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Chanceux comme un quêteux

Hail the Villain: Un vilain petit canard ontarien (Entrevue avec Bryan Crouch)

Yanick Klimbo Tremblay
17 octobre 2010

Le Vilain Petit Canard est un conte connu de tous. Différent des autres, ce petit canard est rejeté par les autres membres de sa famille mais tout en grandissant, nous le voyons devenir un flamboyant cygne. Toute une différence comparativement aux autres qui ne deviendront probablement que de la chair à canon pour les chasseurs des environs ! Dans l’œil de bien des québécois, tous les groupes ontariens sont de vilains petits canards, nous les regardons en nous disant : « Ah, ouais… ils viennent de l’Ontario… eurk, en plus il doit y avoir un roux dans le groupe… » Hail the Villain peut subir ce genre de réactions de notre part, nous les Québécois, mais depuis leur passage sur la scène du Heavy Mtl, le ton a bien changé face aux idées versus les groupes ontariens car il faut l’admettre, Hail the Villain a livré la marchandise avec son métal très accessible à la base mais qui détonne. En tournée au Canada en ce moment, Bryan Crouch a pris quelques minutes pour me piquer la jasette au téléphone, juste avant l’ouverture des portes d’un de leur concert, quelque part au Canada. Entrevue avec Bryan Crouch, chanteur du groupe Hail the Villain.

Ma première question est très évidente, pouvez-nous parler de votre expérience lors du Heavy Mtl 2010 ? Je crois que le tout a été très concluant pour Hail the Villain ?

C’était le concert le plus excitant de ma vie mais en même temps le moment où j’ai été le plus nerveux de toute mon existence. J’étais certain qu’on allait se faire botter le derrière. Nous avons tous été surpris de la réponse positive que le public montréalais nous a donnée. Nous avons eu beaucoup de plaisir, je n’oublierai jamais ce moment car c’était notre plus gros concert à vie. Nos attentes ont été plus que dépassées !

Car c’était tout nouveau pour vous, l’album n’était sorti que depuis très peu de temps.

Exactement. Les gens avaient peut être fouillé sur le net pour trouver de l’information sur le groupe, ont trouvé quelques vidéos sur Youtube ou entendu quelques pièces sur notre page Myspace mais de les voir du haut de ma position sur la scène, ils semblaient connaitre nos chansons, nous étions tous ébahis!

Votre album est chez Warner pour le Canada mais vous êtes chez Roadrunner aux Etats-Unis, pouvez-vous nous expliquer la raison ?

Warner est la compagnie qui nous a découvert et nous a signés il y a deux ans de ça. Pour le territoire canadien, il semble que Warner peut faire le travail. Pour ce qui est du territoire américain, Warner voulait un partenaire qui pouvait mieux couvrir le territoire, une compagnie qui travaille bien avec les artistes de notre trempe et Roadrunner était la compagnie parfaite pour Hail the Villain aux Etats-Unis, et pour le reste de la planète aussi.   

Ville fantôme…

La titre de votre album est Population : Declining (Population : en déclinaison) ce qui semble fataliste d’un certain point de vue, peux-tu nous éclairer sur le sens de ce titre ?

En vérité, le tout a un rapport direct avec la ville où nous avons enregistré notre album. Nous avons fait l’album dans un studio qui est situé dans une petite ville d’à peine 300 habitants du nom de Grand Bend. Cette ville reçoit en moyenne 3000 touristes américains pendant la période estivale. Nous y étions pour commencer l’enregistrement de l’album. Il y avait du monde, nous allions à la plage, les gens étaient sur le party et la fête était omniprésente dans la ville. Quand nous y sommes retournés à l’automne pour finir la deuxième moitié du disque, il n’y avait plus un chat ! Tous les touristes étaient partis, c’était pluvieux, froid, sale et il ne restait plus que les 300 personnes du village enfermés dans leurs maisons car la saison touristique était terminée. Je peux dire que cette situation a affecté le restant des pièces et la vibe qui tournait autour. Cette situation a donné des chansons comme Swan Dive Suicide, Pyro et Evil Has a Name. C’est de là que vient le titre, du fait que la population est en déclinaison après la période estivale. Ce village devient comme une ville fantôme car la population disparait! C’était bizarre de vivre les deux côtés de la médaille ; nous arrivons, c’est la fête et nous quittons, c’est le désert total !

Cette ville est donc un endroit privilégié pour les touristes américains ?  

Oui, parce qu’ils peuvent boire de l’alcool là-bas en n’ayant que 19 ans, ce qui n’est pas le cas dans leur pays où tu dois avoir 21 ans. De plus, la plage est très attrayante.   

Hail the Vilain offre un monde de divertissements visuels assez intéressant (voir leur site internet interactif, lien en bas de l’entrevue) avec votre clip très haut en couleurs et votre pochette qui est assez détaillée. Je trouve que vous combinez le côté ludique de Gorillaz avec la dimension un peu plus extrême de Frank Miller de Sin City. Était-ce clair dès le début du groupe d’avoir un côté visuel très fort ou bien c’était plutôt une stratégie marketing de la part de votre maison de disque ?

Tout ça est arrivé lorsque l’album était à l’étape du mixage, vers la fin. Nous étions encore sous la forme d’un groupe indépendant, personne ne nous connaissait. Nous étions à Vancouver, c’était la fin de ce long processus. Avec la fin du mix, tu te rends compte que c’est terminé pour ce qui est de la portion musicale. Nous nous demandions ce que nous pouvions faire de plus maintenant que l’album était en boîte, dans un sens. L’idée de créer une bande dessinée par nous-mêmes nous intéressait, de faire un film basé sur cette bande dessinée aussi, le tout par nous-mêmes !

C’est très riche visuellement mais le tout vous a probablement coûté énormément d’argent à produire?  

Ceux qui ont cette pensée populaire que ce sont les compagnies de disques qui paient pour tout le flafla visuel des groupes  parce qu’ils croient au potentiel des artistes sont en dehors du chemin ! Ca ne fonctionne pas comme étant un truc qui est payé par la compagnie et que par la suite, le groupe n’a pas à s’inquiéter. Non ! Oui, notre compagnie croit en nous c’est certain car ils nous ont prêté l’argent pour faire toutes nos folies mais vient le temps maintenant de rembourser. C’était notre choix et nous sommes très fiers de l’avoir fait.

Quelques canards dans la mare

De nombreuses formation canadiennes sont signées avec Roadrunner maintenant ; Hail the Villain, Baptized in Blood et Bleaker Ridge aussi. As-tu idée de ce qui se passe à ce niveau ?

Justement, Bleaker Ridge est sur la tournée avec nous en ce moment. Si je prends l’image populaire de la pêche, le tout peut s’expliquer de la manière suivante : le Canada est un petit étang mais qui contient d’énormes poissons. Tout le monde sait que le Canada produit d’excellents groupes lourds, heavy et métal. La période underground semble vouloir se sortir le nez et voir le jour quoique la scène underground existera toujours. Si tu prends votre province, le Québec, vous produisez les groupes les plus techniques qui soient. Tous vos groupes peuvent rivaliser avec n’importe laquelle des formations les plus lourdes sur Terre ! Pour résumer le tout, c’est un éveil plus vaste de la part des compagnies. 

Vous êtes en tournée maintenant au Canada, est-ce difficile pour un nouveau groupe de faire le Canada d’un océan à l’autre, surtout en tête d’affiche ?

Énormément. Nous avons fait de nombreuses dates cet été dans de nombreux festivals aux États-Unis et au Canada où nous avons reçu beaucoup d’attention. De retomber sur la route au Canada, c’est une dose de réalité. Ce n’est pas facile le Canada. Par exemple, quand l’album est sorti, nous avons fait une mini-tournée ontarienne de 11 dates. Il y a des soirs où nous étions dans des salles qui contenaient 300 personnes pour le lendemain jouer devant 13 personnes. Il est extrêmement difficile de faire un peu d’argent en tournée au Canada, tu dois offrir quelque chose de très spécial pour pouvoir attirer les gens. Faire de la tournée au Canada, c’est très difficile. Les villes sont éloignées, il y a de nombreux kilomètres de route à faire et tenter de rester en bonne santé. Nous nous disons, un peu à la blague, que si tu réussis à faire une tournée canadienne complète, tu es prêt pour faire de la tourné partout sur Terre car le Canada est comme un boot-camp pour les groupes, ça te casse un caractère tout en te renvoyant une bonne dose de réalité au visage. Si ton groupe peut survivre à une tournée canadienne d’un océan à l’autre, il ne vous reste plus qu’à conquérir le monde !

www.hailthevillain.com

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Yanick Klimbo Tremblay

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