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Chanceux comme un quêteux

Mose Giganticus: Plus gigantesque et plusse meilleur! (Entrevue avec Matt Garfield)

Yanick Klimbo Tremblay
23 août 2010

La musique électronique n’est pas seulement du dance cheap concocté par l’incroyable cerveau ingénieux de Daniel Desnoyers. Ce n’est ni l’affaire de quelques amateurs banlieusards et Guido du bar le Fuzzy… Tout comme bien des genres dans le domaine rock, de nombreuses sous-couches existent dans la musique électronique. La dimension électronique peut se marier à merveille avec le métal, vous n’avez qu’à penser à Ministry ou à The Berzerker, qui sont des formations qui ont poussé à l’extrême les possibilités des deux genres. D’autres utilisent la musique électronique comme un outil pour donner quelques couches additionnelles à leur musique, quelques subtilités qui agrémentent la sonorité des pièces. Pour Matt Garfield de Mose Giganticus, la musique électronique est une matière première, un peu comme la peinture du peintre, la glaise pour le potier ou  la platitude pour les textes de L’Auberge du Chien Noir pour Sylvie Lussier et Pierre Poirier. À l’origine, Mose Giganticus n’avait pas le mur de son que l’on retrouve sur le nouvel album Gift Horse, c’était plutôt bisounnée comme musique. Maintenant, Mose Giganticus offre un véritable barrage sonore opaque, fort en intensité et une production délicieuse ! Matt Garfield en a long à dire sur son groupe qui était à l’origine un projet personnel mais qui a tendance à prendre de l’expansion avec le temps. Entrevue avec Matt Garfield, tête pensante derrière Mose Giganticus. 

Avant de commencer, j’aimerais te dire que je suis totalement renversé par votre dernier album! C’est tellement rafraichissant d’entendre de la musique interprétée de cette manière.  Pour le bénéfice de nos lecteurs, peux-tu nous expliquer comment vous travaillez en tant que groupe car vous n’êtes que deux officiellement dans le groupe, c’est ça ? Dans Mose Giganticus, vous ne travaillez pas de manière régulière avec des instruments conventionnels ?

Merci pour ton appréciation Yanick! En vérité, il n’y a qu’un seul membre official dans le groupe Mose Giganticus et c’est moi, Matt Garfield. Ce groupe est mon projet solo dans un sens, je collabore avec d’autres musiciens en studio ainsi qu’en tournée. Le groupe fonctionne comme ceci : J’écris les chansons en utilisant des claviers, des synthétiseurs et une batterie. Par la suite, je transfère la plupart des idées des synthétiseurs à la guitare lorsque vient le temps d’être en studio. J’apporte les idées initiales de la batterie et des synthétiseurs sur des démos que je présente à mes amis qui sont de véritables virtuoses de la guitare car je ne joue pas de guitare ! Nous travaillons de pair pour transformer la plupart des riffs synthétisés en riffs de guitare. Les chansons évoluent de cette manière, tranquillement et par la suite, nous nous présentons en studio et ce qui en ressort est ce qui se retrouve sur Gift Horse. Quand vient le temps de partir en tournée, je choisis des musiciens qui se retrouvent sur une liste d’amis musiciens qui sont prêts à partir avec moi. Je vérifie à savoir qui est disponible pour jouer de la batterie et de la guitare pour cette tournée. Pendant les tournées, je peux avoir plusieurs musiciens car certains doivent quitter à certains moments car ils ont d’autres engagements, d’autres se collent au groupe tandis que certains quittent. La formation qui se retrouve en tournée comprend toujours moi à la basse-synthétiseur et à la voix en plus d’un ou deux guitaristes et un batteur.  

Mose Giganticus existe depuis 1999, peux-tu nous faire une petite bio?

L’idée et le nom sont apparus en 1999 mais c’était un projet totalement différent à cette époque si l’on compare avec aujourd’hui. J’ai mis ce projet sur pieds pour pouvoir explorer l’écriture musicale avec des instruments électroniques étant donné que j’étais fasciné par les technologies musicales. Les quelques chansons écrites à l’époque étaient pratiquement toutes électroniques. De 2000 à 2005, Mose Giganticus a été en hibernation car je me suis concentré sur d’autres projets, je jouais de la batterie avec des formations punks et hardcore de la région de Philadelphie. En 2005, j’avais quelques idées musicales qui ne pouvaient pas se retrouver avec les groupes avec qui je jouais à ce moment-là. J’ai donc ressuscité Mose Giganticus avec une attitude beaucoup plus synthé-punk dans le son, utilisant une véritable batterie en spectacle et des voix plus gueulées et criardes. Les performances scéniques de Mose Giganticus de l’époque étaient très épurées, on ne retrouverait que moi sur scène avec les pistes sonores préenregistrées qui m’accompagnaient. J’ai fait ce genre de performances jusqu’en 2007. Par la suite, j’ai commencé à monter des équipes de musiciens qui pouvaient m’accompagner en tournées. En 2010, je peux te dire que j’ai joué avec 22 musiciens différents qui se sont retrouvés dans mon groupe.       

Ton groupe est très original, il est difficile d’analyser correctement tes influences, musicales ou non. Peux-tu nous en parler ?

Le son de Mose Giganticus provient d’une combinaison d’influences et d’inspirations. Quelques-unes des inspirations proviennent de groupes comme Mastodon, the Melvins, Neurosis et Baroness. Mais il y a d’autres groupes qui ont guidé mes choix musicaux dans le groupe et qui sont moins évidents et je crois que c’est ici que l’ambigüité ou bien l’originalité du son du groupe peut venir. Quand j’étais adolescent, j’étais obsédé par Richard James, mieux connu sous le pseudonyme d’Aphex Twin. Quand j’ai découvert Come to Daddy par Aphex Twin, le tout m’a vraiment ouvert une porte face à l’interprétation de la musique électronique. Je n’avais jamais entendu quelque chose d’aussi obscur, lourd et songé musicalement pour de la musique électronique. La programmation de la batterie électronique conçue par James était si méticuleusement commandée et délibérée que le tout devenait hors de contrôle et devenait chaotique ! Tout ça a éveillé une certaine fascination avec les éléments électroniques que l’on peut intégrer, une fascination qui perdure depuis de nombreuses années. J’ai aussi été inspiré par The Rentals avec leur album Return of the Rentals, Andrew WK avec son album I Get Wet et la période du milieu des années 80 de Phil Collins, autant solo qu’avec Genesis. Le tout en accord avec la période grunge des années 90.    

 

Ta voix est assez puissante, c’est un habile mélange entre celle de Troy de Mastodon, plus précisément sur la pièce Demon Tusk et celle d’Evan Seinfeld de Biohazard, spécialement sur The Left Path. Peux-tu me parler de tes influences vocales ?

Mes inspirations vocales suivent de très près mes influences musicales ; Buzz de The Melvins, Troy de Mastodon, Andrew WK et John de Baroness. Je n’ai pas une grande variété au niveau vocal mais j’essaie de travailler du mieux que je peux et d’évoluer avec mes possibilités. J’aime bien y aller avec des envolés vocales puissantes, des poussées égorgeuses avec un minimum de mélodie !

La manière dont tu utilises ton clavier me rappelle celle d’un groupe de chez nous, Grim Skunk. Tu connais ? Bill de Mastodon est un fan de ce groupe !

Je n’ai jamais entendu parler de ce groupe, je vais m’informer à leur sujet ! Merci du tuyau !

Quel est le sens qui se cache derrière le nom du groupe ?

Le nom du groupe vient d’une certaine manipulation du pléonasme « Most Gigantic-est » C’est pour lui donner une certaine dimension romanesque. Le plan original pour le groupe était d’inclure une trentaine de musiciens, un truc collaboratif qui aurait donné le « plus immense gigantesque » (NDLR : comme expliqué plus haut avec Most Gigantic-est. Un pléonasme est une suite de mots qui ont le même sens. Comme par exemple, monter en haut ou le plus meilleur.) Cette idée a pris le bord et le tout est devenu un projet solo pendant quelques années. Maintenant, il y a une certaine tendance envers un retour de projet collectif, du moins pour ce qui est des performances sur scène. Je suis assez confiant pour concrétiser mon idée de base du 30 musiciens et plus, dans un futur pas si lointain !

Gift Horse, le nouvel album. J’ai lu à quelque part que c’est un album concept, c’est ça ? Si c’est bien vrai, peux-tu nous expliquer ce concept ?

J’ai toujours travaillé avec des concepts. Gift Horse est un dialogue entre les personnages chrétiens que sont Dieu et Satan. La majorité des paroles sont écrites comme si c’était une conversation, avec chaque représentant, qui donne son explication rationnelle sur le sujet épineux du pourquoi l’humanité devrait leur faire confiance, pourquoi une confiance envers tel côté plutôt que de l’autre. La chanson The Seventh Seal est la réponse de l’humanité envers cette Guerre épique qui dure depuis la nuit des temps ! L’histoire de Gift Horse est construite comme une grande révision de l’histoire des relations depuis que l’humanité est présente, cette dualité entre ce qui est bon versus ce qui est grandement mauvais, de son origine jusqu’à sa finalité !

 

La pochette de l’album est superbe! Qui en est le responsable ?

 C’est Orion Landau qui a fait la pochette. C’était fantastique de pouvoir travailler avec lui. Il a dépassé mes attentes complètement !

De plus, sur cette pochette, il y a une certaine dualité entre la vie et la mort quand on regarde les deux chevaux. Était-ce une demande de ta part envers l’artiste ou bien il a eu la liberté totale de s’exprimer à sa manière ?

Avant que Relapse Records ne s’intéresse au projet, j’avais l’album qui était prêt à sortir avec mon ancien label, Slanty Shanty Records avec une autre pochette. Quand j’ai commencé à travailler sur le projet avec Orion, il m’a demandé ce que j’avais en tête pour la nouvelle pochette. Je lui ai montré l’ancienne pochette de l’édition de Slanty Shanty et je lui ai expliqué le concept de l’album. Quand je lui ai expliqué le tout, il m’a dit qu’il avait une excellente idée derrière la tête, une toute nouvelle direction. La première version qu’il m’a proposée était superbe et elle était assez fidèle à la version finale. Orion a totalement digéré tous les concepts que j’avais en tête artistiquement et on peut dire qu’il a fait un travail titanesque !   

Le riff au milieu, plus précisément vers 2 :30, sur la pièce The Seventh Seal est tellement métal et glorieux, très épique ! Ca termine l’album d’une manière très subtile. Était-ce intentionnel d’avoir cette pièce à la toute fin de l’aventure de Gift Horse ?

Oui, c’était intentionnel. J’avais ce riff en tête depuis un bon bout, je te dirais lorsque j’étais au milieu de l’écriture de l’album. Je ne trouvais pas un endroit précis où pouvoir placer ce riff, pour qu’il soit à la bonne place. Je voulais qu’il puisse avoir beaucoup de place sur le disque question qu’il donne de l’impact et qu’il puisse se développer. Je l’ai mis à la toute fin de la pièce The Seventh Seal en croyant qu’il allait à cet endroit parfaitement mais plus je travaillais sur cette chanson, plus je me disais que je devais faire plus de place à ce riff. J’ai donc fait cette partie de plus en plus longue, jusqu’à ce que je puisse avoir l’impression que c’était hypnotisant ! Quand nous étions en studio en train de l’enregistrer, mon guitariste et ingénieur à ce moment-là, Joe Smiley, s’est mis à zigonner sur cette partie car elle est devenue très longue et c’est à ce moment que je me suis dit qu’il fallait que je rajoute un bon vieux solo de guitare, quelque chose de la vieille époque, de très intense !  N’étant pas moi-même un guitariste ou un gros amateur de solos de guitares en général, je ne laisse pas beaucoup de place aux solos dans mes chansons mais avec The Seventh Seal, le tout avait vraiment du sens. Donc, comme tu le disais, je crois vraiment que cette chanson devait terminer l’album, c’était très satisfaisant !   

Ce disque est ton deuxième et il y a un DVD de listé dans votre discographie, que retrouve-t-on sur le DVD ?

Nous avons plutôt 3 albums maintenant et un DVD. Le premier était The Invisible Hand et par la suite, The Invisible Touch  une autre référence à Phil Collins ! Par la suite, il y a eu le EP, Commander !,  et maintenant, Gift Horse. Le DVD était très limité, il est sorti sur Valiant Death Records qui en a fait imprimer 100 copies. Ils ont fait faillite par la suite, juste un mois avant que je ne sorte Commander ! J’étais donc dans les limbes, sans contrat de disques jusqu’à ce que Slanty Shanty Records n’arrive dans le portrait. Le DVD de The Invisible Touch présente des images du lancement de l’album The Invisible Hand, des photos du concert et une série d’images d’artistes, qui font parti d’un groupe appelé Vorcan, qui faisaient de la peinture en direct pendant que nous étions en train de jouer. Je serai très surpris si tu pouvais en trouver une copie en ce moment !

Mose Giganticus n’est pas le groupe typique de Relapse mais cette compagnie aime prendre des risques en signant des groupes plus irréguliers comme Zombi par exemple. J’aimerais savoir comment tu t’es retrouvé avec eux ? Peut-être que le fait que tu sois originaire de Philadelphie, tout comme Relapse, a aidé ?

C’est certain que le tout n’a pas nui. En étant basé à Philadelphie tout comme Relapse, ça aide. Comme je te disais, j’avais Gift Horse de prêt pour Slanty Shanty Records mais étant donné que Gift Horse est beaucoup plus lourd que mes enregistrements précédents, il était peut-être temps d’aller voir ailleurs. Slanty Shanty m’a vraiment offert tout leur support dans ma recherche d’une nouvelle compagnie de disques. Un de mes amis qui était présent lors de l’enregistrement de l’album a quelques amis qui travaillent chez Relapse. Je lui ai demandé s’il pouvait prendre une copie de l’album et s’arranger pour que les copains chez Relapse puissent jeter une oreille dessus. A ma grande surprise, j’ai eu un email de la part de Relapse une semaine ou deux après, les discussions ont commencé par la suite. Le fait que j’étais à mon propre compte depuis deux ans n’a pas nui à la situation. J’ai fait de la tournée pendant ce temps incluant ma tournée de l’Alaska. J’ai plus de 300 concerts sous la ceinture avec Mose Giganticus. Il y a une variété d’éléments qui sont venus en relation avec ma signature avec eux mais le premier pas vers cette signature a vraiment été les connections avec mon cercle d’amis

Donc, tu fais beaucoup de tournées! As-tu déjà joué ici, à Montréal ?

Non, je ne suis jamais venu chez vous. Mais j’adorerais ! J’ai déjà discuté avec les gens chez Relapse au sujet de faire quelques dates au Canada dans un futur rapproché, je crois que le tout devrait se faire bientôt. Jusqu’à maintenant, je n’ai joué qu’à Vancouver, Calgary et White Horse au Yukon.

Justement, ta tournée en Alaska, l’État de Sarah Palin, tu l’as faite avec un véhicule qui ne consomme que de l’huile végétale usée. J’ai vu à la télé québécoise un gars qui avait modifié sa Volkswagen au diesel pour qu’elle puisse fonctionner à l’huile. Il devait faire le plein dans des restaurants où l’on sert de la friture en quantité industrielle !  Peux-tu nous parler de ton expérience ?

L’année 2008 a été passée exclusivement sur ma tournée de l’Alaska. C’est à ce moment-là que je me suis mis à être plus sérieux envers ma vie sur la route, en tournée, et de laisser tout le reste de côté. J’avais passé l’hiver précédent à étudier la médecine ce qui m’a laissé le temps de planifier et de booker cette tournée. J’ai eu aussi le temps de trouver les ressources financières pour acheter un autobus et le convertir en véhicule qui ne consomme que de l’huile végétale. Quand j’en ai eu fini avec la conversion du véhicule, j’avais déjà accumulé beaucoup de connaissances sur tous les moyens possibles pour collecter et transformer l’huile en carburant pour mon véhicule quoique je n’avais aucune expérience pratique encore jusque-là. J’ai appris sur le tas, sur la route. J’ai donc construit mon système de filtration d’huile végétale, étape par étape, en utilisant le peu de ressources financières que je récoltais de concert en concert. Ca pris un peu de temps de m’ajuster à tout ça mais après un certain temps, ce n’est devenu qu’une parcelle de tournée. Après les concerts, nous nous arrangions pour trouver des contenants d’huile usée qui trainaient derrière les restaurants autour de l’édifice où nous avions joué. Sur la Côte Ouest américaine, nous avons eu beaucoup de difficultés pour trouver de l’huile usée mais à la dernière minute, il y a toujours quelque chose qui arrivait comme par magie ! Mais parfois, en prenant de sérieux risques… La recherche de carburant a été un des aspects les plus importants de cette tournée de 8 mois.   

Et un mot de la fin ?

Merci pour l’entrevue! J’aimerais vraiment aller jouer à Montréal ! J’espère vous voir bientôt !

www.myspace.com/mosegiganticus

Clip pour The Left Path

Lien pour la critique de l’album incluant un autre lien pour entendre l’album au complet, cliquez ICI!

Photos de S. Kinkade

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