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Chanceux comme un quêteux

Fear Factory : Partir pour mieux revenir (Entrevue avec Dino Cazares)

Yanick Klimbo Tremblay
2 août 2010

Le Heavy Mtl 2010 m’a permis de faire des entrevues plus qu’enrichissantes. Quand j’ai eu une réponse positive pour ce qui est de l’entrevue avec Dino de Fear Factory, je me sentais comme une fillette en 1992 qui vient d’apprendre que Francis Martin allait venir jouer dans le gymnase de son école ! Ma passion envers ce groupe remonte à l’album Demanufacture, sorti en 1995, que j’ai découvert grâce à un ami du Cegep qui m’a laissé jeter une oreille attentive en attendant l’autobus. Par la suite, j’ai changé de direction et au lieu de me rendre à la maison, je me suis rendu immédiatement au magasin pour acheter l’album, activité qui se fait de moins en moins de nos jours malheureusement car avoir découvert le groupe aujourd’hui, j’aurais téléchargé l’album drette sur mon téléphone full performant…Après de nombreux chambardements, chicanes et réconciliations, Fear Factory est de retour avec son guitariste original qu’est Dino Cazares, en exil depuis quelques années mais aucunement inactif. Le clan « original » est maintenant divisé en deux partis pour l’obtention légal du nom de commerce Fear Factory. Avec ce disque, du nom de Mechanize, on peut dire que le clan Dino/Burton vient de remporter la première manche !  Entrevue avec Dino Cazares, guitare.  (Collaboration : Kristof Gagné (questions rouges))

Chaque chanson sur Mechanize est excellente! Ce disque est génial, je ne m’écœure pas de l’écouter ! Vous avez essayé de nouvelles choses sur ce disque et la chose la plus remarquable est probablement le fait que tu joues un solo sur la pièce Fear Campaign. De mémoire, je crois que c’est la première fois que tu t’essaies avec un solo, est-ce bien vrai ?

Je n’ai jamais fait de solo sur des chansons de Fear Factory mais j’en ai fait pour Divine Heresy, Asesino et Brujeria. C’est la première fois que j’en présente un dans Fear Factory en fait. Je croyais que c’était approprié. Quand nous avons commencé le groupe Fear Factory, nous ne voulions pas inclure des solos dans nos chansons car tous les autres groupes le faisaient ! Nous voulions beaucoup plus nous concentrer sur les chansons. Replica est notre plus gros succès et cette chanson ne comprend pas de solo de guitare. Nous avons gardé cette tradition tout au long des années mais maintenant, en 2010 pourquoi ne pas essayer. Donc, j’en ai fait un pour cette pièce. 

Il y a de nombreuses personnes qui affirment que Mechanize est un retour en force pour Fear Factory, ce qui est vrai mais de mon point de vue, je trouve plutôt que c’est une confirmation de l’élément suivant : Dino est Fear Factory ! Tu es une partie indissociable. Comment perçois-tu toute cette reconnaissance de la part des gens ?

Je l’ai entendu souvent cette remarque. Le fait que c’est justement un retour à la forme la plus naturelle du groupe. Je suis là et c’est ce que je fais maintenant. Je n’ai jamais perdu mon style même en n’étant plus dans ce groupe pendant quelques années. Je crois avoir une certaine signature que l’on peut identifier à mon jeu facilement. En revenant avec Fear Factory, c’était naturel que le tout allait être très lourd !

   

Quand tu as décidé de reconstruire le groupe avec Burton C Bell, est-ce qu’il était de mise de garder Byron à la basse et d’ajouter Gene Hoglan à la batterie, était-ce un choix évident et naturel?

Byron était dans le groupe lorsque je n’y étais pas, c’était donc évident qu’il reste. Nous étions à la recherche d’un batteur et c’est à ce moment que Byron nous a dit : « Pourquoi ne pas demander à Gene ? » Strapping Young Lad n’existe plus.

Aussi simple que ça ?

Oui, aussi simple que ça ! Nous l’avons appelé et il a dit : « Certainement ! » C’est tout. Nous avons écrit l’album en trois mois et demi, c’est très rapide. Enregistré en deux mois. C’était prêt !

Et Byron et Gene connaissent très bien le style Fear Factory car Strapping Young Lad se rapprochait beaucoup de votre sonorité, on pouvait sentir une certaine influence.

Oui, ce groupe était influencé par Fear Factory. Gene connait ce genre de métal. De toute façon, Gene connait tous les styles musicaux! Il a été dans tellement de groupes ! Il joue en ce moment dans un groupe de rockabilly mais je ne me souviens plus du nom du groupe par contre. 

Vous avez fait quelques dates en Europe avec Metallica. Est-ce que c’était votre plus grosse tournée depuis que le groupe existe, au niveau foule et logistique ?

Ah oui ! La tournée des festivals est ce que l’on peut appeler de plus grosses tournées mais en tant que groupe en ouverture, c’était notre plus grosse tournée, effectivement ! Et dans le domaine du métal, c’est la plus grosse tournée sur laquelle tu peux te ramasser, tous styles de métal confondus. C’est le but de tous les groupes de métal quand tu te fixes des objectifs à la base, d’ouvrir pour les plus grands comme Metallica

Ou Iron Maiden ?

C’est ça ! C’est la plus grosse tournée sur laquelle un groupe peut se ramasser et nous sommes heureux d’avoir été dans la possibilité de le faire cette année !

Vous aviez l’habitude de jouer devant combien de personnes lors de cette série de concerts ?

Chaque concert était devant 25 000 personnes et plus. En théorie, on devrait faire encore plus de dates avec eux dans le futur. Mais un autre groupe pour qui j’aimerais ouvrir est AC/DC.

Ils sont venus à Montréal l’an passé, c’était au Stade Olympique !

Combien de personnes ?

Hum… 58 000 personnes je crois ?

C’est un groupe fantastique. Dès que j’ai vu Angus Young joué, j’ai tout de suite compris que c’était ce que je voulais faire plus tard.

J’ai l’impression qu’en 2009 et 2010, sur les sites spécialisés en métal comme Blabbermouth ou Metalsucks, on ne parlait que des problèmes d’Anthrax qui recherchait un nouveau chanteur et de la dispute au sujet du nom Fear Factory, impliquant les deux clans, toi et Burton d’un côté et Raymond et Christian de l’autre. Il doit être difficile de créer de la musique dans un climat aussi stressant ?

Pour moi, c’est ce qui me sert d’essence ! C’est ce qui alimente ma musique ! Ca amplifie ma colère, tu comprends ? Je n’avais pas besoin de ce genre de merde mais c’est là et ca me met du jus dans mes batteries ! Autant au niveau des paroles de Burton qu’ au niveau de mon jeu de guitare qui devient très agressif. Sur Powershifter, il y a une ligne qui dit: « You want war, you got war » (Vous voulez la guerre, vous avez la guerre!) C’est l’affirmation principale dans cette chanson, ce sont des sentiments très crus qui viennent de Burton, vous voyez ? Moi, c’est de la colère qui se transfère en tant que guitariste, juste ici (faisant le geste du picking de guitare) Mais j’ai toujours eu de la colère de toute façon ! C’est en moi !  

Je me mets à la place d’un jeune de 14 ans qui découvre Fear Factory aujourd’hui. En arrivant à la maison, je Google votre nom et tous les liens me donnent des sites internet qui sont menés par Raymond et Christian, rien à voir avec Mechanize !

C’est parce que nous devons refaire tout le site et tout le Myspace du groupe et la page Facebook. Raymond possède tous les sites que tu trouves sur le web, malheureusement.  

De plus, la page Myspace et la page officielle de Fear Factory ne font que promouvoir leur projet-parallèle Arkaea !

Ouais, ils essaient de promouvoir leur groupe.

As-tu entendu ce disque d’Arkaea ?

Oui. C’est horrible. Vous savez, de tous les projets en parallèles auxquels j’ai participé, je peux fièrement dire que j’ai gardé le tout heavy.

Tu joues deux fois plutôt qu’une sur la tournée Fear Campaign. Tu es sur scène avec Divine Heresy et plus tard, avec Fear Factory. Crois-tu qu’il serait possible de faire une tournée en incluant quelques-uns de vos projets en parallèles, en ayant Dethklok ou Tenet et City of Fire ?

J’aimerais tellement ! Mais c’est un immense problème au niveau des horaires de chaque musicien !

Tu es capable de jouer aussi longtemps ?

Oui, quand nous pratiquons, le tout dure un bon 4 ou 5 heures, facilement. C’est peut-être pourquoi ce n’est pas difficile pour moi sur cette tournée, par exemple. Les gens me demandent souvent : « Comment fais-tu pour jouer aussi longtemps ? » Et je réponds que c’est parce que j’aime ça, tout simplement ! J’aime jouer, j’aime la musique, j’aime la guitare et j’aime être sur scène. C’est ce que je suis et c’est ma vie !

Au début du livret de Mechanize, il y a une introduction, un texte complet que Burton a écrit qui s’intitule Sensory Interrogation. Je sais qu’il écrit beaucoup mais qui prend les décisions au niveau de ce qui se retrouve dans le livret ?

Burton est, dans un sens, le grand responsable de ce qui se retrouve dans le livret. Nous avons souvent eu des introductions dans nos livrets, des trucs qui nous guidaient au travers l’histoire et le concept de l’album. Cette fois-ci, nous n’avons pas créé une histoire avec un concept unique par manque de temps. Burton a donc proposé un texte qu’il avait composé.     

Mechanize est sur votre propre étiquette de disques, Oxidizer Inc et vous avez un contrat avec Candlelight. Dans un premier temps, j’ai été surpris de voir que vous aviez signé avec cette étiquette car Candlelight demeure très underground comparativement aux autres gros joueurs du marché métallique. Avez-vous reçu d’autres offres de certaines compagnies ?

Nous avons reçu de nombreuses offres de certaines compagnies mais nous avons la chance et l’opportunité d’avoir maintenant notre propre étiquette et ainsi, de faire plus d’argent. C’est pourquoi nous sommes allés avec eux. Dans cette industrie, tu dois toujours être vif et regarder ce qui se passe dans ton dos. Il y a tellement de bons groupes sur  le marché qui font de l’excellente musique mais qui ne font pas une cenne malgré le fait qu’ils vendent beaucoup de disques. Ils se font carrément avoir par leur compagnie, ils savent comment aller chercher ton argent et te voler correctement sans que le tout ne paraisse ! Nous avons arrangé notre contrat de fait que l’on peut faire une bonne part de profits, de manière très décente et le plus important est que nous sommes en contrôle de notre destiné, de notre futur et de nos ventes !  Nous avons décidé de prendre cette chance.

Vous avez donc choisi la meilleure offre du lot ?

Oui. Et c’est pourquoi nous sommes avec Candlelight car dans le domaine, tu dois tout de même avoir une certaine expertise de la part d’une compagnie bien établie qui sera capable de bien vendre et présenter ton produit. Mais on ne sait pas ce qui peut se passer dans le futur, est-ce que l’on va retourner avec une compagnie de disques ? Je ne sais pas ! On va peut-être rester comme on est en ce moment ! Il faut toujours s’arranger pour avoir ce qu’il y a de mieux pour nous !    

J’ai toujours pensé que ta relation avec Roadrunner Records c’était terminé en queue de poisson mais quand je me suis aperçu que tu avais participé à leur projet Roadrunner United pour célébrer leur anniversaire, je me suis demandé qu’il devait y avoir quelque chose de louche là-dessus. Peux-tu m’en parler ?

Je n’ai jamais mis un terme à ma relation avec Roadrunner, les trois autres l’ont fait par contre. Quand le groupe s’est séparé ou plutôt quand je n’étais plus dans le groupe, Roadrunner a décidé d’en finir avec sa relation avec les trois autres membres restant de Fear Factory. Moi, j’ai travaillé pour eux pendant deux années additionnelles et je me suis ramassé sur le projet Roadrunner All-Stars, qui a été mon dernier projet avec eux. J’ai présenté Divine Heresy à Roadrunner et ils ont trouvé ça trop brutal, trop heavy. Roadrunner s’en allait vers d’autres genres métalliques à cette époque et Divine Heresy se retrouve avec Century Media. J’ai toujours une bonne relation avec eux, même aujourd’hui.

Comment toi et Burton vous êtes vous rencontrés ?

À Hollywood, nous étions des musiciens essayant de survivre. Je cherchais un endroit pour vivre et un ami à moi avait une maison avec 8 chambres à coucher. Il louait chaque chambre à un artiste différent. J’ai emménagé à cet endroit et une semaine ou deux plus tard, Burton venait y vivre lui aussi, c’est comme ça que je l’ai rencontré.

Quel âge aviez-vous à l’époque ?

20…21…

Vous étiez dans des groupes dans ce temps ?

Je jouais dans un groupe grindcore qui se nommait Excruciating Terror en plus de jouer dans un groupe un peu parodique, comme SOD qui s’appelait The Douche Lords. Quand j’ai rencontré Burt, j’étais dans une grosse passe industrielle, surtout avec Godflesh. Nous avons commencé le groupe ensemble. Notre premier nom était Oxydizer je crois… je ne suis même plus certain ! (NDLR : le nom est Ulceration) Nous avions une passion commune pour le métal et l’industriel, le tout a bourgeonné à ce moment là !

Dino merci beaucoup !

Merci les gars !

Vidéo pour Powershifter

Un commentaire
  • Kristof G
    3 août 2010

    Une super-collabo Klimbo!

Désolé, les commentaires sont fermés pour le moment.

Chanceux comme un quêteux

Yanick Klimbo Tremblay

Suintage métallique et autres bidules!

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