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Chanceux comme un quêteux

Alcest: Quelques écailles métalliques (Entrevue complète avec Neige)

Yanick Klimbo Tremblay
20 avril 2010

Le son éthéré d’Alcest est sans contredit une dose de tranquillité. Jouant subtilement avec nos émotions, le tout se transporte aisément en musique. Formé par le musicien français du nom de Neige, ce « groupe » vient de lancer un excellent deuxième album du nom d’Écailles de Lune. Surprenant car cette musique digne d’un moment de calme au cube est l’œuvre d’un  adepte du black métal à la base car il ne faut point oublier que Neige faisait parti du collectif Peste Noire, il y a quelques années. Juste avant son arrivée au Québec, car Alcest s’en vient en tournée nord-américaine, Neige a pris le temps de répondre aux questions de BangBang. Entrevue avec Neige, multi-instrumentiste.

Pour le bénéfice des gens du Québec, peux-tu nous présenter ton groupe, Alcest?

Bonjour ! J’ai commencé à composer de la musique sous le nom de Alcest en 2000, ayant découvert le black métal et souhaitant également en jouer. La première démo « Tristesse Hivernale » est sortie en 2001 et proposait un black métal traditionnel inspiré par l’imaginaire qui gravite autour du froid et de l’hiver. A cette époque Alcest était un groupe mais redevint un projet solo à partir de « Le Secret ». Le projet prit un tournant différent ayant décidé de m’en servir pour mettre en musique une expérience ésotérique qui s’est produite durant mon enfance. J’ai eu régulièrement, pendant les premières années de ma vie, des souvenirs, des « visions » de ce que j’appelle l’avant-vie, un endroit où l’âme se reposerait entre deux existences terrestres avant d’être à nouveau incarnée.

« Le Secret » et « Souvenirs d’un autre monde » en sont l’interprétation musicale et font le portrait de ce lieu baigné de lumière divine et d’une beauté au delà des mots, dépassant tout ce que l’on peut imaginer. Le deuxième album « Écailles de Lune » tourne d’avantage autour de mon rapport humain avec cette expérience, maintenant que je suis adulte et que j’ai pu prendre un minimum de distance par rapport à cela. Pouvoir se souvenir d’images d’avant notre propre naissance dans un monde qui n’est pas le notre est quelque chose qui tu t’en doutes ne peut laisser indifférent. J’ai mis du temps à l’analyser, à comprendre ce que ça pouvait être, car cela soulève beaucoup de questions, et surtout à réaliser que je ne rencontrerai sans doute pas beaucoup de gens dans ma vie ayant vécu la même chose. Je me sens parfois très seul à cause de ça, seul avec mon monde et avec ces « souvenirs »; j’ai l’impression d’être un étranger ici. Ce sentiment a été retranscrit de manière métaphorique dans le texte d’ « Écailles de Lune ».

Est-ce que le nom Alcest est en relation avec la fille du même nom (mais avec un E à la fin) de la mythologie grecque?

Aucun rapport avec ce personnage ! Ce nom n’a pas de signification ou de référence précise, je l’ai choisi pour sa sonorité étrange et éthérée correspondant parfaitement à la musique que je compose.

Certains te connaissent peut-être en relation avec ton implication avec Âmesoeurs ou Peste Noire. D’un point de vue musical, on peut voir une certaine dualité dans les sonorités de tous tes projets. As-tu besoin de cette relation de dualité pour créer ta musique?

Pas réellement, je souhaitais seulement que mes projets soient différents. Avoir 5 groupes pour jouer à chaque fois la même chose ne m’intéresse pas. Je pense en revanche qu’il y a une certaine dualité dans Alcest, car même si cette musique possède toujours quelque chose de pur et aérien, elle peut être tantôt très lumineuse et euphorique ou bien d’avantage mélancolique et presque douloureuse.

 Neige d’Alcest 

Par le fait même, sur Écailles de Lune, tu présentes justement un bon exemple des deux côtés de la médaille, si je peux m’exprimer ainsi, avec des pièces ayant une tonalité plus planante et une pièce plus métallique, Écailles de Lune Part II. Pourquoi cette pièce possède-t-elle cette dimension plus agressive comparativement au reste?

Oui cette diversité des sentiments s’exprime particulièrement sur le dernier album « Ecailles De Lune » avec des morceaux très doux et d’autres un peu plus métalliques. La raison de ce changement de style, je n’en sais rien, je ne souhaite tout simplement pas m’enfermer dans un mode d’expression unique. Certains aspects du black métal correspondent bien à Alcest dans le sens ou pour moi le black métal n’a tout simplement rien à voir avec l’humanité, rien à voir avec notre monde, il est juste un son puissant et évocateur d’images fortes, souvent liées au romantisme permettant justement de transcender notre nature d’être humain et de transcender la vision que l’on peut avoir de ce qui nous entoure. Je me rappelle étant adolescent écoutant du black métal la nuit au cœur de la forêt, j’étais vraiment dans un autre monde, je voyageais et ressentais des émotions très fortes. J’avais l’impression que ma nature humaine s’effaçait dans la musique et de devenir quelque chose d’autre.

 Dernier album d'Alcest 

Pour ton premier album, tu étais, du moins au Canada, avec Profound Lore. Est-ce que tu avais un contrat d’un seul album avec eux?

Oui ce contrat ne comptait que pour « Souvenirs D’un Autre Monde ». La version américaine de « Ecailles De Lune » est produite par Prophecy Production, mon label européen.

 L'album précédent 

Tu seras en tournée en Amérique du Nord dans quelques jours Cette tournée est une production de Sepuchral Production, une compagnie du Québec. Comment les gars de cette compagnie t’ont-ils présenté ce projet?

J’avais déjà collaboré avec Martin de Sepulchral lors de la tournée canadienne de Peste Noire qu’il a organisé il y a deux ans. La tournée s’est bien déroulée, c’est une compagnie très sérieuse, nous avions donc envisagé de remettre ça pour Alcest lorsque l’occasion se présenterait.

Tu dois probablement avoir un public très large pour Alcest, pas seulement des amateurs de black métal qui te suivent dans tout ce que tu entreprends. As-tu une bonne idée des gens qui aiment ta musique?

D’après ce que j’ai pu observer pendant les concerts d’Alcest, à peu près les deux tiers du public se composeraient de métalleux/black métalleux (ouverts d’esprit) et le reste viendrait plus des scènes rock indépendant ou rock gothique. De manière générale le public d’Alcest est assez large. Oui, des gens de tous âges et provenant de diverses scènes alternatives apprécient le projet.

Certains qualifient ta musique de shoegaze mais je crois que tu n’es pas vraiment en accord avec ce terme limitatif, est-ce bien vrai?

Oui, je ne suis pas en accord avec ce terme limitatif car je ne connaissais rien au shoegaze lorsque j’ai composé « Le Secret » et « Souvenirs… », à ce moment là je n’écoutais que du black métal, du dark folk, des choses de ce genre. J’ai découvert et aimé le style « shoegaze » par la suite. A travers Alcest j’essaye de créer une musique qui reflèterait les images et sensations que j’ai pu percevoir dans ces visions durant mon enfance, en cherchant au plus possible, hormis exceptions comme Yann Tiersen ou The Chameleons, à me détacher d’influences musicales extérieures.

Pour ta série de concert en Amérique, auras-tu des musiciens français avec toi ou bien, as-tu demandé aux gens de Sepulchral Production de te trouver des musiciens qui agiront en guise de, excuse l’anglicisme, backing band?

Les musiciens qui m’accompagneront sur scène seront les mêmes que ceux avec lesquels je suis parti pour la tournée européenne, tous Français. Nous prendrons tous les 4 l’avion pour l’Amérique !

La pochette d’Écailles de Lune est une merveilleuse pièce, un dessin grandiose qui rappelle les livres de contes de notre enfance; tandis que pour Souvenirs d’un Autre Monde, on retrouvait une photo d’un enfant, une représentation très paisible, tout comme ta musique. Est-ce que l’enfance est un élément, justement, qui t’a influencé dans ton processus de création?

Fursy et moi avons en effet cherché à nous rapprocher des illustrations de contes d’artistes tels qu’Arthur Rakham ou John Bauer dont nous sommes de grands admirateurs. L’innocence plus que l’enfance est un élément important de l’univers d’Alcest. L’innocence, l’imagination et l’émerveillement sont à mes yeux des clés pouvant nous permettre d’accéder à d’autres réalités.

Parlant de la pochette, Fursy Teyssier en est  le responsable, justement. C’est un artiste très complet qui touche à bien des domaines. Est-ce que tu lui avais donné une ligne directrice pour la pochette ou tu lui as simplement donné carte blanche?

J’avais en effet quelque chose de très précis en tête concernant cette pochette, au niveau des personnages, du cadrage, des couleurs, etc… Cette pochette est incroyable, Fursy a fait un travail remarquable qui correspond exactement à ce que je désirais; elle est le parfait reflet de la musique et du concept de cet album.

Un dernier mot aux gens du Québec?

J’espère que le public québécois appréciera le nouvel album. Nous jouons à Montréal et à Québec la semaine prochaine, venez nous voir !

www.myspace.com/alcestmusic

Alcest sera à Québec le 22 avril au bar Octobre et le 30 avril, à l’Underworld de Montréal

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Yanick Klimbo Tremblay

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