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Chanceux comme un quêteux

Soilwork : Batteur à tout usage ! (Entrevue avec Dirk Verbeuren)

Yanick Klimbo Tremblay
9 juillet 2010

Dirk Verbeuren est une véritable bête aux percussions ! Avec un curriculum vitae qui ferait l’envie de nombreux batteurs, c’est surtout avec Soilwork qu’on le reconnait ici. Virtuose de réputation internationale, il touche à tout musicalement mais demeure tout de même bien ancré dans le métal. Avide de nouvelles technologies, il participe à l’amélioration de produit technologique pour faciliter, dans un sens, le travail des batteurs en studio. Soilwork étant son gagne-pain principal et objectif primaire, j’en ai profité pour lui parler du nouvel album The Panic Broadcast, un album truculent qui sera disponible bientôt… à moins que vous ne l’ayez déjà téléchargé illégalement, bande de pirates ! Entrevue avec Dirk Verbeuren, batteur de Soilwork.   

Au début de ton association avec Soilwork en 2004/2005 je crois, la plupart des gens croyaient que ce n’était qu’un passage temporaire étant donné que tu fais souvent des remplacements dans certains groupes. Comment as-tu reçu la « demande officielle » pour joindre le groupe ?

À la fin de ma première tournée avec Soilwork en février 2004, ils m’ont offert de devenir leur batteur permanent. On s’entendait à merveille et j’étais aux cieux de jouer avec eux, mais mon groupe Scarve était en pleine ascension avec la sortie de l’album « Irradiant ». C’était la culmination de plus de dix ans passés à forger la carrière du groupe et je n’avais vraiment pas le cœur de tout laisser tomber. J’ai continué de tourner avec les deux groupes, mais petit à petit je me suis rendu compte qu’il me fallait prendre une décision. J’avais trente ans, il me fallait aller de l’avant et mon initiation dans le « business des grands » m’a fait comprendre que c’était idéaliste d’imaginer vivre un jour d’un groupe comme Scarve. Lors de la tournée Ozzfest en 2005, Soilwork m’a donné un ultimatum et j’ai finalement accepté de les rejoindre pour de bon quelques mois plus tard, et je ne regrette pas mon choix !

Ce nouvel album, « The Panic Broadcast » est plus vif et agressif (si je me fie à mes oreilles) que les deux précédents. Sentiez-vous qu’un certain retour aux sources, vers une sonorité plus crue et intense, était maintenant de mise ?

Pas forcément, mais par contre, on voulait absolument briser certaines barrières qui s’étaient imposées à nous. Lors de l’écriture de « Sworn To A Great Divide », notre album précédent, il y avait des désaccords quant à la direction musicale à suivre. Les tensions sont montées en tournée et on a fini par se séparer d’Ola Frenning. Sa vision d’une musique formatée pour la radio était à l’opposée de ce que voulait le reste du groupe et son attitude nous fatiguait tous. Il nous fallait une équipe soudée, et on peut dire que le retour de Peter Wichers et l’arrivée de mon compère au sein de Scarve, Sylvain Coudret, ont sonné une nouvelle ère pour Soilwork. Pendant l’écriture de « The Panic Broadcast », on s’est senti plus libre que jamais, sans pression et avec comme seul but de nous faire plaisir. La frustration accumulée au fil de plusieurs années de galères a sans doute contribuée à l’agressivité de ce disque.

En ayant Peter Wichers de retour, autant sur scène qu’en studio, est-ce que l’on peut dire et affirmer que le sentiment d’unité et de confiance a monté, que le moral des troupes est au summum ?

Absolument. Peter est un guitariste/compositeur hors pair et aussi un super pote qu’on est très heureux d’avoir à nouveau parmi nous. Ce line-up est vraiment parfait pour Soilwork car personne n’a la grosse tête et l’atmosphère est bon enfant. C’est essentiel qu’on puisse se faire confiance car comme dans toute relation, une fois que la confiance est brisée, c’est quasiment impossible de continuer. Avec Peter et Sylvain, on s’éclate en faisant ce qu’on aime, que demander de plus ?

En entrevue, Peter Wichers a dit qu’il allait te laisser plus d’espace au niveau de ta performance à la batterie. Pour les néophytes, peux-tu expliquer ce qu’il voulait dire ?

Un des buts avoués de Peter en tant que producteur de « The Panic Broadcast » était de permettre à chaque membre du groupe d’y apporter son propre style de jeu. Pour ma part, j’ai naturellement tendance à créer des parties de batterie assez fournies et techniques. Peter a imaginé ses compos en gardant cette idée en tête. Ses démos comportaient des rythmes souvent très inventifs et intéressants. On a réarrangé certaines parties, pour d’autres il ne me restait plus qu’à y apporter ma propre touche. Au final, « The Panic Broadcast » est fidèle à mon style de jeu ! En comparaison, une bonne moitié de « Sworn To A Great Divide » ne donnait à la batterie qu’une place plutôt limitée. Pas que ca soit un problème, ca me botte bien de jouer des choses plus simples et axées groove comme sur l’album de Warrel Dane. Mais Soilwork n’a jamais eu peur de la complexité et je suis enchanté qu’on ait retrouvé le sens de l’aventure des quatre premiers albums.

Crois-tu que le fait d’avoir Peter Wichers derrière la console de son lors de l’enregistrement de « The Panic Broadcast » est une arme à double tranchant ? Dans la perspective qu’il fait parti du groupe, joue de la guitare et produit l’album, certains pourraient voir là-dedans un manque d’objectivité tandis que d’autres vont voir, un certain contrôle total car vous savez ce que vous désirez sans avoir à écouter les idées de quelqu’un de l’extérieur?

Peter n’a pas eu un rôle facile à assumer, c’est certain. Il sait ce qu’il vaut, mais dans Soilwork on sait tous ce qu’on veut, donc les opinions ne manquent jamais, haha ! Pour moi, c’était vraiment confortable de bosser avec Peter car il est ouvert d’esprit autant qu’il est perfectionniste. J’ai vécu ca comme une collaboration créative. De toute manière, qu’on s’autoproduise ou pas, on ne sait jamais exactement comment le résultat sonnera, si le disque sera trop long ou pas assez, surprenant ou linéaire. A moins de maquetter chaque morceau en détail, ce qu’on n’a encore jamais eu le temps de faire, ca reste toujours un pari. Heureusement pour nous, on a gagné celui-ci !

Tu es, dans un sens, directement responsable de la venue de Sylvain dans le groupe. J’imagine que les autres membres du groupe ont une confiance extrême envers toi. A-t-il eu à passer une audition, juste par principe ?

Non, car ils sont tous fans de Scarve et ils savaient que Sylvain est loin d’être un manchot ! Cela dit, au départ il est simplement venu nous dépanner, mais il n’a pas fallu plus d’un concert pour que tout le monde soit sur le cul. Et puis Sylvain est toujours de bonne humeur, c’est vraiment facile de s’entendre avec lui. Lorsque Peter nous a rejoints, il a insisté pour que Sylvain fasse parti du nouveau line-up, à ma grande satisfaction. C’est génial pour moi de jouer à nouveau avec lui et je pense que son immense créativité est un grand plus pour Soilwork.

Bien souvent, les musiciens européens trouvent excessivement difficiles les conditions de tournées en Amérique versus celles de l’Europe. J’en parlais justement avec Peter Tagtgren d’Hypocrisy l’autre jour. De ton point de vue, étant donné que Soilwork est un groupe d’importance majeure, est-ce que les conditions sont bonnes pour vous ici ?

Oui, on a eu la chance d’éviter les tournées en camionnette. On n’est pas trop fan, surtout qu’on a trois musiciens qui font plus de 2 mètres. C’est un grand sacrifice financier de tourner en bus, mais lorsque tu passes 6 à 8 semaines sur la route, avoir des conditions de vie merdiques peut briser un groupe ; il n’y a qu’à se rappeler d’At The Gates ou The Crown, les exemples abondent… Pour Soilwork, l’Amérique du Nord est le premier marché donc ca nous a permis de faire quasiment que d’excellentes tournées, qu’on soit en tête d’affiche ou pas.

J’ai vu Soilwork en concert lors du Ozzfest 2005, vous étiez sur scène vers 9h00 du matin je crois, ce n’est pas évident… Comment pourrais-tu résumer l’expérience ?

Les opinions divergent là-dessus, mais personnellement j’ai adoré faire cette tournée. C’était une expérience unique et vraiment trippante ! On faisait partie d’un plateau tournant d’une douzaine de groupes, ce qui fait que parfois on jouait à 9h20 du mat’ et parfois à 12h40. Mais même quand on ouvrait le bal, il y avait toujours du monde. Pour moi c’était comme des vacances au soleil agrémentées de concerts, sauf qu’on était souvent au milieu de nulle part. Imagine le tableau : un tour bus entouré en permanence de musiciens et d’amateurs de zique, de la bonne bouffe et des stands partout, du métal à donf (NDLR : en verlan pour à fond) toute la journée… C’était un énorme cirque rock ‘n roll quoi !

Tu as l’opportunité de pouvoir jouer avec de nombreux projets et certains te tiennent vraiment à cœur. J’ai lu sur ta page que tu seras derrière la batterie pour le prochain album solo de Fredrik Thordendal. Comment en es-tu venu à avoir ce « contrat » ?

En 2003, on a demandé à Fredrik de poser un solo de gratte sur le morceau « Asphyxiate » de Scarve, ce qu’il a fait avec brio. L’année suivante, Meshuggah a amené Scarve en tournée européenne, le rêve absolu pour nous ! On est resté en contact depuis, j’ai croisé Tomas pas mal de fois au fil des ans… Puis un jour, Fredrik m’a envoyé un e-mail me proposant de jouer sur son deuxième album solo. Je n’en revenais pas, surtout que « Sol Niger Within » est un des mes albums de chevet ! Je suis allé à Stockholm il y a quelques semaines, on a enregistré pendant 5 jours puis on a échantillonné mon kit Tama et mes cymbales Meinl pour une future sortie Toontrack. On s’est entendu à merveille, Fredrik est vraiment un type super ! C’est un accomplissement pour moi d’avoir travaillé avec l’un de mes héros musicaux. Je n’en reviens toujours pas qu’il m’ait choisi.

Es-tu un membre à part entière d’Aborted maintenant ? Vas-tu jouer sur leur nouvel album car tu as fait les démos, je crois?

Oui, je suis le batteur officiel d’Aborted depuis l’année dernière. Sven et moi sommes restés potes depuis l’époque « Goremageddon » et je suis très heureux de travailler à nouveau avec lui. Ce line-up arrache tout, le EP « Coronary Reconstruction » est là pour le prouver. On bosse déjà sur des nouvelles compos et je peux te dire que ca va faire très mal ! Mais en live, Soilwork est ma priorité, donc c’est Ken Bedene d’Abigail Williams qui fera la plupart des tournées. Tant que ca fonctionne bien pour tout le monde, c’est cool !

Et la situation avec Scarve. Toi et Sylvain semblez très occupés en ce moment. Est-ce que le groupe est sur la glace ?

On a décidé de faire une suite à « The Undercurrent », mais on va prendre notre temps. Loic et Patrick ont déjà entamé la composition, et Sylvain et moi allons nous y mettre des qu’on trouve quelques heures de libre. Lawrence (F.K.U.) qui est maintenant notre chanteur à plein temps va aussi participer à l’écriture afin d’intégrer le chant au maximum à la musique. On veut que le résultat soit à la hauteur, et mis à part ca on ne ressent pas de pression. Personnellement je vois plus Scarve comme un projet studio désormais, on a beaucoup misé sur les concerts dans le passé, mais à moins d’un grand changement, je ne pense pas qu’on tournera intensément à l’avenir.

Tu es un batteur bien en vue et de réputation internationale. Tu as même mis en marché des sons de batteries pour des logiciels d’ordinateur, c’est bien ça ? Est-ce le même genre de truc que le Drumkit from Hell de Tomas Haake ?

En effet, je travaille avec Toontrack, la compagnie suédoise qui a créé Drumkit from Hell. La version améliorée de DfH s’appelle Superior Drummer, c’est un logiciel vraiment incroyable ! Chaque musicien, débutant ou professionnel, se doit de tester Superior Drummer ! La qualité est telle que j’ai pu enregistrer chez moi mes batteries pour l’album d’Anatomy Of I, avec Steve DiGiorgio à la basse, et j’ai déjà deux autres enregistrements similaires prévus avant la fin de l’année. Les sons que j’utilise ont été échantillonnés par Tomas Haake et Nir Z, mais comme je le disais, avec Fredrik on vient de faire la même chose avec mon propre kit acoustique. Le résultat sera sans doute disponible pour les logiciels Toontrack d’ici la fin de l’année. J’ai aussi créé une collection de rythmes de métal extrême appelée « Library of the Extrême ». La première partie, axée sur les blast beats, est sortie en janvier dernier, et la deuxième partie est prévue pour octobre prochain.

En concert, le groupe Clutch a bien souvent en première partie, des groupes projets incluant des musiciens de Clutch. Par exemple,  lors de la dernière tournée, Jean-Paul Gaster était à la batterie pour Wino pour ensuite retourner derrière son kit avec Clutch. Est-ce quelque chose à laquelle tu as déjà songé ? D’avoir Scarve en tournée ouvrant pour Soilwork, par exemple ?

Oh que oui ! En 2005, Soilwork avait d’ailleurs tenté d’amener Scarve en tournée, sans succès hélas. Pour la dernière tournée européenne Soilwork en date, fin 2008, One-Way Mirror ouvrait pour nous ; c’est un projet avec Guillaume et Loic de Scarve et les frangins Potvin de Lyzanxia/Phaze I. Je suis le batteur du groupe, mais pas pour les concerts, un peu comme dans Aborted. Sauf que cette fois-là ca tombait parfaitement bien : j’ai joué deux concerts tous les soirs, et c’était vraiment super de partager le bus et de s’éclater tous ensemble ! En espérant qu’on puisse faire pareil avec Scarve un jour…

Joues-tu toujours avec cet immense casque d’écoute ? Est-ce un souci de qualité sonore car le tout ne semble pas très confortable !

En fait c’est un casque anti-bruit. Dessous, je porte des « in-ear monitors » entourés de boules-quiès. J’ai pris l’habitude de me protéger les oreilles excessivement parce que je souffre déjà de sifflements depuis de longues années. Ca ne va pas s’améliorer mais je ne veux pas que ca empire trop rapidement… Un batteur sourd c’est pas super pratique. Niveau confort, je m’y suis bien fait. J’espère juste que j’ai pas l’air trop con !

Vous serez donc à Montréal le 18 juillet mais à Québec, une ville voisine dans un sens, un mois plus tard ! Es-tu au courant de la raison qui pousse à avoir les deux dates si éloignées ?

La date québécoise a été ajoutée bien après que la tournée soit annoncée. Initialement on devait finir le 15 aout mais on s’est dit, pourquoi pas quelques dates de plus ? On se retrouve à passer la frontière trois fois au fil de la tournée, mais ca vaut le coup car les dates par chez vous déchirent systématiquement ! On compte sur nos nombreux fans canadiens fidèles et bruyants !

J’ai visité la Belgique il y a quelques années et j’ai bu de nombreuses bières. Les Belges sont friands de bières de qualité, c’est évident ! Et toi, lorsque tu viens en Amérique, en tournée ou pour y vivre, es-tu découragé du choix de bières disponibles ?

Tu as fait ce qu’il faut, c’est bien fiston, haha ! En fait, il y a un super bar en bas de ma rue – appelé La Cave Du Vin – qui sert une variété de bières belges impressionnante ; comme quoi, de nos jours, il ne faut même plus aller en Belgique pour gouter ces petites merveilles. Je ne bois plus d’alcool depuis un bout de temps mais je n’en suis pas moins fier du trésor gastronomique de mon plat pays !

Un mot de la fin pour les gens du Québec?

On a hâte de revenir au Québec et de jouer un paquet de nouveaux et d’anciens morceaux. La dernière fois, c’était l’éclate totale ! Jetez donc une oreille sur « The Panic Broadcast », vous ne serez pas déçus !

Merci pour ton temps !

Merci à toi pour cette excellente interview !

www.myspace.com/soilwork

 

Soilwork sera aux Foufounes Électriques de Montréal le dimanche 18 juillet avec Death Angel, Mutiny Within, Augury et Swashbuckle ainsi qu’à Québec le 16 août chez Dagobert avec Mutiny Within, Aeternam et Manslaughter Project.

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Photos par Hannah Verbeuren

  

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