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Chanceux comme un quêteux

Turbo Distortion: Analyse de l’album « King Motté »

Yanick Klimbo Tremblay
14 mai 2011

Turbo Distortion
King Motté
Kay Productions/DEP

Lors de la première écoute de l’album King Motté, les premières notes semblaient m’offrir une bonne raison de comparer ce groupe à AC/DC. Le riff qui débute le disque s’enligne vers la sphère érigée par le groupe australien, maintes fois copiés tout de même et ce depuis de nombreuses années. En donnant une chance à l’album à la fin de la première chanson, je me rends compte que pièce après pièce, l’effet rock de la première composition du groupe laisse place à du rock humoristique bien souvent (avec des couilles tout de même) qui traite de sujets qui laissent vraiment à désirer, et je m’explique là-dessus.

L’intérêt d’avoir une chanson qui nous entretient au sujet de la grippe A H1N1, et qui porte le même nom par le fait même, semble dépassé et risque de mal vieillir avec les années. Non les mois ! Une fois que le Bye Bye nous règle ça, c’est fini ! Ca doit être la Leçon 1 du Cours 1 de l’école du rock m’semble… Les sujets éphémères de l’actualité ont toujours été de mauvais choix au niveau des paroles de chansons. Je m’imagine mal une chanson sur la folie des fromages VS la listériose ou sur les 5 000 oiseaux morts en Arkansas, foudroyés de peur par les feux d’artifices… vous vous en souvenez ?

L’expérience est intéressante dans les stations de radio, lorsqu’un des troubadours engagés par la station chante les louanges quotidiennes, des parodies ou des clins d’œil à des évènements quotidiens comme on peut en entendre sur les ondes du 98,5 FM lors de l’émission de Paul Arcand ou  tout comme le faisait Mononc’ Serge, avant, sur les ondes de Cool FM.

Mais là où le groupe se met le pied dans la bouche, c’est avec les pièces Gérant d’Estrade et Champion de la Construction car si le rock a toujours été la musique du peuple, des vrais gens, des cols bleus qui triment difficilement, eh bien en te payant la gueule de manière très virulente de ton public cible, tu ne te fais pas de chummys… En attaquant les amateurs du Canadien de Montréal en leur disant qu’ils n’ont pas de vie ou en clamant haut et fort que les gars de la construction n’ont pas de quotient, tu viens de te mettre à dos probablement 89% de la population du Québec !

Et c’est ça le hic avec le Québec, c’est un très petit marché, assez restreint et lorsque tu tentes de percer le marché musical tout en français, tu ne peux pas en passer une p’tite vite par la bande avec tes paroles corrosives car tout le monde comprend ce qui est dit dans le contenu de tes paroles. L’art de bien modeler la langue française dans le domaine du rock ici, au Québec  n’est pas donné à tous les ménestrels. C’est un travail précis, concis et qui demande une grande recherche conceptuelle. Les Vulgaires Machins le font bien, Groovy Aardvaark le faisait à merveille, Galaxie le fait adroitement, Les Dales Hawerchuck aussi !

Turbo Distortion présente deux collaborations avec Normand l’Amour, cet octogénaire chantant qui vend ses 700 albums au Motel Madrid sur la 20. Encore une fois, nous sommes en présence d’un phénomène de foire qui perd des plumes, l’impact aurait été plus intense en 1999 ou 2000 lorsque ses ritournelles de Jacqueline dans la cuisine ou La Poignée de Porte étaient sur toutes les lèvres. Maintenant, c’est désuet et archaïque ; surtout pour un jeune adolescent de 15 ans à la recherche d’une nouvelle sonorité rock et qui entend l’une des deux pièces dans un poste d’écoute chez le disquaire du coin… quoique ce genre de pratique n’est plus très en vogue ! Le gars va faire un gériboire de saut en entendant la voix désagréable de Normand l’Amour!

Musicalement, Turbo Distortion est solide. La basse roule avec une certaine cadence, les guitares sont bien serrées avec le travail aux percussions. La voix de Rémi Robitaille est, malheureusement, très monocorde avec cette teinte nasillarde qui égratigne l’oreille. Merveilleusement produit par Stéphane Dussault, le bassiste des Respectables, ca sonne en gériboire et musicalement, c’est du rock assuré. En plus, le groupe ne propose pas un cover sur son disque, ce qui est rare pour un nouvelle formation d’ici qui désire se mettre sur la carte!

Bref, un produit de chez nous que vous risquez d’entendre à quelques reprises, probablement cet été, car le groupe semble avoir une bonne équipe derrière lui. À vous de trancher maintenant!

www.turbodistortion.ca

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Yanick Klimbo Tremblay

Suintage métallique et autres bidules!

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