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Chanceux comme un quêteux

Mortemia: le jour et la nuit! (Entrevue complète avec Morten Veland)

Yanick Klimbo Tremblay
30 mars 2010

Morten Veland est une figure très connue dans le domaine du métal aux influences gothiques. Malgré son très jeune âge, à peine 32 ans, il est l’un des créateurs de la scène goth métal fortement propulsée dans les années 90 par l’étiquette de disques Napalm Records. Veland est celui qui a mis au monde le groupe Tristania, qu’il a quitté par la suite pour fonder Sirenia. Comme il avait un côté encore plus ténébreux en lui, il a mis sur pied le groupe Mortemia, qui vient tout juste de sortir un album, Misere Mortem, son premier sous ce pseudonyme. Sur ce disque, Veland fait tout, réalise tout, produit tout et joue de chaque instrument ! Wow ! Privilégiant les chants dits de chorales, Mortemia se distingue des autres créations de Veland par l’absence de voix féminine de type haute arpège. Que du gueulage death métallique et des choeurs glorieux ! Discussion avec cet être influent qui sait véritablement ce qu’il veut et où il se dirige…

Ce disque est vraiment intéressant, c’est bon du début à la fin. L’écriture et l’interprétation sont incroyables. Mais pourquoi la création d’un projet parallèle quand tu as un groupe principal ? Est-ce que tu avais trop de matériel qui n’était pas du registre de Sirenia ?

Il y a quelques années, j’ai décidé de diriger Sirenia vers quelque chose de plus mélodique. Mais je compose tout de même des chansons de genres différents et je me suis ramassé avec du matériel en quantité industrielle. En regardant tout ça, je me suis rendu compte que ca n’était vraiment pas du répertoire de Sirenia. J’avais donc deux options: tout jeter ou me créer quelque chose d’autre, un projet qui allait me permettre de donner vie à mes chansons additionnelles qui ne sont pas du registre de Sirenia.   

Donc, tu avais le concept de Mortemia en tête, c’était clair que tu n’allais pas te débarrasser de toute cette musique ?

Je croyais que toutes ses compositions étaient trop bonnes pour être laissées à l’abandon. C’est pourquoi j’ai formé Mortemia. J’ai commencé à travailler avec les idées que j’avais et c’étaient des idées qu’il m’était impossible d’inclure dans Sirenia. C’était soit trop complexe musicalement, trop lourd ou tout simplement que ses pièces n’avaient pas le même genre d’expression, musicalement parlant. Donc, avec Mortemia, je voulais tout simplement créer quelque chose qui me ramenait à mes racines mais aussi, je voulais une sonorité fraîche et différente. Les orchestrations, le niveau symphonique et les éléments un peu plus pompeux ont toujours un rôle prépondérant dans ma musique. C’est une balance entre la musique métal et le classique. Une des choses auxquelles je tenais avant tout était le fait de ne pas utiliser de voix féminines dans ce projet. Le tout aurait été limitatif et nous aurait ramené vers mes anciens projets ! Le concept vocal de Mortemia est basé sur l’interaction entre les voix extrêmes et les chœurs. Et personnellement, je crois avoir été capable de créer un projet qui a une sonorité vraiment différente comparativement à tous les autres produits disponibles sur le marché. J’avais besoin d’exprimer autre chose et d’étendre mes idées musicales, voilà !    

Dans un sens, tu as besoin de vivre une certaine dualité. Avec Mortemia, ce sont des voix très gueulardes mais avec une chorale. Avec Sirenia, c’est plus douillet et avec une voix féminine en avant plan. Mortemia est plus violent et vif ; Sirenia est plus léger… c’est le jour et la nuit ! As-tu besoin de vivre cette dualité, cette balance entre la lourdeur du métal avec Mortemia et le côté plus propret de la chose, avec Sirenia ?

Pour moi, Mortemia et Sirenia ont leur propre identité musicale et je tiens à m’investir encore plus dans ma musique car je ratisse large avec mes deux projets. Je vois la musique de Mortemia comme quelque chose de plus sombre, extrême et complexe si l’on compare avec la musique de Sirenia, qui est beaucoup plus mélodique et qui est arrangée de manière à ce que le tout soit plus accessible en ce moment. En dehors de ça, les deux groupes ont deux approches très différentes pour ce qui est des concepts des voix ; Sirenia est basé sur la voix féminine, quelques grognements et une voix masculine plus proprette. Pour ce qui est de Mortemia, j’ai laissé le côté féminin des voix de manière intentionnelle pour éviter toute comparaison avec Sirenia, justement. Le concept vocal de Mortemia est basé sur l’interaction entre le côté extrême des voix et les chants de chorales ou les chœurs, si tu préfères.

Je crois qu’en délaissant les voix féminines avec Mortemia, le tout joue en faveur du son et de l’expression si l’on compare avec Sirenia. De toute façon, il y aura toujours des similarités musicales surtout lorsque c’est la même personne qui compose pour plusieurs groupes. Je crois fortement qu’il y a une certaine signature musicale auprès de tous les projets musicaux auxquels j’ai coopéré même si j’ai essayé d’être différent dans tout ce que j’entreprends. Le chant de chorale est un genre qui m’a toujours fasciné, ca allume quelque chose en moi qu’aucun autre type de voix ne peut compenser ! J’aime aussi composer et faire les arrangements pour des chœurs, j’imagine que c’est la raison majeure d’autant de présences de chœurs dans mes albums. Je n’écoute pas beaucoup de musique classique mais j’adore écrire et travailler avec ce genre musical. Plus spécialement quand c’est bien mélangé avec le métal.

Comment fais-tu pour séparer les choses quand tu composes? Comment t’y prends-tu pour reconnaitre qu’une pièce sera pour Mortemia et une autre, pour Sirenia ?

Je peux facilement imaginer et entendre quel genre d’arrangement chacun de mes riffs aura vraiment de besoin pour être complet quand je le compose. Je sais aussi quel genre de voix pourra être utilisé. C’est l’intuition dans un sens.

As-tu des chansons qui s’en vont directement dans les poubelles car elles sont trop heavy ou trop légères, ou même trop pop métal ?

Je compose énormément de matériel et il y en a qui se ramasse directement dans les vidanges et j’en mets de côté pour d’éventuels projets. Je suis un amateur de différents genres musicaux donc, j’écris dans cette optique aussi. Je sais pertinemment que je ne pourrai jamais concrétiser tout ce que je fais, donner une vie à tout ce que je compose, malheureusement. Mais c’est tout de même satisfaisant pour moi d’avoir la possibilité de pouvoir travailler avec autant de choses différentes. Mon ouverture d’esprit dans le domaine musical fait de moi un compositeur plus accompli et plus diversifié.     

 Morten Veland… un homme qui sait ce qu’il veut! 

Tu fais pratiquement tout sur ce disque, à l’exception de la pochette probablement. Tu produis, tu as écrit les pièces, tu joues et alouette ! Est-ce que tu t’attends de recevoir des critiques qui te reprocheront de manquer d’objectivité étant donné que tu n’uses d’aucun support externe ?

J’ai joué et programmé tous les instruments sur l’album, j’ai tout fait seul. C’était vraiment bien et c’est une façon tellement relaxante de travailler. J’ai tout enregistré au studio Audio Avenue, qui est mon propre studio ici dans la région de Stavanger, sur la côte sud-ouest norvégienne. Cette fois-ci, j’ai passé beaucoup plus de temps seul dans mon studio que par le passé. De cette façon, je pouvais rester beaucoup plus concentré sur le processus de création. Ca fonctionne très bien. D’un point de vue personnel, je trouve de nombreux avantages au fait de travailler seul. Le métier de compositeur musical est très demandant, toute notre concentration est mise à rude épreuve et tous nos sens doivent être dirigés envers notre travail. Le simple fait d’avoir une autre personne dans la même pièce que moi peut totalement anéantir mon processus d’écriture. Mon expérience me dicte que je travaille beaucoup mieux lorsque je suis seul. C’est lors de ces moments que j’arrive à sortir mes meilleures idées, lorsqu’il n’y a aucune interférence. Cette situation me permet de performer au meilleur de mes capacités et les résultats sont donc, plus personnels et profonds. La seule aide reçue a été celle de la chorale française, c’est la même chorale qui travaille avec moi pour les albums de Sirenia en passant. Je crois que la partie la plus intéressante et la plus compétitive avec ce disque est tout ce qui implique le côté technique avec la production, la réalisation et le mix. Étant donné que c’était ma première expérience en tant que mixeur sonore, je n’avais personne pour m’épauler et me donner des conseils. En agissant de la sorte, je me suis mis devant une situation où je me devais d’apprendre des choses que je ne connaissais pas avant. Je crois que le tout a bien sorti et j’ai pris une bonne dose d’expérience avec ce disque, autant d’un point de vue de musicien que pour un réalisateur. Et c’était ce que je m’étais fixé comme objectif à la base avec ce disque.

   

J’ai lu quelques critiques de l’album et certains commentaires revenaient souvent : les parallèles avec Therion ! Comment réponds-tu à ce genre de comparaisons ?

Personnellement, je ne vois pas de similarités avec Therion outre le fait que nous utilisons des chorales dans notre musique.

Il y a un fait intéressant ; Sirenia est sur Nuclear Blast et Mortemia, sur Napalm Records, ton ancienne compagnie avec Sirenia et Tristania. Il est donc évident que tu n’avais pas quitté Napalm Records en mauvais terme ? C’est comment de travailler avec deux compagnies à la fois ?

Non, je n’ai pas claqué la porte de Napalm. Je suis parti en bons termes. J’ai quitté parce qu’une compagnie m’a offert une offre que je ne pouvais refuser, une qui était plus avantageuse pour Sirenia. Mais je me sens très satisfait d’être de retour avec Napalm avec mon projet Mortemia. C’est très intéressant de travailler avec deux compagnies très différentes.

 

Veland avec son groupe principal, Sirenia….

Donc, est-ce qu’il faut conclure que Mortemia ne sera qu’un projet studio? As-tu des plans de tournée ?

Pour le moment, ce n’est qu’un projet, ce qui veut dire que je n’ai aucun autre musicien d’impliqué avec moi dans Mortemia. De plus, je n’ai aucun plan de tournée avec ce projet pendant que je te parle. Les réactions des amateurs, autant que celles des médias sont très positives et je commence à croire de plus en plus que je devrais me monter un groupe plus stable pour d’éventuelles tournées avec Mortemia.  

Justement, Napalm semble de plus en plus ouvert a envoyer de ses groupes en Amérique du Nord. Nous avons vu Leaves Eyes, Alestorm et Tyr. Des chances de t’avoir en tournée ici ?

Je veux venir chez vous depuis très longtemps, depuis de longues années. Mais pour certaines raisons, rien n’a été possible. J’espère vraiment que le tout va changer très bientôt. J’aimerais vous visiter avec Sirenia et peut être même avec Mortemia dans le futur, pourquoi pas ?

Tu es norvégien et j’ai remarqué récemment que tes compatriotes de Keep of Kalessin ont participé au concours Eurovision. Lordi a déjà participé aussi, ils ont même gagné ce concours. Lorsque je réécoutais l’album “The 13th Floor” de Sirenia, l’autre jour, je m’imaginais beaucoup plus facilement ton groupe prendre part à ce concours que Keep of Kalessin. As-tu déjà pensé participer à ce concours et même, le gagner ?

À date, je n’ai jamais pensé participer à ce concours ni à aucun concours du genre. Je crois qu’un groupe métal n’a pas la bonne formule pour gagner ce genre de concours. Lordi est l’exception à la règle car il était le premier groupe métal à le faire. Quand on y repense, et je le crois fortement, leur image a pesé fortement en leur faveur, n’est-ce pas ? Mais à la base, il faut avouer que leurs chansons sont très accrocheuses !  

 Dernier album de Sirenia… 

Le temps passe! Un dernier mot pour les gens du Québec?

Santé à mes fans de Montréal, du Québec et du Canada! J’espère vous voir très bientôt en tournée. Prenez soin de vous et continuer de rocker !

www.myspace.com/mortemiano

www.myspace.com/sirenia

L’album « Misere Mortem » est disponible en magasin !

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