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Chanceux comme un quêteux

Judas Priest: L’épitaphe au rancart (Entrevue avec Ian Hill, bassiste)

Yanick Klimbo Tremblay
29 novembre 2011

Les occasions de pouvoir rencontrer de véritables légendes sont très rares. Lorsque l’on m’a présenté le projet d’une entrevue avec Judas Priest, je croyais au départ que l’on voulait me faire une blague, de mauvais goût on s’entend ! Avec une dernière courbe pour le groupe, je me devais de sauter sur l’occasion car Judas Priest compte bien tirer sa révérence dans un futur rapproché donc je me devais d’accepter cette opportunité d’entrevue. Prévue à la base au téléphone, je n’ai pu balancer mon horaire d’enseignant avec celle d’un groupe en tournée. C’est alors que l’offre d’une entrevue en personne s’est présentée. L’excitation était au comble ! En préparation pour l’entrevue, je fouillais dans mes vinyles du groupe.  Je me revoyais en train de jouer au baseball sur la Côte Réserve tout en écoutant Screaming for Vengeance ou Defenders of the Faith sur la chaine stéréo d’Éric Tremblay qui devait fonctionner avec 37 piles D. En me replongeant en mode nostalgie, je me considérais chanceux de pouvoir m’entretenir avec un autre personnage qui a meublé mon enfance et mon adolescence, Ian Hill, le bassiste de Judas Priest. C’est avec la perspective d’un fanatique curieux que j’ai abordé mes questions. Une rencontre de sept minutes qui a semblé être beaucoup plus longue grâce au charme typiquement anglais d’Ian Hill de Judas Priest !

En 2011, vous avez sorti deux albums compilations en plus d’un coffret gigantesque qui met en vedette vos simples. Mais j’aimerais m’attarder à cette compilation du nom de The Chosen Few car elle n’est pas conventionnelle. Nous retrouvons sur ce disque des titres de Judas Priest mais choisis par des musiciens  provenant de la scène rock ou métal. Comment en êtes-vous venus à choisir les personnalités qui se retrouvent sur ce disque et qui ont choisi leur chanson favorite de Judas Priest ?

C’étaient des choix qui ont été faits par la compagnie de disques tout simplement. C’était comme une surprise de leur part. Mais il est surprenant de voir qui y a participé, n’est-ce pas ? Écoute, qu’Alice (Cooper) ait pris le temps de choisir sa chanson préférée et d’écrire quelques mots, je trouve ça génial. Ça te réchauffe le cœur, c’est excessivement flatteur. Il y a aussi Ozzy et Lemmy, tous de vieux routiers qui ont débuté en même temps que nous à peu près. C’est un bel hommage qui nous est rendu par nos pairs. C’est bien de se sentir apprécié des amateurs mais quand tu as l’approbation de tes pairs, c’est fantastique. Surtout lorsque certains des plus grands noms du métal expriment dans leurs mots que Judas Priest a été une source d’inspiration. Très flatteur !

Flatter dans les sens des studs…

En parlant d’hommage, que penses-tu des albums de type hommage comme celui-ci ? (En lui tendant une copie d’A Tribute to Judas Priest Legends of Metal, un album hommage au groupe avec de nombreux artistes dont Testament, Overkill et Iced Earth)

Encore une fois, c’est très flatteur, Regarde les noms là-dessus : Testament, Mercyful Fate, Helloween et Overkill. J’adore ce genre d’enregistrement.

Savais-tu qu’Anthrax a une chanson du nom de Judas Priest sur son nouvel album Worship Music ?

Es-tu sérieux ? Ils ont une chanson du nom de Judas Priest. C’est sorti quand ?

En septembre, vers le milieu du mois environ.

Je veux entendre ça car je ne l’ai pas entendu. Tu sais, nous sommes en tournée depuis quelques mois déjà. Nous avons fait l’Amérique du Sud avec des pays comme le Brésil, le Chili et l’Argentine. Par la suite le Mexique pour aller aux États-Unis tout en remontant au Canada vers Edmonton et Calgary. Nous sommes toujours dans les hôtels, en train de faire des tests de son, faire notre routine pour le groupe et faire des entrevues comme celle-ci. Nous n’avons pas le temps d’être à jour au niveau des nouveautés musicales mais étant donné qu’Anthrax a une chanson qui porte le nom de Judas Priest sur son nouveau disque, c’est certain que nous allons vouloir y jeter une oreille.

Cette tournée porte le nom d’Epitaph. À la base, elle se devait d’être le dernier tour de piste du groupe mais plus le temps passe, plus l’idée semble changer. Rob Halford a dit en entrevue qu’il y aurait d’autres concerts dans le futur et même un autre disque ! Peux-tu nous faire une mise-à-jour ?

Certainement. Oui, il y aura un autre album de Priest, c’est un projet qui nous tient à cœur. Ce sera un disque qui contiendra des chansons qui se rapprochent beaucoup plus du son de Judas Priest classique, autrement dit nous allons prendre un chemin différent de Nostradamus.

Donc, pas de concept ?

Non, c’est très compliqué et ça demande énormément de temps ! Et nous ne sommes plus très jeunes, tu vois ? Et le temps est précieux à notre âge ! Hahhaha ! Si tu as aimé Angel of Retribution par exemple, tu ne seras pas déçu. Le nouvel album va comprendre ce qui a fait le succès de Priest, même si c’est cliché de dire ceci, mais il y aura des chansons plus directes, qui vont directement au but, du métal pur à la Priest. Pour ce qui est de la tournée, nous l’avions annoncé avant de partir ; nous allons continuer de faire des concerts mais plus de tournée mondiale avec des concerts à chaque jour ou deux jours. Le tout sera concentré. Nous allons faire des festivals en Europe. Il y en a déjà en prévision pour l’été prochain. Mais pour ce qui est des tournées, nous ne pourrons plus faire une vingtaine de villes en Amérique du Nord par exemple, que 5 ou 6 villes. Cette tournée Epitaph était pour dire aux gens : Ceci est peut-être votre dernière chance de nous voir dans votre ville. S’il y a d’autres concerts de Judas Priest dans votre pays, ce sera probablement dans une ville majeure. Comme je te disais, nous ne sommes plus très jeunes !

La vielle école ne finit plus…

Il y aura un retour de Black Sabbath en 2012, est-ce un incitatif pour Judas Priest de rester sur l’échiquier métallique pour une période supplémentaire ?

C’est génial que ce groupe revienne, n’est-ce pas ? Tu sais, tous les groupes de la vieille école pourraient continuer à faire de la tournée en ne jouant que le vieux matériel. Il ne reste que quoi, environ 5, 7 ou au maximum 10 ans aux groupes de la première heure comme nous, Sabbath, Saxon et Iron Maiden. D’avoir tout ce monde encore présent relève du miracle pour certains ! Et je n’ai pas besoin de te confirmer pourquoi.

Avec le départ de KK Downing, vous êtes allés chercher un nouveau guitariste. En ayant Richie Faulkner, un gars d’une trentaine d’années avec vous, le tout doit vous redonner une certaine dose d’énergie sur scène ?

Oui, et tu vas le voir ce soir, ce gars là est partout. Et il tire comme un dieu ! Il accompli certaines prouesses à la guitare, c’est fantastique. Les gens ne cessent de le regarder aller sur scène. Et il motive les amateurs, il est très énergique. Son jeu est précis, il ne manqué pas une note, c’est un ajout majeur. C’est un guitariste hors-pair. Il jouait avec Lauren Harris, le groupe de la fille de Steve Harris, notre bon ami d’Iron Maiden.

Lorsque Scott Travis s’est joint au groupe en 1989/1990 pour Painkiller, vous avez sorti ce qui était votre album le plus agressif en carrière. Est-ce que l’ajout d’un élément aussi vigoureux, du sang neuf dans un sens, risque de donner un nouvel album aussi vif que Painkiller ?

Probablement. Ce sera à vous d’en juger.

Maintenant, j’aimerais que l’on parle d’un artiste majeur dans votre carrière, quelqu’un qui a dessiné les pochettes des classiques Screaming for Vengeance et Defenders of the Faith. Son nom est Doug Johnson, il était canadien.

Ah oui, je ne le savais pas !

Comment en êtes-vous venus à travailler avec lui ? (Ian Hill prend le vinyle de Screaming for Vengeance)

Ce sont de belles pièces artistiques, n’est-ce pas? Très artistique et intemporel.

J’imagine bien ça dans un salon huppé ou un appartement moderne. Mais comment l’affiliation avec Doug car il semblait être un artiste beaucoup plus psychédélique car il travaillait avec des artistes comme Tina Turner et Ike, son mari?

Effectivement. Comment nous en sommes venus à travailler avec lui ?  Il a probablement donné son nom à a compagnie de disque et ce sont les gens de l’époque qui nous l’ont suggéré.

Police d’écriture…

Continuons dans le domaine artistique. Au début de votre carrière, Judas Priest avait un logo assez ordinaire sur Rocka Rolla, ensuite vous avez adopté l’écriture gothique sur Sad Wings of Destiny mais vous avez fait un changement plutôt drastique avec le logo, le classique, celui que l’on perçoit comme étant le logo « électrique ». Étant donné que le logo d’un groupe est comme sa signature, je me demandais pourquoi un tel changement ?

C’est survenu pour l’album Stained Class. Notre sonorité devenait de plus en plus précise et plus métal. Nous avions besoin d’un changement majeur qui allait de pair avec la direction musicale. L’écriture gothique est une police d’écriture que tous les groupes pouvaient reproduire et je ne parle pas de celle sur Rocka Rolla. Nous voulions un logo qui, comme tu le disais, est digne de porter le qualificatif de « signature ». Quand le modèle « électrique » a été présenté, le tout a cliqué !

Et il fait de beaux tatouages pour vos fans !

Effectivement!

Les doigts de métal…

Lorsque je préparais mes questions l’autre jour, je regardais des clips sur Youtube des premiers moments de Judas Priest.  Par exemple, sur Dreamer Deceiver, tu joues avec tes doigts mais nous savons pertinemment qu’avec les années, tu es devenu un bassiste qui joue au pick. Comment t’es venu l’idée de cette transition ?

La musique de Judas Priest devenait de plus en plus rapide. Le duo de guitaristes de KK et Glenn prenait une certaine vitesse, il était plus facile pour mieux  m’adapter à leur jeu en jouant au pick car les guitares sont une partie majeure dans le son de Priest, n’est-ce pas ? Quand tu as deux guitaristes qui effectuent une véritable attaque sur les guitares, tu dois suivre l’agression. Mais quand je suis seul à la maison, lorsque je veux jouer de la basse bien peinard, je joue aux doigts.

Et ma dernière question: Vous êtes les véritables Défenseurs de la Foi (Defenders of the Faith, en relation avec le titre de leur album du même nom sorti en 1984) Crois-tu que l’on retrouve une relève métallique intéressante avec d’autres défenseurs de cette foi ?

Oui, c’est un fait indéniable. Le métal est un genre qui est passé au travers de toutes les époques, toutes les vagues et les tendances. Il a vécu des hauts et des bas. De voir dans la foule des gens dans la cinquantaine qui connaissent nos paroles par cœur, ça me fait chaud au cœur. Mais de voir un jeune de 12 ans à ses côtés qui fredonne lui aussi les paroles, c’est à ce moment que je vois qu’il y a encore de la relève et que les défenseurs de la foi, il y en aura toujours, tant et aussi longtemps qu’il y aura de la musique métal de qualité !

www.judaspriest.com

Remerciements à Christine chez Evenko et Stéphane de Sony pour les efforts déployés pour que cette rencontre ait lieu !

Photo en concert : Christina Greschner

5 commentaires
  • Mike Savard
    29 novembre 2011

    C’est une maudite bonne idée d’apporter les pochettes de disque en entrevue et de jaser du visuel avec le band!

  • david young
    30 novembre 2011

    men jétais au show fuck rob halford un phénomaine pas loin de 60 ans il scream et il growal pie high pitch encore malade

  • Yanick Klimbo Tremblay
    30 novembre 2011

    Effectivement! Je le fais bien souvent comme avec Anthrax cet été. Deicide aussi… Dimmu dans le temps et Cradle of Filth aussi!

  • Heavy Métal COOK
    3 décembre 2011

    Excellente entrevue !!! Bravo et Merci.

  • Yanick Klimbo Tremblay
    4 décembre 2011

    Merci!

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Chanceux comme un quêteux

Yanick Klimbo Tremblay

Suintage métallique et autres bidules!

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