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Chanceux comme un quêteux

Metallica & Lou Reed: L’album « Lulu » en analyse

Yanick Klimbo Tremblay
9 novembre 2011

Metallica & Lou Reed
Lulu

Warner Bros.

Sur papier, ce disque possédait tous les attributs pour fonctionner. Une collaboration qui semblait posséder tous les fruits parfaits pour être excessivement fructueuse. En écoutant Lulu, on se rend compte que ce n’est pas le cas car ce n’est pas que l’album ne soit pas bon, c’est juste que c’est mauvais comme produit musical.

Les textes de Lulu ont été écrits par Lou Reed, inspirés par deux pièces de théâtre de l’auteur allemand Frank Wedekind, et sont d’une beauté sublime. La plume de Reed décrit la sexualité débridée du personnage principal, la ténébreuse Lulu, une danseuse qui côtoie la grande société allemande pour ensuite sombrer dans la pauvreté et la prostitution. Les textes sont crus, violents et empreints de noirceur.

La livraison des textes sur la trame musicale est ce qui cloche vraiment avec le concept offert par « Loutallica ». Effectivement, les textes de Reed sont récités sans apporter une dimension chantée. La musique de Metallica demeure ce qu’elle est depuis une quinzaine d’années ; du métal semi-agressif qui ne peut se fondre avec des textes récités par un poète âgé de 69 ans à la voix chevrotante.

Le timbre de voix de Reed n’est pas adéquat avec les rythmiques métalliques de la formation de San Francisco. Les complaintes offertes sur le premier disque, car c’est un album double, nous rappellent parfois les lamentations de Abraham « Grampa » Simpson comme sur Mistress Dread, une pièce où le riff nous remémore Dyers Eve ou bien l’ineffable Normand l’Amour, lors des répétitions insipides offertes sur Pumping Blood.

Sur le deuxième disque, on commence à sentir que la sauce colle un peu mieux. Cette portion est moins déplaisante que ce qui se retrouve sur le premier disque, quoique ce ne soit pas un appel au génie. Sur ce deuxième disque, Metallica propose une dimension métallique correcte sur Frustration, avec un riff qui semble avoir été retrouvé sur une table de travail du groupe Entombed. La portion de Reed aux voix débute bien mais le tout se gâte assez rapidement, et ce, jusqu’à la pièce Dragon, l’avant-dernière.

La seule pièce de Lulu qui pourrait être considérée comme une véritable chanson est la dernière, Junior Dad car c’est à ce moment que l’on comprend pourquoi ce projet n’a pas réussi à atteindre son objectif car trop différente du reste. Sur Junior Dad, musicalement, Metallica n’est pas vraiment Metallica. La formation est assez absente au niveau métallique. L’ambiance musicale se rapproche beaucoup plus à une sphère musicale opaque qui est agrémentée par un violoncelle et une contrebasse. Nous avons l’impression que la voix de Reed a trouvé sa place, le timbre recherché est parfait, sur celle-ci. Sa voix est moins poussée aux limites de l’insoutenable, son débit n’est pas vraiment en mode accéléré et c’est plus agréable. Cette pièce nous confirme que ce projet qu’est Lulu aurait pu fonctionner s’il avait été préparé avec un groupe comme Godspeed You ! Black Emperor, un groupe plus porté sur les ambiances ténébreuses et non pas un groupe comme Metallica, car c’est plus apaisant, intense et introspectif comme chanson.

Mais en y allant avec Metallica sur Lulu, nous avons l’impression d’écouter un homme perdu qui tente d’attraper la bonne tonalité en chantonnant sur des airs métallisés… c’est comme d’entendre deux disques en même temps, un disque de métal instrumental et un qui comporte des performances poétiques livrées par Lou Reed. Ce mashup n’est tout simplement pas possible !

Assez déstabilisant comme expérience sonore. Entendre Lulu propose le même effet que lorsque vous entendez Pranzo Oltranzista de Mike Patton, un album expérimental inspiré par des recettes culinaires futuristes, alors que vous étiez habitués à sa voix parfaite sur des albums comme The Real Thing ou Angel Dust. C’est déstabilisant et déroutant.

Est-ce que les gens détestent autant Lulu pour sa dimension maladroite ? Le groupe a essayé quelque chose de vraiment nouveau et d’inattendu  mais l’exercice n’est visiblement pas concluant. Ce qui enrage vraiment les amateurs de Metallica, les parrains du métal moderne, est probablement le fait qu’Ulrich ait clamé haut et fort à qui voulait l’entendre que ce disque est ce que Metallica a fait de mieux de sa carrière et que l’album …And Justice for All sonne comme une parodie devant ce disque, comparant ce dernier au premier album des Ramones

La prétention pédante d’Ulrich a attisé le feu et ses détracteurs se sont abreuvés des paroles du batteur pour détester encore plus cet album-double.

Malaise sonore, à oublier…

www.loureedmetallica.com


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Chanceux comme un quêteux

Yanick Klimbo Tremblay

Suintage métallique et autres bidules!

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