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Chanceux comme un quêteux

Chasse-Galerie: Acabris! Acabras! Acabram! Fais-nous voyager par-dessus les montagnes métalliques! (Entrevue avec Matrak)

Yanick Klimbo Tremblay
12 février 2011

Quand tu peux te lever debout et crier haut et fort tes convictions patriotiques, tu mérites que l’on souligne ta présence. Rares sont ceux qui s’expriment aussi ouvertement aujourd’hui, malgré une charte protectrice qui nous permet de dire pratiquement ce que l’on désire, de manière tout de même à respecter  l’autre car notre liberté de s’exprimer librement s’arrête là où celle de l’autre commence. Mais le manque de courage, de bravoure, de confiance ou de couilles laissent plusieurs personnes pantoises devant des sujets aussi délicats que la langue. Pour Chasse-Galerie, formation québécoise qui s’adonne dans le domaine du métal noir, rien ne peut les empêcher de s’exprimer ouvertement sur l’épineux sujet de la langue, fer de lance de bien des apôtres patriotiques. Ayant choisi de s’exprimer dans la langue de Molière, ce groupe fait fi de toutes les conventions métalliques d’usage et livre une musique féroce, vociférée en français qui n’a rien à voir avec le joual usuel mais plutôt une langue riche et réfléchie qui ferait pâlir de nombreux Académiciens par sa structure empreinte d’une justesse distinguée et astucieuse. Entrevue avec Matrak, tête pensante du groupe…    

La première question est bien évidente dans la mesure où tu dois nous présenter ton groupe pour ceux qui ne vous connaissent pas.

Chasse-Galerie est né en janvier 2007 sous la forme d’un projet solo. Blanc Feu s’est joint à moi pendant le premier enregistrement paru en 2008 et petit à petit, d’autres membres se sont ajoutés. Nous sommes devenus une formation complète au printemps 2010. En avril dernier, nous avons lancé notre premier album et fait l’équivalent d’une mini-tournée au courant de l’été. Actuellement, nous travaillons simultanément sur du nouveau matériel qui paraitra à la fin de l’hiver et un plus tard dans l’année si tout va comme prévu…

Le fait d’écrire vos textes en français est une dimension importante pour le groupe, pourquoi ce choix ? 

L’utilisation du français n’est pas un choix mais plutôt un réflexe… Dans mon quotidien, je parle et j’écris en français, c’est la même chose quand j’imagine un texte pour une chanson. L’anglais ne me donne pas un vocabulaire aussi diversifié pour exprimer mes idées et surtout, il ne colle pas avec les sentiments et les émotions que j’ai en écrivant. J’accorde, tout comme les autres musiciens du groupe, une importance particulière en ce qui concerne la promotion de la culture québécoise. C’est pourquoi les textes de Chasse-Galerie se doivent d’être écrits en français…

Certains diront que c’est un peu du suicide d’écrire en français, qu’une « carrière » dans le métal ne peut se faire en français. Que peux-tu répondre à ce genre de commentaires ?

Je peux comprendre ce genre de remarques ou d’inquiétudes dans le heavy métal en général parce que c’est un peu plus compliqué pour la diffusion. Mais à mon avis, c’est différent dans le milieu black métal. Aujourd’hui, c’est commun pour les black métalleux, moi le premier, d’écouter des groupes dont ils ne connaissent pas nécessairement la langue… Dans ce contexte, la musique est notre langage commun et pour ceux qui ne parlent pas notre langue, il y a toujours les dictionnaires… D’un point de vue professionnel, un label qui nous demanderait de chanter en anglais prouverait qu’il n’a absolument rien compris à notre démarche. Je n’aime pas travailler avec des gens faisant la sourde oreille et qui, au nom d’une quelconque « expérience », tentent de m’imposer leur vision de mon propre projet… Ça m’est arrivé par le passé et j’ai écarté ces opportunistes de mon entourage. Cela n’empêche pas que je sois ouvert aux conseils mais j’ai le dernier mot, surtout en ce qui concerne ma musique et mes idées. Je ne ferme donc pas la porte aux plus gros labels mais il y a des points sur lesquels je n’abdiquerais jamais et l’usage du français est un de ceux-là.

Fier de ce que tu es et de ta langue…

Il est évident qu’il y a une base patriotique dans votre travail. Avec une société de plus en plus apolitique, surtout avec une certaine couche de la société, comment percevez-vous l’importance d’être conscientisé au sujet de l’indépendance du Québec et l’importance de garder sa langue bien vivante… et bien déliée ? 

Avec tous les dinosaures à costards qui paralysent et abusent constamment de notre appareil politique, je te le concède, il y a de quoi avoir envie de vomir! Ces parasites ont trouvé les failles du système et se sont octroyés des privilèges de sorte qu’aujourd’hui, ils ne veulent pas se faire déloger. C’est ce qui arrive quand l’argent prime sur les compétences… C’est à mon avis, un des plus grands paradoxes de la démocratie et on doit faire avec, faute de mieux, pour l’instant. Je ne cache à personne que je veux amener les gens à se questionner sur notre culture et surtout à propos du futur de notre peuple… La plupart des gens se forgent des idées en lien avec les informations médiatisées souvent manipulées de toutes pièces par ces mêmes partis corrompus. Ceci dit, je n’ai pas la prétention de me proposer comme un missionnaire de la cause nationaliste. Que les gens se renseignent par eux-mêmes, qu’ils discutent entre eux dans le quotidien, tel est un des objectifs. J’ai confiance que ceux qui prennent le temps de s’interroger obtiendront les mêmes conclusions que moi… 

La légende de la chasse-galerie est un thème bien peu exploité au Québec. Que ce soit au cinéma ou dans le domaine musical, à l’exception de Claude Dubois qui a déjà exploité le thème, cette légende n’a jamais vraiment su tailler son chemin sur la place publique, et pourtant y’a rien de plus métal que cette légende ! Donc, pourquoi Chasse-Galerie ?

J’ai toujours eu une attirance pour les contes et légendes et je voulais un nom auquel les Québécois pourraient s’identifier. J’en ai donc choisi une des plus connues ici et que j’apprécie particulièrement. Aussi, invoquer le Diable à Noël, marchander son âme pour visiter son clan, le tout dans un contexte de forêt sombre et agitée par un vent glacial sous la pénombre de la lune, etc… Je trouvais que ça rassemblait plusieurs des éléments typiques que j’apprécie dans l’imagerie du black métal

Est-ce que les autres légendes d’Honoré Beaugrand sont intégrées dans les textes des autres pièces de Chasse-Galerie ?

Je ne voulais pas donner le nom du groupe comme titre d’une pièce, c’est pourquoi L’ivresse des hauteurs correspond à notre version de la chasse-galerie. Quand le projet en était à ses débuts, j’hésitais en ce qui concerne les textes, entre la tangente patriotique ou folklorique, à savoir les légendes. J’ai choisi de commencer avec l’aspect plus politisé pour quelques albums avant de poursuivre sur la voie des légendes d’ici. J’ai des idées pour le futur mais je crois que je n’ai pas atteint les connaissances auxquelles j’aspire avant de m’attaquer à cette pièce de notre histoire culturelle. En parlant du Québec, c’est une vision très personnalisée que je me permets et qui transparaît dans les textes. Quand on s’attaque au folklore, ça nécessite une certaine approche plus objective afin de respecter la ligne directrice des différentes versions du récit. Ce n’est pas le même travail et nécessairement pas la même méthode de recherche et d’écriture… 

Vous avez lancé votre album Ars Moriendi en 2010. Ce titre veut dire l’art de bien mourir en latin. Pourquoi un titre aussi fataliste ?

Cet album est effectivement un appel à la guerre où il ne peut y avoir qu’une fin, la victoire ou la mort. Telle est ma vision du bien mourir parce qu’en vérité, ce sont les vainqueurs qui écrivent l’Histoire et les perdants qui servent d’engrais pour les sols conquis. Notre monde en est rendu un de confort et d’insouciance où trop de gens aliénés vivent et meurent sans n’avoir rien fait de bon pour la société. C’est un peu ce à quoi réfère le texte de La décadence de l’aisance… Cet album s’adresse à tous ces grands individualistes farouches qui se croient supérieurs aux autres et qui oublient qu’ils ne sont rien sans le clan. Ils oublient que leur individualisme n’existe que parce que la collectivité justifie leur marginalité et que, de par sa nature, l’Humain n’est rien de plus qu’un animal vivant en troupeaux. Seul, il est voué à une mort rapide et certaine… Il faut être vraiment prétentieux pour affirmer le contraire… Nous nous devons de défendre notre clan et notre culture même si la mort doit en être le prix, c’est une question d’honneur…

D’où proviennent vos noms de scène ?

Là-dessus, je préfère laisser place à la libre interprétation…

Comment se porte la scène black métallique au Québec selon toi?

Je ne pourrais pas te parler pour le Québec au complet. Mais en général je crois que la scène va bien. Des groupes comme Neige Éternelle et Mortuas tous deux de la Côte-Nord ou Deathroner au Saguenay sont la preuve qu’il existe bel et bien une scène black métal au Québec, même en région. Pour ce qui est de Montréal, je t’avoue que je ne suis pas trop au fait des événements… Ceci dit, nous y avons joué à deux reprises dans la dernière année et nous en gardons de très bons souvenirs en raison de la réponse du public. En ce qui concerne Québec, je crois que l’on assiste à une certaine stagnation si l’on compare à l’effervescence des dernières années. Entre autre, parce qu’il y a plusieurs groupes mais les musiciens qui y participent sont souvent les mêmes… C’est ce qui me fait dire qu’il y a un certain ralentissement. Ajoutez à ça la quasi-absence de salles de spectacles à coûts raisonnables, qui n’aide en rien les nouveaux groupes essayant de se faire connaitre… Je crois que c’est une réalité passagère qui préoccupe un peu tous les musiciens parce que ça nous oblige à s’adapter et au final, c’est la scène qui se métamorphose… Je ne suis quand même pas inquiet pour le futur. De nouveaux groupes pratiquent en local avec l’intention de monter sur scène et de produire leurs propres albums, ce n’est qu’une question de temps avant que ces formations nous soient familières!   

Merci !

Merci à toi et à tous ceux qui supportent notre scène!

http://www.reverbnation.com/chassegalerie

Vidéo de l’ONF sur la version de la chasse-galerie d’Honoré Beaugrand… ben, oui, comme la station de métro…

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Yanick Klimbo Tremblay

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