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Chanceux comme un quêteux

Electric Wizard: Messages maussades lors de la messe noire (Entrevue avec Jus Oborn)

Yanick Klimbo Tremblay
31 janvier 2011

Horreur, enfer, damnation, vampire et drogue sont des termes qui collent bien à la peau d’Electric Wizard, formation anglaise, du Dorset plus précisément. Opaque et oppressant sont aussi des termes qui se collent agréablement à leur musique qui se veut une trame sonore parfaite fortement influencée par les films d’horreur des années 70 qui plaisent plus précisément au leader du groupe Jus Oborn et sa tendre épouse et guitariste du groupe Liz Buckingham. Septième album, un chiffre chanceux pour certains, ayant pour titre Black Masses nous propose cette entité doom empruntant toujours et sans gêne à l’éthique de Black Sabbath tout en continuant son chemin sinueux et obtus. Une carrière qui ne comprend que des albums parfaits et purs, où l’intégrité se frotte les yeux rougis par l’opacité sonore découle du cheminement de Jus Oborn avec qui j’ai eu l’immense plaisir de discuter il y a quelques semaines. Chez lui, l’horloge pointait vers le minuit et Jus était en mode détente… Compte-rendu d’une discussion vive qui s’est déroulée sous le signe de la rigolade… chose à laquelle je ne m’attendais aucunement de la part de Jus Oborn, chanteur et guitariste d’Electric Wizard!

On peut dire que tout va bien pour ton groupe en Amérique en ce moment. Votre nouveau disque reçoit de bonnes critiques et vous vous retrouvez sur la page couverture de Decibel. De plus, votre nouveau disque Black Masses sera disponible sans être une importation. Crois-tu que les choses commencent à se placer pour vous ici?

Définitivement, ce sera gigantesque. Depuis Witchcult Today, j’estime que le tout va bien chez vous. L’Amérique est maintenant prête pour nous. Je suis fier que ce que tu décrives nous arrive car nous avons travaillé assez fort. Electric Wizard est un groupe consistant, nous ne lançons que de bons disques. Mais ca fait une traite que nous n’avons pas joué chez vous par contre.

Sur ce nouveau disque, on retrouve toi et Liz mais vous avez deux « nouveaux » membres. Tas à la basse et Shaun aux percussions. Je me demandais… comment as-tu fait pour les recruter ?

Je connais Shaun depuis longtemps. Il a toujours été le choix logique pour moi. A un moment donné, il a eu une opération au bras et il ne pouvait plus jouer de la batterie pendant un certain temps, il m’est sorti de la tête mais il était toujours présent dans mon subconscient dans un sens. Je savais qu’un jour, j’allais finir par jouer avec lui. Nous avions déjà joué dans un autre groupe il y a de cela des lunes, c’est quelqu’un avec qui il est facile d’écrire des pièces. Tas jouait dans un autre groupe à Londres que j’ai produit. Nous avions des problèmes avec notre bassiste et Tas a passé l’audition. Le tout a fonctionné. Le tout a cliqué, c’est cliché de dire ça mais c’est ce qui est arrivé. Un groupe doit être composé avec les bonnes personnes. Et pour Electric Wizard, c’est important, tu sais, ce n’est pas juste moi et Liz en plus de deux autres gars à qui nous disons quoi faire, tout simplement. Nous avons besoin de ce sentiment de connexion, cet effet de groupe qui est si important.

Donc, tu n’es pas comme Dave Mustaine, le grand patron ?

Hahhahha! Non, vraiment pas! Je peux être celui qui contrôle le concept et l’image du groupe. Mais musicalement, j’aime savoir que nous sommes un groupe complet qui participe aux pièces et à l’existence d’Electric Wizard comme une entité.      

 

Changements de garde…

Pourquoi Rob Al-Issa à la basse et Justin Greaves ont quitté alors?

Ils ont été renvoyés. Ils n’ont pas quitté! Les choses doivent fonctionner d’une certaine façon et il faut que ce soit fait, adroitement. Au niveau personnel, c’était acceptable dans un sens mais en tournée, ca ne l’était pas. C’est bien souvent à ce moment précis que tu t’en rends compte, sur la route. De se voir une fois par semaine pendant quelques heures pour les répétitions, ca passe, tout est cool. Mais en tournée, où tu es toujours ensemble, 24 heures par jour, sept jours par semaine, tu sais immédiatement si la relation va durer car tu apprends à connaitre les autres membres du groupe et ce,  sous toutes leurs facettes!  

Je vais te parler de l’album maintenant. On retrouve une chanson du nom de Venus in Furs, je me demandais si c’était bien toi qui chante sur celle-ci ?

Oui…

Je te pose cette question car ta voix sur celle-ci est plutôt, excuse le terme mais plus féminine… Je croyais que c’était Liz qui la chantait ?

J’essaie certaine chose dans un sens… La manière dont la chanson est construite m’a mené à la chanter de cette façon, je crois. C’est une chanson qui parle des femmes justement, les femmes méchantes, qui font de mauvaises choses et qui prennent le pouvoir!

Je sais qu’il y a une chanson de Velvet Underground du même nom, est-ce une influence directe, un hasard ?

Non, ils ont probablement lu le même livre. C’est un livre du nom de Venus in Furs de Leopold von Sacher-Masoch. C’est un des premiers romans sur le sadomasochisme, sur le fait d’être contrôlé par des femmes très autoritaires et fortes.

 

Enfants de la nuit…

Le riff en ouverture de la chanson Night Child est très lourd et rondouillard. C’est massif et la basse suit la guitare sur cette pièce. Cette pièce me donne l’impression qu’elle a été écrite en tant que groupe, ai-je raison ?

Oui, définitivement ! Moi et Liz avons trouvé le riff en tant que tel. Nous jouions une panoplie de choses comme ça, ce qui est inhabituel pour nous et je crois que nous étions dans une période où nous écoutions beaucoup de Judas Priest, ce qui m’amène à te parler du jumelage des guitares jouant des choses différentes, le twin guitar. Influence majeure sur cette pièce décidément. Oui, nous avons travaillé fortement sur celle-ci en tant que groupe pour avoir la rythmique parfaite. C’est vraiment une pièce bien travaillée au lieu de n’être que du cri, hahhaha ! Nous étions exténués à la fin, je crois. C’est une chanson intense. Quand nous l’écrivions, nous le sentions que nous étions en présence de quelque chose d’intense. C’était vraiment au sujet d’achever ce moment particulier, cette sonorité diabolique. Nous avons travaillé le riff jusqu’à ce que nous ayons obtenu une certaine résonnance. Je crois que, de toute façon, chaque chose est à sa place sur ce disque, on peut le ressentir. Night Child est l’exemple parfait, c’est épeurant à souhait ! Nous sommes très satisfaits de cette chanson ! En fin de compte, nous sommes satisfaits de tout l’album en entier !  

Je lisais les paroles hier soir pour Night Child et je me disais que c’était soit au sujet des vampires, des vendeurs de drogue ou même, votre personnage du nom de Drugula ?

Ouais, et bien peut-être même tout les sujets que tu énumères ! Les paroles sont des métaphores. Rien n’est évident même si on voulait le croire. Je chante en parlant d’un vampire mais je raconte comment les gens peuvent être dans ce monde. C’est peut-être que nous sommes des vampires, c’est peut-être nous, les vampires ou les enfants de la nuit? Il y a plusieurs niveaux. Je suis celui qui a écrit ce texte, il y a des choses subconscientes. Même pour moi, je remarque le véritable sens seulement après, lorsque je me relis.

Donc, chaque personne a sa propre vision de tes textes ?

Oui, et c’est ce qui est important! Je ne veux pas être du genre : « Écoutez-moi et mon message est pur ! » Il doit y avoir une interprétation pour chacun.     

 

Vampire à la dent creuse…

Et le personnage de Drugula, qui prend une place encore une fois sur ce disque, est-ce un personnage que tu as créé ? C’est un jeu de mot entre Drug et Dracula ?

Je l’ai créé. Évidemment, c’est un jeu de morts entre drogue et Dracula. C’est légèrement inspiré d’une bande dessinée italienne du nom de Dracula ’73. C’est l’histoire de Dracula qui se retrouve réincarné durant les années 70. Il boit du sang comme de raison, c’est un vampire et bien entendu, il finit par boire du sang intoxiqué au LSD. Je croyais que c’était une idée géniale. J’ai utilisé le concept par la passé, l’ai laissé de côté et je viens de le reprendre sur ce disque. C’est donc aussi simple que ça, un vampire des années 70 qui se ramasse à boire du sang qui est intoxiqué, c’est Drugula !

Drugula pourrait devenir votre mascotte, un peu comme Eddie d’Iron Maiden ?

Oui, les gens aiment l’idée. Les fans commencent à s’y intéresser tranquillement, c’est un bon concept mais je t’assure que Drugula va vivre maintenant, même sans nous! 

Satyr IX est la pièce la plus lourde et doom du disque, très étrange et sombre.

Le titre de cette chanson est évidement un jeu de mot. Elle est au centre de l’album, c’est l’abysse, le voyage vers l’inconnu. C’est pourquoi cette chanson se retrouve-là. Nous avons placé les pièces pour que ce soit comme un tout, un album complet, pas une collection de pièces individualistes. Satyr IX, c’est le point du non retour qui t’amène vers la fin.  

Écrivez-vous vos pièces dans un environnement lugubre, question de vous imprégner de l’ambiance adéquate avec quelques chandelles, tard la nuit, quelques bières et autres substances?

Oui… car c’est dans ce genre d’environnement que j’habite de toute façon ! J’habite dans une très vieille maison avec des cranes, des chandelles et des livres au sujet de la magie noire. C’est le genre de maison que tu dois avoir pour créer du heavy métal ! Avec tous les nouveaux groupes, ils veulent quoi ? Se tenir près de leur piscine et de leur bar très discothèque avec des nénettes ? Les choses ont changé n’est-ce pas ? J’aimais le heavy métal il y a de cela très longtemps, dans le temps où tout le monde détestait ça et lorsque tu affichais tes préférences métalliques, tu passais pour une merde !

Je te comprends là-dessus, j’ai 35 ans et amateur de métal depuis plus de vingt ans !

Donc, tu sais de quoi je parle alors et tu me comprends ! Ca voulait vraiment dire quelque chose d’être un amateur de métal quand nous étions jeunes, c’était un acte de rébellion pratiquement. Tu mettais tes couilles sur la table, vraiment !      

Substances substantielles…

Quand je regarde une pièce comme Turn Off Your Mind, je peux voir pertinemment que vous n’avez jamais caché votre prédisposition et votre envie de parler de l’utilisation des drogues dans le groupe. Quelle est l’importance de l’usage des drogues pour Electric Wizard ? Est-ce obligatoire dans votre processus créatif ou seulement à l’occasion ?

C’est obligatoire, je te le confirme. Ouais… Tu dois être hors de ta tête… C’est important pour, tous les genres de musique qui se considèrent libératrices, comme le blues et le jazz qui selon l’historique, sont deux genres qui n’auraient jamais existé sans les drogues. C’est dans la philosophie. Je crois que les gens doivent être dans un état d’esprit surélevé. Que ce soit par l’alcool, les drogues ou la méditation, c’est correct et cool. Mais tu dois être dans cet état pour créer, surtout pour communiquer. Tu dois arrêter pour parler, faire des trucs réguliers mais quand tu joues de la musique, il faut que ce soit dans un état, autre.

Donc, tu ne peux pas créer de la musique comme lorsque tu te t’apprêtes à te faire un spaghetti ?

Non! Hahhahhahahha!

Il faut être sous un effet hallucinogène?  

Oui, notre musique veut dire quelque chose. Je veux avoir de véritables sensations, que le tout soit bien profond. Je suis un musicien et ce depuis très longtemps. Je pourrais écrire une formule magique trop facile pour musiciens, mais qui ne serait que de la foutaise ! Pour les autres groupes, c’est comme vous voulez et tant mieux mais nous, ca fonctionne comme ça et c’est plaisant de cette manière!  

Unis par le doom, l’horreur et l’amour…

Dans le domaine plus personnel, est-ce difficile de faire de la musique avec ta copine Liz Buckingham, qui est dans ton groupe car, vous êtes toujours ensemble?

Pas vraiment. C’est plus difficile de ne pas avoir ta copine dans ton groupe, hahhaha ! Surtout parce qu’il n’y avait pas de copine lorsque je revenais à la maison avant ! Je préfère, sincèrement.

Donc, Liz est vraiment une perle pour toi ?

Nous nous chicanons souvent… lorsque nous écrivons des chansons, c’est l’enfer car nous ne sommes plus un couple mais des partenaires de travail ! Hahhahhaha ! Mais c’est bien, nous sommes heureux, et nous formons une famille très joyeuse… comme les Carpenters, hahahha !

Mais en concert, est-ce plus difficile de voir que certains gars ont l’oeil bien aiguisé sur Liz ?

Oui mais ca rend ma performance encore plus agressive ! C’est évident que ca arrive. Certains gars veulent être encore plus copain après le concert, mais vais-je leur briser le bras ? Après tout, un spectacle est un spectacle ! Mais je sais qu’elle veut être appréciée, c’est tout à fait normal ! Quand elle est heureuse, je suis heureux !

J’ai fait une entrevue avec Lee Dorrian l’année dernière et déjà, il était très enthousiaste envers votre nouveau disque. Tu dois avoir une belle relation de travail et d’amitié avec ton patron ?  

Je connais Lee depuis une très très longue période. Je le connais depuis que j’ai 15 ans. Lui était dans Napalm Death, dans le temps.

Est-ce qu’il t’a fait parvenir une carte de noël cette année ?

J’en ai envoyé une à Rise Above. Il était très occupé cette année, il n’a pas eu le temps je présume… je ne sais pas pourquoi ? Hahhaha !

As-tu toujours le temps d’aller prendre une pinte de bière avec lui ?

Oui, dès que je vais à Londres, on s’organise pour se voir pour aller voir un concert ou autre chose.

La dernière visite d’Electric Wizard au Québec remonte à 2002 je crois, en ouverture d’Enslaved…

Oui aux Foufounes Électriques !

Des chances de vous avoir en concert cette année ? En ouverture d’un autre groupe ?

Je crois que nous serons en tête d’affiche, aux environs de septembre. C’est un processus tellement compliqué de retourner en Amérique du Nord. Peut-être qu’il y en a qui l’oublie mais notre dernière visite remonte à l’après 11 septembre 2001. Il était excessivement difficile pour tous les groupes de se rendre chez vous, c’était de la pure folie. Obtenir des visas n’est plus aussi facile qu’auparavant. Ils vérifient tout et la moindre tache à ton dossier risque d’être majeure. Mais nous avons parlé avec des gens qui vont nous aider, pour que tout soit dans les règles. Il y a des gens qui veulent nous voir en Amérique, il y a de bonnes chances, comme je te dis.  

Est-ce que ce sera une tournée de groupes qui enregistrent sur Rise Above ?

Il est trop tôt pour répondre.

Et vous allez jouer aux Foufounes encore une fois ?

Je l’espère ! Mon rêve est d’avoir un album enregistré en concert, directement des Foufounes ! Imagine le titre: Electric Wizard Live at the Foufounes ! C’est parfait!

L’album Black Masses est en magasin dès maintenant !

www.myspace.com/electricwizarddorsetdoom

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Chanceux comme un quêteux

Yanick Klimbo Tremblay

Suintage métallique et autres bidules!

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