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Chanceux comme un quêteux

The Haunted: Aucune raison d’être hanté par le passé (Entrevue avec Peter Dolving)

Yanick Klimbo Tremblay
30 avril 2011

Je dois avouer que la préparation pour cette entrevue n’a pas été très facile car je savais que Peter Dolving, deuxième sur la photo, le chanteur du groupe The Haunted, n’a pas la langue dans sa poche, qu’il est très volubile et fin renard mais en plus, je n’ai pas accroché sur les dernières productions de son groupe. Malaise ? Un peu… Même si le groupe semble s’essayer vers d’autres sonorités, personne ne peut leur empêcher de tenter hardiment et d’expérimenter… au grand détriment de certains amateurs par contre. C’est un véritable coup de dés que le groupe exécute depuis 5 ans, donc depuis l’album The Dead Eye. Avec leur nouveau disque, intitulé Unseen, le groupe continue dans cette voie où les risques sont énormes si l’on compare avec ce que The Haunted proposait il y a 7 ou 8 ans. J’ai pu m’entretenir longuement avec Peter Dolving au sujet du nouvel album, du groupe, de son comportement en général et de sa réputation de grande gueule! Entrevue et autres tergiversations avec Peter Dolving, chanteur du groupe The Haunted.

Ce disque commence sur une note assez rapide avec la pièce Never Better, qui est celle que je préfère sur l’album. Cette chanson est bien balancée, elle comporte sa dose d’intensité et sa portion plus moelleuse. Peux-tu me guider avec cette chanson, de quoi parle-t-elle ?

Les premiers mots sur cette chanson sont: « Wasn’t it supposed to get better? I thought I heard you say that one of these days you will get what’s comin… » ( Ce n’était pas supposé être mieux? Je croyais t’avoir entendu dire qu’un de ces jours tu allais comprendre ce qui allait arriver !) J’avais l’habitude d’écouter tous ses crétins me dire : « Aie mec, toi et ton groupe, vous rockez pas à peu près ! Vous êtes les nouveaux blablablabla… » Eh bien, 20 ans sont passés. J’aime toujours ce que je fais, j’ai vu 4 générations de nouveaux styles musicaux métalliques ou hardcore me passer sous les yeux. Je ne serai jamais une vedette du rock chiante car je suis plutôt de type direct, plutôt libre-penseur, j’ai des opinions, trop entêté mais en même temps, pas assez beau bonhomme ! À l’origine, j’étais très amer face à cette situation, mais j’ai réalisé que, tu sais… j’ai tout ce dont j’ai toujours rêvé. Ce qu’il y a de plus important pour moi, je l’ai ! Comme la liberté créatrice au niveau de mon art, de bons amis, des enfants fantastiques, je paie mes comptes et personne ne peut questionner la qualité de mon travail sans avoir l’air d’un crétin. Et je crois que cette chanson résume ce que je viens de te déblatérer ! Un grand combat pour l’intégrité et les choix que nous devons faire dans la vie. Est-ce que cela a du sens ?

Oui, sans aucun doute !  Sur cet album, j’ai l’impression que tu as essayé de nombreuses possibilités avec ta voix. C’est très diversifié. Tu y vas de manière agressive, tu as la touche mélodique, tu y vas un peu à la Neil Fallon de Clutch sur No Ghost et tu es émotif sur The Skull et Ocean Park. Crois-tu que ta voix doit être utilisée comme un véritable instrument au lieu d’être un truc qui bouche les trous ?

C’est UN instrument. N’importe quel épais peut couiner comme une truie ou grogner de manière répétitive, redondante et monotone en continuant le même modèle rythmique comme s’il était un ogre ! Jébus (NDLR : C’est son sacre, au lieu de Jésus) arrêtez-moi ça ! Aussi, tous ces mongols qui grognent et qui, tout à coup, se mettent à roucouler sur la bonne tonalité en guise de refrain ! C’est faible. Sérieusement, vraiment faible. Vraiment vraiment faiblard ! Crier pour obtenir de la dope et des filles, c’est ça ? C’est typique aux Etats-Unis, où aucun groupe ne peut vraiment faire une cenne, à moins de vendre des modèles de t-shirts très cool avec des designs urbains qui sont en relation directe avec le mode de vie tellement générique de ces saveurs du mois ! Mais moi, je veux chanter. Je veux utiliser ma voix. Comme l’instrument qu’elle est. Pour exprimer l’émotion de nos chansons. Je ne crois pas être un chanteur avec de grandes capacités mais au moins, j’essaie et pour moi, c’est nettement suffisant. Je fais l’effort car j’aime mon groupe et la musique que nous produisons. J’aime autant la musique en général que mes amis qui sont membres des autres groupes auxquels je participe. C’est une question de respect et un désir urgent d’essayer et d’en venir à bout !     

Une surprise dans chaque boîte spécialement marqué…

Je te parlais d’Ocean Park précédemment mais une autre pièce a capté mon attention, c’est The City. Deux chansons qui ont attiré mon attention par la simplicité dans leur titre qui demeure simple tandis que les autres pièces semblent être beaucoup plus internes, psychologiques si tu préfères. Les deux chansons dont je te parle sont connectées en plus, elles se suivent sur l’album. Peux-tu nous en parler ?

Avec ce disque, et je le crois aussi pour les prochains, c’est une facette plus réfléchie que nous voulons exprimer. Beaucoup d’éléments en juxtaposition. Nous avons cherché des façons de communiquer les émotions comme la rage ou la tristesse et aussi, d’expliquer la proximité de ces deux sentiments. Mais je ne parle pas du désespoir ici. Nous sommes très loin du désespoir, vraiment. Il n’y a rien de nihiliste non plus dans notre façon de voir les choses. Mais tu sais, c’est une chose d’être dans un groupe musical de professionnels. 15 ans, c’est un nombre d’années assez considérable et nous avons eu, fort heureusement, la patience et pris les soins nécessaires pour que le respect soit quelque chose de primordial. Le respect du groupe, des membres qui le composent et surtout, de ne pas se monter les uns contre les autres avec tous les stratagèmes possibles. En fin de compte, je ne te parle pas des deux chansons en particulier, mais je crois qu’elles sont le résultat de ce que nous sommes, une entité créatrice qui cherche sa force dans son identité. Je crois que les chansons comme Catch 22, Them et Motionless sont dans ce même modèle elles aussi. Quand j’y pense, tout l’album est comme ça en fin de compte ! Nous qui sommes à la recherche de quelque chose d’unique, quelque chose que nous seuls pouvons faire. Quelque chose de véritable qui transcende la définition du style. Ce n’est que The Haunted après tout…           

Comateux… comment ça?

C’est évident que de nombreuses personnes seront surprises par ce disque car, comme tu le sais, ce groupe qu’est The Haunted a commencé comme étant un groupe très près des racines du thrash métal, très Slayer. Mais contrairement à Slayer, qui évolue en restant ce qu’ils sont, vous avez essayé de nouvelles choses, de nouvelles avenues sonores. Donc, si j’étais un gars qui avait acheté le premier album en 1998, a un accident, tombe dans le coma pendant une période de 13 ans et se réveille le 29 mars, pour fêter mon retour parmi les vivants, je reçois votre nouveau disque ! Comment m’expliquerais-tu votre transformation ?

Hum… je te dirais un truc du genre: “ Pendant que tu étais dans un état de paralysie mentale et émotionelle mais complètement en paix avec toi-même, nous avons fait de nombreuses tournées autour du monde, sans arrêt. Ca été tout une traite ! Je sais, je suis désolé… Nous avons essayé de communiquer avec toi, répondant à ces milliers de questions, laissant ses petits rapports par-ci par là qui disaient comment le tout allait, où nous étions et par quoi nous passions. Mais tout ce que nous avions en retour, ce n’était qu’un son vide, ca fait que tu sais… nous avons cru que tu étais parti… Mais aie !!! Rebienvenue mec ! C’est un beau monde à l’extérieur et tu es invité à la fête ! À moins que, bien sûr, tu préfères rester là à sentir le vieux pet et le pipi sec ? Veux-tu une boisson gazeuse maintenant ? »

Hahhahha, je ne m’attendais pas vraiment à ça ! Bon… La chanson All End Well est très rythmée, très rock et me fait même penser à du Stone Temple Pilots. Tu chantes les mots suivants : “I don’t care what people say…” pendant le refrain. Est-ce une façon indirecte d’expliquer à vos détracteurs que vous ne vous souciez point d’eux? Que la critique, en général, ne vous inquiète pas, quelle soit professionnelle ou sur Blabbermouth?

C’est tout simplement une chanson sur le fait de copuler, aussi simple que ça ! Mon amie Karma dit que c’est une ode aux aventures d’un soir. Je crois plus que c’est une chanson métal-Isaac Hayes. Et je dirais que c’est même une pièce qui parle des idées préconçues de ce que devrait être la vie. Je fais jouer de nombreuses chansons des années 70 à 80 lorsque l’on est en arrière-scène ou dans le bus de tournée. Pour une seule et unique raison, c’est de la musique qui met de bonne humeur. C’est de la musique qui te permet d’être plus volatile. Et tu connais, ce grand concept avec de nombreux amateurs de métal qui consiste à refouler toute cette merde négative, ca ne tient pas la route ça, voyons donc ! Je veux dire que, oui, nous avons tous cette belle liberté de pouvoir nous sentir misérable si nous le désirons, n’est-ce pas ? Mais j’ai grandi avec cette sensation d’être rempli de haine et de peur dans mon système et plus je travaille pour faire sortir cette grosse dose de merde macho, et bien plus j’en apprends sur le respect de soi. Je me rends compte que c’est bien de se sentir vivant. Alors, la chanson en tant que tel parle de laisser l’autre s’émanciper. Tu sais, une rencontre, tu es excité et tu relâches ?  Je veux dire, vraiment que, tu sais, même les drogues ne sont pas nécessaires pour nous aider à pouvoir se sentir comme ça ! Ca ne prend qu’un peu de confiance en soi, un goût pour l’accomplissement, de l’amour, des soins et du courage. C’est tout ce que ça prend !  

N’a pas peur des maux et des mots…

Toi Peter, tu es reconnu pour ta langue bien déliée, pour ta capacité à t’exprimer que ce soit au niveau des paroles dites ou écrites. Tu as même réussi à en irriter plusieurs avec ton blog ! Tu es un penseur libre et tu n’as pas peur d’afficher tes couleurs. Tu fais ta propre affaire et je crois même que tu donnes des performances de type monologue, comme Henry Rollins je crois ? D’où te viens cette capacité de t’exprimer aussi facilement ?

Wow, grosse question ! Je crois que mes motivations ont changé avec les années. En gros, j’ai juste une grande gueule ! Je veux dire par là que, j’ai eu à me tempérer mais je crois que c’était beaucoup plus une phase et que le tout est passé. Je ne crois pas vraiment que je suis un grand penseur. En général, je ne crois même pas que je puisse avoir raison, je crois seulement qu’en parlant ou en écrivant, que ce sont de bonnes façons de découvrir ce que les autres pensent dans le fond de leur tête. Bien souvent, juste le fait que quelqu’un s’ouvre la boite et partage ce qu’il a à dire ou emmène une question, c’est suffisant pour faire réagir les gens autour. Après le maelstrom de courriers intimidants, de menaces de morts envers ma famille et de toute la merde que les réactions négatives peuvent engendrer, les gens ont réalisé que je suis encore là, ouvert à la discussion. Le tout se calme en se dirigeant vers quelque chose de civilisé et d’agréable. Honnêtement, je ne comprends pas pourquoi certaines personnes me trouvent provocateur car la plupart des choses que je dis sont centrées sur l’humanisme de base comme l’amour, la sexualité, l’égalité et l’évolution humaine. Comme de raison, je me moque des conservateurs de la droite, des libéraux capitalistes, des personnes religieuses, des racistes, des communistes et des idiots qui croient que parce qu’ils ont appris à écrire « Nietzsche » au secondaire que ca les qualifie en tant que membres de l’élite actuelle. Aussi, j’ai une croyance profonde et sincère que Platon n’était qu’un trou du cul et que les plus gros fascistes sont les crétins de la classe ouvrière nourris à la cuillère de l’imbécilité qui croient que le bonheur se résume à avoir un prêt à banque pour acheter une maison hors de prix, d’avoir un écran plat de télé et de communiquer avec un IPhone. En ayant tout ça, ils croient être membres à part entière de la classe moyenne, ils continuent de voter pour des crétins qui s’endorment le soir en pensant, justement, à ces crétins qui les ont mis au pouvoir grâce à leur stupidité maximale ! Ouais, j’imagine que certains peuvent voir ça comme provocateur mais je ne suis pas l’unique partie provocatrice de cette énigme quand tu y penses.  Donc, pourquoi est-ce si facile de m’exprimer ? Je ne sais pas ! Je ne sais même pas si je sais que c’est facile, je crois juste que c’est nécessaire!    

Vous serez probablement en tournée pour ce nouveau disque, avez-vous des plans pour ici?

Des plans? Oui, nous pensions refaire complètement tout le bas de la ville. Du cuir et des studs. Un peu de latex pour recouvrir les immeubles aussi, j’ai entendu dire que c’était la tendance avec les amateurs de métal. Tu sais que nous avons une relation vraiment étrange avec Montréal ? Nous adorons cette ville, nous recevons une tonne de courrier de gens de chez vous mais nous finissons toujours par jouer avec un autre groupe ultra-death métal. Quand nous jouons, tout ce que nous voyons, ce sont environ 1500 personnes qui portent des t-shirts de groupes dans le genre de Cattle Decapitation. Ils ont l’air fâché aussi. Je ne sais pas. J’ai peut-être joué avec le feu aussi avec l’un des vôtres car je crois avoir un peu exagéré lorsque j’ai envoyé de nombreuses roses et des bouteilles de lubrifiants au technicien de la batterie de Cradle of Felch (NDLR : Dolving fait allusion à Cradle of Filth, on sent que Dolving n’aime pas vraiment Cradle of Filth car le terme Felch est très péjoratif, cliquez ICI pour le savoir…) qui est un type hyper-macho québécois.

La Marseillaise me les casse…

Et comme dernière question, quelle est la chose la plus dérangeante que tu entends lorsque tu es sur scène, entre deux chansons ? Est-ce lorsque certains crient At the Gates? Mary Beats Jane ou  Marco Aro?

Sérieusement, le truc le plus dérangeant sur scène est lorsque quelques personnes beuglent pour entendre du Creedence Clearwater Revival ou demandent des chansons de Metallica. Je crois qu’en deuxième, c’est probablement l’éternel : « Jouez plus vite ! » ou le Français de France qui nous suit PARTOUT et qui m’explique cordialement que je dois insister auprès des gens dans la foule pour qu’ils puissent former un circle pit, avec son accent français qui sonne comme ceci : « Like Hatebrid! Make d’pit! Like D’ellfest!!! » La prochaine fois, je le tape et il quitte en ambulance!

C’est tout Peter, merci !

Ca résume bien ce que j’avais à dire, t’avais de bonnes questions, mec !

www.the-haunted.com

Photos : Olle Carlsson   

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Yanick Klimbo Tremblay

Suintage métallique et autres bidules!

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