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Chanceux comme un quêteux

Accept: Terreur teutonique! (Entrevue avec Wolf Hoffmann)

Yanick Klimbo Tremblay
30 octobre 2010

Il est rare d’avoir l’opportunité de faire une entrevue avec une véritable légende du métal, une vraie! Accept n’est peut-être pas Black Sabbath ou Judas Priest mais leur place sur l’échiquier métallique n’est pas négociable. Ce groupe a ouvert de nombreuses portes, a poussé les tendances et s’est toujours imposé comme étant une force majeure dans le métal dit traditionnel. Malgré le départ du charismatique Udo aux voix, le groupe tente un retour en 2010 avec une nouvelle personne aux voix. Le résultat est l’album Blood of the Nations et le test est passé, haut la main. Wolf Hoffmann se retrouve donc en position de chef de cette force germanique, c’est son groupe qu’il mène à sa manière mais pas à la manière d’un dictateur. Chaque membre à son droit de parole à l’exception que Wolf est maintenant confiné au poste d’ambassadeur du groupe, celui qui répond aux questions et qui explique chaque détail sur ce retour très attendu. Entrevue avec le guitariste Wolf Hoffmann d’Accept.  

Donc, première question! Il est évident qu’en écoutant l’album Blood of the Nations, on voit que vous n’y êtes pas allés avec la portion nostalgique, c’est plutôt l’album qui créé un pont entre Objection Overruled et ce nouveau disque de 2010. Quel était l’état d’esprit global lorsque vous avez commencé l’écriture de Blood of the Nations?

Il y a 15 mois environ, Mark Tornillo est arrivé dans nos vies lorsque moi et Peter faisions un jam. Il n’était pas question de remettre Accept sur la carte à ce moment-là, rien de tout ça mais… après 30 secondes, Mark nous a jeté par terre et voilà ! Accept était de retour ! C’était le destin dans un sens, nous ne pouvions pas souhaiter mieux, nous ne pouvions rêver à ça et espérer qu’un jour tout ça survienne. Et c’est la même chose avec le fabuleux producteur Andy Sneap, c’est lui qui nous a trouvé ! Mark nous a inspirés et à fait en sorte que nous n’avions plus de contraintes, aucune véritable limite et avec Andy Sneap aux commandes, il nous a guidés dans la bonne direction.   

Justement, en ayant Mark Tornillo aux voix, c’est un nouveau départ mais tout en restant pareil dans un sens. Est-ce que c’était important d’avoir un chanteur à la voix puissante sans être un copié/collé d’Udo, un émulateur?

Tu sais, le nom Udo n’a jamais été prononcé dans tout ça. Nous et les amateurs ne peuvent résister à la puissance de Mark et sa voix. De plus, si nous avions voulu un chanteur ou plutôt un remplaçant pour Udo, nous aurions fait passer des auditions à des chanteurs. Non. Nous avons reçu de nombreuses demandes et on nous a demandé des millions de fois de reformer le groupe Accept sous sa forme originale, et ce depuis 20 ans. Udo est avec son propre groupe et c’est foutrement mieux ainsi. Il a décidé de rester avec eux et c’est correct, nous respectons sa décision. Il a même fait une déclaration publique plutôt longue et complexe sur Blabbermouth en relation avec le fait qu’il ne retravaillerait jamais avec Accept car la chimie n’y est plus. C’est tellement vrai! Quand Mark est entré dans nos vies, c’était ce qui devait arriver car la chimie est de retour d’une manière inimaginable!   

Quand j’écoute l’album, je sens que c’est très frais et moderne, rien n’est passé date dans un sens. Vous avez gardé tous les éléments qui ont forgé le son d’Accept comme les duos de guitares qui jouent à l’unisson, la voix puissante et un truc qui m’a frappé dès le début ; les chants en gang. Était-ce quelque chose de précis, dès le départ, que vous avez expliqué à Andy Sneap au sujet de votre signature classique mais pas d’une manière facile et quétaine ?

Andy, tout comme Mark, est venu vers nous. Nous n’étions pas à la recherche d’un producteur, nous n’étions pas non plus à la recherche d’un chanteur… ils sont venus vers nous ! Quand nous avons rencontré Andy et Mark, nous n’avions que deux chansons en banque, que des idées plus ou moins terminées. Et à la toute fin, nous avions quoi… quarante chansons ? Mark nous a inspiré et Andy nous a libérés ! C’est exactement ce qui est arrivé, je te jure ! De mai ou juin 2009 jusqu’au mois d’août 2010, nous avons écrit l’album, signés un contrat de disque qui couvre la planète entière, donné des concerts dans environ 17 pays, parfois dans des salles aussi grosses que ton salon, d’autres fois dans des stades en ouverture d’AC/DC ou en tant que tête d’affiche pour le Sonisphere. L’album Blood of the Nations est entré en 4e position sur les palmarès allemands et sur d’autres palmarès en Europe. C’est notre plus haute entrée en carrière. Nous avons encore de la difficulté à croire que tout ceci nous arrive après toutes ces années, crois-moi, nous sommes heureux !

 Hoffmann et Sneap

Parlant de l’album, j’aimerais savoir qui sont les bâtards dont vous parlez sur la pièce Beat the Bastards (Battre les bâtards) 

Ceci est un secret, vraiment… Il n’y a que Mark qui pourrait peut-être te répondre là-dessus ! Hahahaha!

Hum… je vois! Et pour ce qui est de la pièce Teutonic Terror, j’imagine que c’est vous, cette menace teutonique ? (NDLR : le mot teutonique désigne les Teutons, peuple de l’ancienne Germanie) 

Ah maintenant, tu entres dans une dimension philosophique! J’imagine que tu te rapproches de la vérité. Nous avons été catégorisés pendant des décennies, et plus j’y pense, pendant toute notre carrière en fin de compte mais maintenant nous sommes plus libres que jamais. Nous avons de la vigueur à revendre et une dimension de folie qui nous tient très en vie, plus spécialement en formule concert. Nous voulons reconquérir le monde, tu vois ? Je rigole bien mais nous nous sentons au summum de nos compétences, pas de doute sur ce sujet !

La pièce Kill the Pain est la plus tranquille de l’album, très profonde et calme. Peux-tu nous parler de cette pièce plus particulièrement car c’est un changement drastique comparativement aux autres pièces de l’album !  

Au risque de paraître ennuyant, pour ce qui est des paroles, je laisserais Mark répondre mais pour ce qui est de la musique, tout ce que je peux dire c’est que c’est ce qu’Accept a toujours fait dans un sens, n’est-ce pas ? 

Et la chanson Bucketful of Hate (Une chaudière pleine de haine) est-ce que tu aimerais en lancer une au visage de quelqu’un plus particulièrement ?

Non, pas du tout! 

Udo ? Connais pas, toi ?

Es-tu écœuré des questions au sujet d’Udo, du fait qu’il ne participe pas à Blood of the Nations? Crois-tu que ce disque offrira la réponse dans un sens ?

Je n’ai pas besoin de répondre à cette question, les vrais amateurs d’Accept le feront !

Vous avez probablement reçu de nombreuses offres d’étiquettes de disques métalliques lorsque vous avez annoncé votre retour, pourquoi avez-vous choisi Nuclear Blast parmi toutes les offres ?

Nous avons une gérante depuis les 30 dernières années, c’est mon épouse Gaby. C’est sa décision et je confirme qu’elle a fait un choix judicieux car nous sommes très heureux d’être avec Nuclear Blast. Ils font un travail fantastique, ce sont des gens très professionnels et généreux.

Vous donnez des concerts en Amérique, quelques dates très précises mais rien pour le Canada. Peux-tu nous expliquer le processus de sélection pour ce qui est des villes pour cette tournée?

Nous allons venir au Canada, c’est certain. Il y a tellement de choses qui arrivent. Nous sommes, dans un sens, débordés et il est difficile voire impossible de tout gérer en ce moment. Nous allons analyser le tout et revenir avec d’autres détails dans les prochaines semaines.

Maintenant, j’aimerais te parler du bon vieux temps. Crois-tu que le clip de Midnight Mover était un clip en avance sur son temps ? Ce clip était vu comme déstabilisant et énervant car c’était très rapide comme montage avec les séquences accélérées. De mon côté, la première fois que j’ai vu le clip de U2 pour Even Better Than the Real Thing, je trouvais que c’était un pastiche de Midnight Mover en fusion avec le clip de Voïvod pour Astronomy Domine ! 

Oui, absolument ! Et quand nous l’avons fait, nous savions d’emblée que ce clip allait être très spécial, tu peux effectivement dire qu’il a ouvert des portes et à créé de nouveaux standards dans le domaine de la création de clips.


Je me souviens encore, dans le temps comme on dit, de nombreuses personnes parlaient de l’album Balls to the Wall comme étant un truc pro-gai grâce à sa pochette et ses chansons comme London Leather Boys, Balls to the Wall comme de raison ou la chanson Love Child. Ce genre d’arguments m’a toujours semblé très étrange même si j’étais assez jeune à l’époque, et même encore aujourd’hui. Est-ce quelque chose que tu as dû débattre seulement en Amérique ou bien c’était la même chose en Europe ?

Rarement. Tout le monde sait pertinemment qui écrivait les paroles d’Accept. Un membre de Metallica, je ne sais plus qui, a déjà dit qu’Accept avait détruit toutes les barrières. C’est encore quelque chose que nous entendons fréquemment étant donné que nous touchons des trucs assez uniques et pas très populaires. 

 

Bien connaitre son passé

Eat the Heat est un album qui est perçu comme étant le pire de votre carrière. Donc, 20 ans plus tard, quelle est ton opinion face à ce disque?

Je l’entends souvent celle-là… mais ca dépend de l’endroit d’où tu viens sur cette planète. Si nous avions utilisé certains éléments de ce disque avec tout ce qui s’est fait avec Accept, avec les années, le tout aurait mieux passé. Mais nous n’avons pas eu beaucoup de chance à cette époque, c’était plus difficile si je peux m’exprimer ainsi.  

Je crois que tu es citoyen américain, comment ça ? 

Non, pas encore. Ma femme l’est, elle est en amour avec l’Amérique depuis, hum, toujours! L’Amérique est bonne pour nous! Peter Baltes vit en Amérique aussi, il a sa famille. Nous sommes très près moi et lui, depuis que nous avons 16 ou 17 ans. Je crois qu’il n’y ait pas de surprise en relation avec le fait que nous habitions les États-Unis maintenant. Par contre, moi et Gaby avons toujours vécu dans les deux « mondes » car nous avons une maison en Europe aussi.  

La plupart de vos amateurs ici au Québec ne le savant pas mais tu es un photographe professionnel, tu es spécialisé dans la photo dites commerciale. Tu travailles avec des entreprises, des magasins et des compagnies de renom. J’ai vu ton site web et c’est très beau, bien fait car je ne m’attendais pas à ce genre de travail de la part d’un gars qui joue dans un groupe métal ! Peux-tu nous parler de cette passion, cette autre facette de toi ? 

Il n’y a pas grand-chose à dire, mon site parle pour lui-même ! C’est mon autre passion comme tu le dis. J’ai besoin d’être créatif et par le plus heureux des hasards, j’ai réussi à être couvert de succès dans tout ce que j’entreprends, et ce depuis de longues années.

Je me demandais si tes clients dans le domaine photographique étaient au courant de ton “autre vie” dans le domaine métallique ? Tout ces messieurs en veston-cravate ne doivent pas le savoir mais ceux qui travaillent au Tootsie Bar, sur tes photos, peut-être ?

Tu sais quoi? Même certains de mes amis les plus proches ne savent pas que je suis musicien dans un groupe qui a du succès partout dans le monde ! Nous vivons tellement de manière paisible ici en Amérique. La maison est ce qui importe le plus pour moi, je ne peux demander mieux… c’est-à-dire d’être accepté dans mes « deux mondes » pour ce que je suis. Nous ne sommes pas différents des autres, c’est juste que j’ai plusieurs passions et j’aime me laisser aller vers une facette plus intense une journée avec la musique d’Accept autant que le lendemain, je me sens plutôt apte à être concentré envers mon art photographique et le surlendemain, un petit tour vers la musique classique. J’imagine que j’ai une vie plutôt bien remplie.  

Une dernière question, tu souviens-tu qu’au début des années 80, Accept faisait de la tournée au Québec ? Mon père vous a vu en concert en 1985 à Chicoutimi, la ville d’où je viens. J’étais âgé de 10 ans, je voulais y aller mais c’était un jour de semaine et avec l’école le lendemain, mes parents n’avaient pas voulu. Je crois qu’il y avait Krokus et Rough Cutt aussi. Il me semble que Rough Cutt a été fortement hué, tellement qu’ils ont quitté la scène ! Encore frais dans ta mémoire?

Hum… non. Mais je me souviens du concert de Québec sur cette tournée, c’était intense! Nous aimons le Canada et les amateurs d’Accept du Canada ont toujours été merveilleux à notre égard. C’est pourquoi nous allons revenir bientôt. J’espère vous y voir! En passant Yanick, merci pour l’entrevue!

www.acceptworldwide.com

www.wolfhoffmann.com/

3 commentaires
  • Pancréas
    30 octobre 2010

    solide entrevue !!!
    Le gars semble sympathique !

  • Yanick Klimbo Tremblay
    31 octobre 2010

    Oui, sympathique. Très enthousiaste et fier de son travail, je le confirme!

  • Seb
    2 novembre 2010

    Quand j’écoute le vidéo de Teutonic Terror, j’ai l’impression de voir une parodie mais une fois terminé, la chanson a fait son chemin et j’y trouve plaisir.

Désolé, les commentaires sont fermés pour le moment.

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Yanick Klimbo Tremblay

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