moi, une soirée finlandaise pour lui ! Entrevue avec Tony Kakko.

Quand vous étiez en Finlande, à vos débuts et que vous aviez des échos vous disant que les gens du Québec étaient très amourachés de votre musique, est-ce vous pouviez-vous imaginer à quel point était votre popularité de notre côté de l’Atlantique?

Vraiment pas et votre premier accueil, je m’en souviens encore, a été une véritable surprise ! La même chose nous est arrivée en France, j’imagine que c’est en relation avec le fait que vous devez lire un peu les mêmes magazines dans un sens mais la première fois que nous avons visité le Québec a été un moment mémorable pour nous.

Te rappelles-tu des dernières prestations de Sonata Arctica à Montréal, vous jouiez dans une salle du nom du Medley ?

Oui, c’est une place charmante !

Cette place est maintenant fermée. As-tu de bons souvenirs de cette salle ?

Ah oui ? Vraiment ? Je me souviens d’avoir eu quelques problèmes avec les fenêtres dans notre loge car elles sont immenses donc quand on voulait, par exemple se changer, nous devions faire attention car il y avait toujours des gens qui pouvaient nous voir de l’autre côté de la rue ! Et quand tu es à poil, ce n’est pas évident ! La scène était particulière, très large. Et la foule, comme de raison, très intense. Les gens étaient à environ, je dirais, moins d’un mètre de nous. C’était une belle salle, c’est vraiment dommage car il y avait se sentiment de proximité et c’était chaleureux avec toutes les boiseries. 

Les amateurs de power métal peuvent être plus exigeants et pointilleux que bien d’autres amateurs provenant d’autres couches du domaine métallique. En ce moment, on retrouve des combinaisons surprenantes lors des tournées. Dernièrement, Epica avait avec eux Threat Signal et Blackguard. Les réactions de la part des gens dans la foule n’étaient pas géniales. Par exemple, Blackguard, qui est un groupe de Montréal. La réaction de la foule montréalaise, même en présence d’un groupe d’ici était assez froide ; on trouvait le groupe trop lourd et le chant ne plaisait pas aux amateurs. Que penses-tu de ce genre de combinaisons en tournée ?

D’un point de vue des groupes, c’est intéressant et il faut le voir d’une manière différente qui est celle des amateurs. Si par exemple, Sonata Arctica partait en tournée avec Epica, justement, ca n’aurait pas vraiment de sens, sauf pour les amateurs. De plus, nous sommes deux groupes européens et avec les coûts exorbitants, il serait difficile de pouvoir financer une tournée du genre avec Sonata Arctica et Epica mais ce n’est qu’un exemple. Nos deux groupes ensemble attireraient le même genre d’amateurs tandis qu’en ayant de groupes un tantinet différent, d’autres personnes peuvent venir voir ces groupes et rester, pour ensuite découvrir la tête d’affiche, apprécier ce qu’ils voient et entendent. Le contraire peut survenir mais par expérience, je peux dire que c’est bénéfique. Il est bon d’avoir je dirais, peut-être pas un groupe black métal ni death métal mais tu sais, le truc plus hardcore ?

Le métalcore ?

Oui, c’est très populaire aux Etats-Unis, ca nous aide beaucoup car ce genre attire de nombreuses personnes dans les salles en plus de notre public habituel. Ce genre de combinaison fonctionne, je crois, et je peux comprendre que certaines personnes doivent être découragés car ce n’est pas leur genre de groupes habituellement, s’ils sont des maniaques de power métal. Et pas seulement dans le domaine du power métal, ce doit être la même chose pour les fanatiques de black métal qui doivent royalement péter les plombs si un groupe power métal ouvre pour leur groupe préféré. Ils doivent se dire : « C’est quoi cette merde ? » Il y a un sens dans tout ça, dans les combinaisons de groupes. Le mélange des genres, c’est vraiment bien et je le crois fortement !

Avez-vous votre opinion à dire au sujet des groupes qui vont ouvrir sur vos tournées ?

Oui et non. Bien souvent, nous n’avons pas le temps de régler ca. Nous avons une liste de groupes qui sont disponibles pour partir en tournée, nous regardons comment ils sonnent sur leur page MySpace par exemple et on peut se faire une idée. Ca nous donne une bonne description sonore et on propose des noms. Mais parfois, nous avons le contrôle total. Pour une de nos tournées européennes, nous avions un groupe australien du nom de Vanishing Point. On voulait vraiment les avoir, ce sont des amis. Parfois, nous pouvons être plus impliqués car nous avons le temps et l’opportunité de le faire, comme pour cet exemple. Quand nous arrivons en Amérique par exemple, avec des groupes que nous ne connaissons pas, c’est une véritable surprise. Nous apprenons à les connaitre sur la route et nous pouvons développer de nouvelles amitiés car nous ne pourrions pas rencontrer ces personnes d’une autre manière! Il y a de bons groupes qui n’ont pas d’opportunités de jouer bien souvent et si c’est leur chance, tant mieux. Je ne suis pas très pointilleux, en fin de compte, pour ce qui est des groupes qui ouvrent pour nous !  

 Tony Kakko vous offre ses Horns! 

Comment sont les réactions ailleurs, en Amérique du Nord car nous connaissons votre degré de popularité ici et c’est intense mais ailleurs, c’est comment ?

Montréal et Québec sont les meilleures villes, sérieusement ! Mexico City aussi, ca fait parti de l’Amérique du Nord donc je peux la nommer.  Les gens sont fous là-bas ! Il y a certaines régions qui sont plus réceptives et on y retrouve un bon nombre d’amateurs. La Californie par exemple. C’est probablement en relation avec le fait que le Mexique n’est pas trop loin et nos fans de ce pays peuvent venir assister aux concerts dans cet état. On remarque lors des concerts en Californie qu’environ la moitié de la salle est remplie par des Mexicains. Ce sont des gens qui sont tellement dévoués envers le groupe, ils entrent en fusion avec nous totalement, et nous l’apprécions. Chicago est une bonne ville aussi. Et Cleveland. Nous ne jouons pas tout le temps dans des amphithéâtres gigantesques, ce ne sont pas les places les plus spacieuses. Mais quand tu joues dans des endroits plus intimistes, il y a une certaine connexion et ca, c’est démentiel ! Mais je dirais que c’est bon… partout ! Que ce soit une place plus grande ou un endroit plus petit, c’est toujours bien ! Parfois, nous jouons dans des villes où il n’y a pas souvent de concerts de ce genre de musique et lorsqu’on arrive dans ce genre de villes, les gens sont même étonnés qu’un groupe venant de Finlande puisse venir dans leur patelin ! Il se passe enfin quelque chose dans leur coin de pays et c’est la fête. C’est bon pour nous car, en Europe, nous jouons dans d’immenses salles et de revenir à la base, ca fait du bien ! Tu sais, le genre de salles miteuses, si petites qu’il n’y a pas d’arrière-scène, aucune douche. C’est une bonne dose de réalité et c’est très sain pour nous.

The Days of Grays… dernière offrande du groupe!

Maintenant, vous avez de nombreux albums et une quantité industrielle de chansons dans laquelle vous pouvez piger généreusement. Comment choisissez-vous vos chansons pour les concerts ? Avez-vous quelques listes que vous changez à intervalles réguliers donc si quelqu’un assiste au concert de Montréal, il aura droit à une toute autre représentation en assistant au concert de Québec ?

Nous avons plutôt des « squelettes » de choix de chansons. Je veux dire, il y a des incontournables, des chansons que nous nous devons de faire car ce sont nos hits. Elles sont obligatoires, pratiquement, mais nous devons les changer parfois. Pour chaque tournée, nous revisitons notre catalogue et nous choisissons quelques trucs par ici et par là. Nous allons faire plus d’une tournée en Amérique du Nord avec ce disque donc il serait stupide de faire le même concert lorsque nous allons revenir. Mais nous ne sommes pas de gros amateurs de changement entre les concerts, ce qui peut être justement un peu frustrant pour certains fans qui vont venir voir deux ou trois concerts de suite, dans quelques villes. Nous préférons changer de petits détails mais rien au niveau du choix des chansons, des choses un peu plus distrayantes. Mais je crois fortement que chaque personne qui paie son billet a droit d’avoir un excellent concert et il faut que ce soit le même concert que celui qui a été présenté dans les autres villes, peu importe où tu te trouves ! Il faut que tu te fixes des standards de qualité dans un sens donc en ayant le même setlist, de ville en ville, personne ne pourra dire : « Est-ce que Sonata Arctica a joué telle chanson dans ta ville ? Ah oui, pas nous et le pire, c’est que c’est ma chanson préférée ! » Et dans un sens, c’est plus prudent de notre part d’offrir les mêmes chansons partout !

La tournée ne doit pas être facile en ce moment avec les cicatrices laissées par la précarité de la situation économique aux Etats-Unis, même si c’est mieux que l’an passé?

Étrangement, les gens se présentent encore lors des concerts ! J’imagine que leur vie morose a besoin d’un peu de divertissement ? Nous ne vendons pas des tonnes de disques en Amérique du Nord mais nos salles de concerts, elles, sont remplies. Il y a eu quelques baisses mais en général, avec le bouche à oreille, les gens qui t’ont vu la dernière fois vont en parler à d’autres et eux vont venir à leur tour.

J’aimerais te parler du dernier album, The Days of Grays. Il y a une chanson qui a capté mon attention immédiatement et c’est la chanson Flag in the Ground. Les paroles sont en relation avec un couple qui quitte l’Europe pour venir s’établir en Amérique du Nord lors des années 1800. Qu’est-ce qui t’a inspiré pour écrire cette chanson ?

La chose la plus intrigante au sujet de cette pièce, c’est que c’est la première pièce que j’aie composée pour Sonata Arctica en 1996! Elle a été retravaillée et revisitée. À l’origine, c’était supposé être une chanson bonus pour l’édition spéciale mais après le mix de l’album, nous nous sommes dit que c’était du matériel pour l’album en tant que tel. Pour la première version en 1996, les paroles étaient vraiment idiotes, sans profondeur. J’ai refait les paroles après avoir lu un article à quelque part, dans un magazine de National Geographic je crois… C’était un article qui parlait des immigrants qui vivaient dans la misère à l’époque en Irlande et qui quittaient tout pour aller s’établir en Amérique, Boston plus précisément. C’était pour y cultiver une terre. Les terres étaient offertes gratuitement ou à rabais mais ce n’était pas facile pour eux, ce n’était pas un rêve qui se réalisait facilement. Ils devaient travailler très fort pour s’en sortir et pour réussir. Le thème est vraiment différent de la première version, je peux te l’assurer.   

 Le simple de Flag in the Ground, il y a eu un concours pour la création de la pochette, voici celle qui a gagné! 

La même chose est arrivée ici au Québec, des gens ont quitté l’Irlande à l’époque pour venir s’établir ici. Il y a eu la famine en Irlande, ce qui a entrainé de nombreux cas d’immigration vers l’Amérique du Nord, dont chez nous. Les immigrants arrivaient malades car sur les bateaux, ce n’étaient pas de tout repos, certains étaient malades car ils vivaient entassés dans des situations insalubres. Ils devaient passer par Grosse-île, une station de quarantaine pour vérifier leur état de santé au niveau des infections et autres maladies. C’est tout près de Québec.

Ah oui ? Il faut que je retienne ça alors, ca introduirait bien la chanson lors de notre passage chez vous !

Il y a un truc assez particulier au sujet du groupe Sonata Arctica; une compagnie de jeux a créé un jeu vidéo inspiré par le disque Winterheart’s Guild. Où en est le processus de création ? Je sais que le jeu a été présenté lors de congrès mais l’information s’arrête ici !

Ce jeu n’est pas encore disponible et je ne sais pas s’il va l’être un jour, pour être bien honnête ! La compagnie qui s’occupe de la création a d’énormes difficultés financières. Nous n’avons pas eu de nouvelles d’eux depuis… quoi ? Un an… Un an et demi. L’idée de base était géniale, tout était en relation avec l’album, nous avons enregistré nos voix et tout ce dont ils avaient de besoin pour créer le jeu. Nous avions des personnages inspirés par nous, ils nous ressemblaient, c’était fantastique de voir ca sur écran. Nous devions fournir de la musique originale pour mousser le jeu. Il y a eu un démo qui a circulé à un moment donné et c’est tout. L’idée est là, peut-être que le tout va finir par débloquer… Du moins, je l’espère !

 Image tirée du jeu…

Je crois que tu es un bon gamer, tu es un fan de World of Warcraft ?

Ouais…

Savais-tu que George Corpsegrinder, de Cannibal Corpse, est un maniaque de ce jeu ?

Ah oui ?  

Il y a même un personnage qui a été créé pour lui rendre hommage, Gorge the Corpse Grinder !

Il y a tellement de choses dans ce jeu qui sont inspirés par des trucs de la vraie vie. Par exemple, il y a un personnage, un elfe je crois, qui se prénomme Haris Pilton. C’est un beau clin d’œil à Paris Hilton, tu devrais la voir ! Il y a le Crystal Lake aussi, un endroit où de nombreux meurtres sont survenus tout comme dans la série Vendredi 13 !    

Vous êtes un groupe qui a fait de nombreuses interprétations mais il y en a une qui est tout a fait… hors du commun ! C’est votre version de “Gaston y’a l’téléfon qui son” de Nino Ferrer. Qui est le responsable du choix de cette chanson qui provient directement du répertoire français un peu quétaine?

Nous utilisions cette chanson comme introduction pour nos concerts en France, je crois. C’était en 2003 ou 2004, nous étions le groupe en ouverture pour Fairyland. Mon épouse a étudié le Français et elle avait cette cassette de Nino Ferrer. Elle l’écoutait et elle devait  apprendre son Français tout en écoutant cette musique. En tournée de promotion, je me suis souvenu de cette chanson et nous devions être, je ne sais plus trop où. Nous étions dans un restaurant. Il y avait un piano, j’étais saoul et je me suis mis à déconner sur cette chanson. Et tous les gens se sont mis à chanter ! Nous ne l’avons jamais vraiment joué en concert, j’avais des moments de folies où je faisais chanter les gens, sans plus. J’adore cette chanson, il me faudrait un CD de ses meilleurs succès !

Donc, Tony, je te remercie et bonne tournée !   

Merci Yanick ! Et les gens du Québec, venez nous voir !

Sonata Arctica sera à l’Impérial de Québec le 6 avril et le 7 avril au Club Soda de Montréal

www.sonataarctica.info

2 commentaires
  • Dan
    26 mars 2010

    jvais yaller youhou, yes!

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Chanceux comme un quêteux

Yanick Klimbo Tremblay

Suintage métallique et autres bidules!

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